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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1910376

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1910376

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1910376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. - Par une requête n° 1910376 et un mémoire, enregistrés les 20 novembre 2019 et 2 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2019 par lequel le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Roissy-en-Brie a reconnu la rechute du 31 mai 2018 imputable au service et prévu que la collectivité prenne en charge le remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par l'accident de service du 6 juin 2015 jusqu'au 9 avril 2019, date de consolidation de son état de santé consécutif à cet accident ;

2°) d'enjoindre au CCAS de Roissy-en-Brie de prendre un arrêté portant reconnaissance de l'imputabilité au service de la rechute du 31 mai 2018 de l'accident de service survenu le 15 juillet 2017 ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Roissy-en-Brie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- il repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 août 2021 et 6 mai 2022, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Roissy-en-Brie, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C ne sont recevables qu'en tant qu'elles sont dirigées contre l'article 3 de l'arrêté en litige, les dispositions des articles 1er et 2 de ce dernier ne lui faisant pas grief et étant confirmatives de l'arrêté du 15 juillet 2019 portant reconnaissance de la rechute, survenue le 31 mai 2018, de l'accident de service du 6 juin 2015, imputable au service ;

- la requérante n'est pas légitime à agir et n'a pas intérêt à agir contre l'arrêté en litige en tant qu'il qualifie l'évènement du 15 juillet 2017 de rechute de l'accident de service du 6 juin 2015, dès lors que la requérante a elle-même transmis à son employeur un certificat médical établi en ce sens ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 avril 2022, la clôture d'instruction a été dernièrement fixée au 2 juin 2022 à 12 h 00.

II. - Par une requête n° 1911077 et un mémoire, enregistrés les 11 décembre 2019 et 2 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2019 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Roissy-en-Brie a refusé de prendre en charge le remboursement à son profit des honoraires et frais médicaux résultant de son accident de service subi le 6 juin 2015, à compter du 31 mai 2018 ;

2°) d'enjoindre au CCAS de Roissy-en-Brie de procéder au remboursement des frais médicaux d'une montant de 1 004,67 euros ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de remboursement ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Roissy-en-Brie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, le 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et l'article 41 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 août 2021 et 6 mai 2022, le CCAS de Roissy-en-Brie, représenté par son président en exercice, conclut, à titre principal, à ce qu'il n'y ait lieu de statuer sur la requête et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, dès lors qu'au cours de la présente instance, il a régularisé la situation de l'agente en procédant au remboursement des factures en litige, à l'exception de celle du 4 juillet 2019 ;

- la requérante ne peut prétendre au remboursement de cette dernière facture, dès lors qu'elle concerne des frais médicaux engagés postérieurement à la date de consolidation de son état de santé résultant de l'accident de service du 6 juin 2015, soit au 9 avril 2109 ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 avril 2022, la clôture d'instruction a été dernièrement fixée au 2 juin 2022 à 12 h 00.

Par un courrier du 2 août 2022, des pièces complémentaires ont été demandées au défendeur pour compléter l'instruction.

Le 24 août 2022, le CCAS de Roissy-en-Brie a produit les pièces sollicitées, lesquelles ont été communiquées le 25 août 2022 à la requérante.

Le 8 septembre 2022, Mme C a produit un mémoire complémentaire qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-172 du 5 mars 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mentfakh, conseillère,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme C et celles de M. A, directeur de l'administration générale, représentant le CCAS de Roissy-en-Brie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, titulaire du grade d'agente sociale territoriale depuis 2016, a exercé les fonctions d'auxiliaire de vie au sein du centre communal d'action sociale (CCAS) de Roissy-en-Brie à compter de 2012. Le 6 juin 2015, alors qu'elle transférait un bénéficiaire de son lit à son fauteuil roulant, elle a subi un accident, lui causant une lombalgie d'effort. Celui-ci a été reconnu imputable au service par son employeur. Par un arrêté du 2 mars 2018, le président du CCAS de Roissy-en-Brie a reconnu les évènements survenus les 10 mai 2017 et 15 juillet 2017 comme des rechutes imputables au service. Par un arrêté du 26 décembre 2018, l'évènement survenu le 31 mai 2018 n'a pas été reconnu imputable au service. Par deux arrêtés des 15 janvier 2019 et 11 juin 2019, l'intéressée a été placée en congé de maladie ordinaire du 31 mai 2018 au 31 mai 2019 inclus. A la suite de l'avis de la commission de réforme émis, le 3 juillet 2019, qui s'est prononcée, à l'unanimité de ses membres, en faveur de la reconnaissance de l'inaptitude définitive de Mme C à l'exercice de ses fonctions d'agente sociale à la suite des évènements des 6 juin 2015 et 15 juillet 2017, par un arrêté du 15 juillet 2019, le président du CCAS de Roissy-en-Brie a implicitement retiré l'arrêté du 26 décembre 2018 en reconnaissant l'évènement du 31 mai 2018 comme une rechute de l'accident du 6 juin 2015 reconnu imputable au service. Par un arrêté du 19 septembre 2019, l'arrêté du 15 juillet 2019 précité a été complété par la mention selon laquelle la collectivité prend en charge le remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par l'accident de service du 6 juin 2015 jusqu'au 9 avril 2019, date à laquelle le médecin agréé expert a consolidé l'accident du 6 juin 2015. Par une décision du 10 octobre 2019, le président du CCAS de Roissy-en-Brie a refusé de prendre en charge le remboursement au profit de Mme C des honoraires et frais médicaux résultant de son accident de service subi le 6 juin 2015, à compter du 31 mai 2018. Par ses deux requêtes, Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2019 et de la décision du 10 octobre 2019 cités ci-dessus.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 1910376 et 1911077 susvisées présentent à juger la situation d'une même agente territoriale et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la requête n° 1910376 :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par le CCAS de Roissy-en-Brie :

