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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1909250

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1909250

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1909250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2019 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. B C, représenté par Me Lienard-Leandri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de l'université Gustave-Eiffel venant aux droits de l'institut français des sciences et technologies des transports de sa demande préalable indemnitaire présentée le 5 août 2019 ;

2°) de condamner l'université Gustave-Eiffel à lui verser une somme de 50 200 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi en raison de la rupture de la promesse d'embauche qui lui a été faite ;

3°) de mettre à la charge de l'université Gustave-Eiffel la somme de 2 000 euros à verser à Me Lienard-Leandri, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'institut français des sciences et technologies des transports a commis une faute dès lors que l'absence de subvention ne peut constituer un motif justifiant la rupture d'une promesse d'embauche alors même qu'un financement était prévu pour le contrat ;

- l'institut a commis une faute dès lors qu'il a publié une nouvelle offre en août 2019 qui correspondait en tout point à celle à laquelle il avait postulé ;

- l'institut a commis une faute en raison d'une promesse non tenue constituée par la rupture de la promesse d'embauche de son contrat ;

- cette faute lui a causé un préjudice matériel constitué, d'une part, soit de la perte des revenus auquel il pouvait prétendre s'il avait été recruté sur ce contrat, soit de la perte de chance d'obtenir un autre emploi, durant cette période, et qui peut être évalué dans les deux cas à 33 000 euros et, d'autre part, des loyers qu'il a dû engager en raison du renouvellement de son bail d'habitation et qui peut être évalué à 7 200 euros ;

- cette faute lui a causé un préjudice moral par la perte de son futur enfant en mars 2019 et qui peut être évalué à 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2021, l'université Gustave-Eiffel, représentée par Me Marginean, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande préalable indemnitaire sont irrecevables dès lors qu'une telle décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande indemnitaire et que les prétentions indemnitaires du requérant ne sont pas fondées.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2019.

Par une ordonnance du 7 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2021 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Marginean, représentant l'université Gustave-Eiffel.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, de nationalité iranienne, a été informé par un mail du 23 novembre 2018 que sa candidature avait été retenue pour un contrat à durée déterminée d'un an sur un poste de " Graphene coating for corrosion protection of steel " au sein de l'institut français des sciences et technologies des transports et confirmé par une promesse d'embauche en date du 21 janvier 2019. Par un appel téléphonique du 20 février 2019, confirmé par un écrit du 25 février 2019, l'institut français des sciences et technologies des transports a informé M. C que sa candidature ne pouvait aboutir en raison de l'absence de financement de son poste. M. C a formé une demande préalable indemnitaire par courrier du 2 août 2019, reçue le 5 août suivant. Une décision de rejet est née le 5 octobre 2019 du silence gardé par l'administration sur cette demande. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'université Gustave-Eiffel, venant aux droits de l'institut français des sciences et technologies des transports, à lui verser une somme de 50 200 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi en raison de la rupture de la promesse d'embauche de son contrat.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La décision implicite du 5 octobre 2019 par laquelle l'institut français des sciences et technologies des transports a rejeté la demande préalable indemnitaire de M. C, formulée le 5 août 2019 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande indemnitaire du requérant qui, en formulant les conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation du rejet de sa demande ne peuvent qu'être rejetées. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense par l'université Gustave-Eiffel ne peut qu'être accueillie et les conclusions à fin d'annulation du rejet de sa demande ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment d'un courrier du 27 février 2019 en réponse à la demande de M. C de communication des motifs de la rupture de sa promesse d'embauche, que celle-ci est justifiée par une diminution des subventions accordée par le ministre de la transition écologique et solidaire ne permettant plus de conclure le contrat. Si M. C soutient que son contrat serait financé par un projet " DESDEMONA ", il ne l'établit pas par la seule production d'un mail du 15 janvier 2019 d'une chargée de recherche de l'institut indiquant, sans précision, que son contrat serait financé par ce projet. Par suite, alors qu'en tout état de cause il ne résulte pas de l'instruction que la diminution des subventions du ministère n'aurait pas eu de conséquence sur la possibilité de financer le contrat de M. C, il n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

4. En deuxième lieu, la seule circonstance que l'établissement a publié une offre d'emploi en août 2019, soit 6 mois après la rupture de la promesse d'embauche de l'intéressé, et qui correspondrait au même emploi, n'est pas de nature à établir, en l'absence d'autres éléments, que l'institut français des sciences et technologies des transports aurait commis une faute en ne donnant pas suite à la promesse d'embauche dont bénéficiait M. C.