3. D'une part, eu égard à son objet, l'arrêté attaqué, qui rejette la demande de la requérante tendant à reconnaître l'évènement du 31 mai 2018 comme une rechute de l'accident de service du 15 juillet 2017 et, par ailleurs, qui fixe la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressée, consécutif à son accident survenu non pas le 15 juillet 2017 mais le 6 juin 2015, au 9 avril 2019, et qui, ce faisant, limite la reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail à cette même date, fait nécessairement grief à l'intéressée, qui a un intérêt à agir contre cet acte en tous ses termes.

4. D'autre part, l'administration allègue que la requérante n'est pas légitime à agir contre les dispositions de l'arrêté attaqué du 19 septembre 2019, en tant qu'elles ont qualifié l'évènement du 15 juillet 2017 de rechute de l'accident de service du 6 juin 2015, dès lors qu'elle a elle-même transmis à son employeur un certificat médical établi en ce sens. Toutefois, cette circonstance alléguée par le défendeur est sans incidence sur l'intérêt à agir de Mme C.

5. Enfin, les décisions purement confirmatives sont celles dont l'objet et le contexte sont en tous points identiques à une décision antérieure, devenue définitive et par conséquent insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Pour être purement confirmative, la décision ultérieure doit avoir le même objet et intervenir alors que les circonstances de droit et de fait n'ont pas changé.

6. Il ressort des pièces du dossier que les dispositions des articles 1er et 2 de l'arrêté du 15 juillet 2019 précité, rédigées en des termes identiques à ceux de l'arrêté attaqué, ont le même objet que celui de ce dernier. Toutefois, à défaut de toute pièce probante produite aux débats de nature à établir la date certaine, aussi bien de sa notification à la requérante que, le cas échéant, de la réception par l'administration du recours gracieux formé par l'intéressée par un courrier du 9 août 2019 contre celui-ci, le délai de recours contentieux ne peut être regardé comme ayant couru contre l'arrêté du 15 juillet 2019. Par suite, à la date d'enregistrement de la requête de l'intéressée, soit le 20 novembre 2019, l'arrêté du 15 juillet 2019 n'était pas devenu définitif. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que l'arrêté attaqué ne pouvant être regardé comme confirmatif de l'arrêté du 15 juillet 2019, contrairement à ce que soutient le CCAS de Roissy-en-Brie, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre elles ne sont pas irrecevables.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 19 septembre 2019 :

7. Premièrement, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige, désormais codifié notamment aux articles L. 822-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite () ".

8. Deuxièmement, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.

9. Troisièmement, l'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, est manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Cet article n'est donc entré en vigueur, en tant qu'il s'applique à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017, est demeuré applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019.

10. Par suite et dès lors que l'accident de service subi par Mme C est intervenu le 6 juin 2015 et qu'est dans le débat la question d'un second accident de service survenu le 15 juillet 2017, sa situation demeure, ainsi, régie par les dispositions du 2ème alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée.

11. Quatrièmement, les effets d'un accident de service peuvent être aggravés par l'existence d'un état pathologique antérieur. En revanche, la rechute d'un accident de service se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation sans intervention d'une cause extérieure.

12. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le médecin rhumatologue agréé, dans son rapport d'expertise établi le 26 septembre 2018, a conclu que les arrêts de travail prescrits depuis le 31 mai 2018 à Mme C ne sont pas à prendre au titre de l'accident de service du 6 juin 2015, mais en lien avec une pathologie indépendante ou un autre accident de service. Dans le cadre d'une deuxième expertise réalisée le 9 avril 2019 sur la personne de la requérante, un nouveau médecin rhumatologue agréé a conclu que ces arrêts de travail sont imputables à l'accident de service du 15 juillet 2017, qualifié à tort selon l'expert de rechute à l'accident de service du 6 juin 2015. Les conclusions de ces deux expertises confirment le sens des certificats médicaux du médecin traitant de la requérante, établis le 31 mai 2018, qui qualifient les arrêts de travail de rechute à l'accident de service du 15 juillet 2017. Enfin, ces conclusions sont corroborées par la commission de réforme, dans son avis émis le 3 juillet 2019, à l'unanimité de ses membres, qui, se prononçant sur l'aptitude de l'intéressée à l'exercice de ses fonctions, précise que l'évènement du 15 juillet 2017 semble être un nouvel accident de service et non une rechute de l'accident de service du 6 juin 2015. Si le CCAS de Roissy-en-Brie se prévaut d'un certificat médical ultérieur, établi le 21 octobre 2019, par un médecin rhumatologue agréé, cette expertise n'a été réalisée qu'afin de déterminer l'incapacité permanente partielle de Mme C et est, de ce fait, peu circonstanciée sur l'appréciation de l'imputabilité des arrêts de travail du 31 mai 2018 qui ne lui était pas soumise. Ainsi, il ressort de l'ensemble des pièces produites aux débats que les arrêts de travail prescrits à compter du 31 mai 2018 sont imputables à l'accident de service survenu le 15 juillet 2017 et non à celui du 6 juin 2015. Dans ces conditions, le président du CCAS de Roissy-en-Brie a entaché l'arrêté en litige d'une appréciation inexacte au regard des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale.