5. En dernier lieu, si la responsabilité de l'administration est susceptible d'être retenue en cas de promesse non tenue, il appartient au demandeur de démontrer l'existence d'un engagement ferme et précis qui n'aurait pas été respecté à son égard.

6. Il résulte de l'instruction que par un mail du 23 novembre 2018, M. C a été informé que sa candidature avait été retenue sur le poste intitulé " Graphene coating for corrosion protection of steel " et qu'une attestation de promesse d'embauche lui a été délivrée le 21 janvier 2019 pour un recrutement sur ce poste en contrat à durée déterminée d'un an à compter du 1er mars 2019 avec une rémunération brut mensuelle de 2 748, 18 euros. Par suite, M. C est fondé à soutenir que cette promesse était suffisamment ferme et précise, et qu'en ne la respectant pas, l'institut français des sciences et technologies des transports a commis une faute de nature à engager sa responsabilité sur le fondement d'une promesse non tenue.

Sur la réparation des préjudices :

S'agissant du préjudice matériel :

7. En premier lieu, M. C soutient qu'il a subi un préjudice constitué de la perte des salaires qu'il aurait pu percevoir pendant 12 mois. Toutefois, outre l'absence de service fait, il ne résulte pas de l'instruction que la faute commise par l'institut l'a privé de la possibilité de retrouver un emploi durant cette période ou de bénéficier d'un revenu de remplacement. Par suite faute d'établir la réalité de ce préjudice, il n'est pas fondé à réclamer une indemnité à ce titre.

8. En deuxième lieu, M. C soutient que, compte tenu de son diplôme, il a reçu de nombreuses offres d'emploi auxquelles il n'a pas donné suite, en raison de la promesse d'embauche dont il bénéficiait et qu'un tel préjudice est indemnisable à hauteur du salaire mensuel brut qu'il pouvait obtenir au sein de l'institut. Toutefois, l'intéressé n'apporte aucun élément ne nature à établir la réalité de son préjudice en particulier aucune preuve de l'existence d'offres d'emploi fermes et précises qu'il aurait refusé à raison de la promesse d'embauche dont il bénéficiait auprès de l'institut français des sciences et technologies des transports. Par suite, il n'est pas fondé à réclamer une indemnité à ce titre.

9. En dernier lieu, M. C soutient que la rupture de sa promesse d'embauche l'a obligé à renouveler son bail de location pour une période d'un an pour un loyer de 600 euros par mois. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressé a signé un bail de location le 25 juin 2018, soit deux mois avant que l'institut lui annonce que sa candidature avait été retenue et lui adresse, plusieurs mois après, une promesse d'embauche. Il ne résulte donc pas de l'instruction que la signature de son contrat de bail était justifiée uniquement par la promesse d'embauche dont il bénéficié alors que ce bail a perduré jusqu'au 31 juillet 2019. Par suite, il n'apporte aucun élément de nature à établir que ses dépenses de loyer seraient une conséquence exclusivement et directement imputable à la faute commise par l'institut français des sciences et technologies des transports et il n'est, en conséquence, pas fondé à réclamer une indemnité à ce titre.

S'agissant du préjudice moral :

10. M. C soutient qu'en raison du stress généré par la rétractation de sa promesse d'embauche, sa femme a fait une fausse couche la 1ere semaine du mois de mars 2019. Toutefois, en se bornant à produire un certificat médical du 22 août 2019 indiquant que l'épouse de l'intéressé a fait une fausse couche le 4 mars 2019, il n'apporte aucun élément de nature à établir que ce préjudice serait une conséquence directement imputable à la faute commise par l'institut français des sciences et technologies des transports.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. L'université Gustave-Eiffel n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge une somme à verser M. C en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à l'université Gustave-Eiffel.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le rapporteur,

J.-N. A

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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