13. En second lieu, d'une part, pour le bénéfice du régime légal institué par les dispositions précitées au point 7 du présent jugement, la consolidation correspond à la date à partir de laquelle l'état de santé de l'agent se stabilise et, ne paraissant plus susceptible d'évolution, revêt une certaine permanence. D'autre part, il résulte de ces mêmes dispositions que doivent être pris en charge au titre de l'accident de service, les honoraires médicaux et frais directement entraînés par celui-ci, y compris, le cas échéant, s'ils sont exposés postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente.

14. En limitant le remboursement des honoraires et frais médicaux jusqu'à la date de consolidation de l'accident de service subi le 6 juin 2015 par Mme C, qu'il détermine à la date du 9 avril 2019, alors qu'il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'expertise du 9 avril 2019 précité, que l'intéressée n'en a pas moins continué, à cette date, à éprouver du fait de la rechute du 31 mai 2018 des douleurs lombaires persistantes, n'excluant pas ainsi par-là la nécessité ultérieure de soins appropriés, le président du CCAS de Roissy-en-Brie a entaché l'arrêté contesté d'une erreur de droit.

15. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2019 en tant que le président du CCAS de Roissy-en-Brie a rattaché la rechute du 31 mai 2018 à l'accident de service du 6 juin 2015 et prévu que la collectivité prenne en charge le remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par l'accident de service du 6 juin 2015 jusqu'au 9 avril 2019.

Sur la requête n° 1911077 :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu partiel à statuer :

16. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

17. Postérieurement à l'introduction de l'instance, l'autorité territoriale fait valoir en défense, et n'est pas contestée sur ce point par la requérante, qu'elle a procédé, d'une part, au remboursement de toutes les sommes en litige au titre des frais médicaux, à l'exception de celle de 39,11 euros engagée le 4 juillet 2019 et que, d'autre part, le 5 janvier 2021, elle a décidé que la collectivité prenait à sa charge, sur justification, les honoraires médicaux et frais directement entraînés par l'accident du 6 juin 2015 jusqu'à sa date de consolidation, soit au 9 avril 2019, dont en particulier la somme de 13,10 euros engagée le 25 mars 2019.

18. Eu égard au retrait implicite de la décision contestée pris en exécution de l'arrêté du 19 septembre 2019 intervenu antérieurement à cette dernière, dont il n'est pas contesté par la requérante le caractère définitif, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C à l'encontre de la décision du 10 octobre 2019 sont devenues sans objet pour ce qui concerne tous les honoraires et frais médicaux engagés sur la période du 31 mai 2018 au 9 avril 2019 inclus. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur celles-ci.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus de prise en charge des honoraires et frais médicaux engagés postérieurement au 9 avril 2019 :

19. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

20. La décision en litige doit être regardée comme le refus du président du CCAS de Roissy-en-Brie de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident de la requérante subi le 15 juillet 2017 au-delà de la période courant à compter du 31 mai 2018. Ce faisant, une telle décision, qui refuse un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, devait être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

21. Si, par l'effet du renvoi de la décision contestée à un courrier de l'assureur de la collectivité, joint à celle-ci, celle-ci comporte les considérations de fait qui en constituent son fondement, en revanche, elle est dépourvue d'une motivation en droit et, par suite, méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code précité.

22. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 10 octobre 2019 en litige, en tant que le président du CCAS de Roissy-en-Brie a refusé de prendre en charge le remboursement à son profit des honoraires et frais médicaux consécutivement à l'accident de service subi à compter du 31 mai 2018.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

23. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () ".

24. D'une part, l'exécution du présent jugement, eu égard à ses motifs, implique d'enjoindre au président du CCAS de Roissy-en-Brie de prendre un arrêté portant reconnaissance de l'imputabilité au service de la rechute du 31 mai 2018 de l'accident de service survenu le 15 juillet 2017. Il y a lieu d'enjoindre à l'autorité territoriale d'y procéder dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement.

25. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à ses motifs, l'exécution du jugement n'implique pas d'enjoindre au président du CCAS de Roissy-en-Brie de rembourser à Mme C l'intégralité de la somme correspondant aux honoraires et frais médicaux résultant de son accident de service du 15 juillet 2017 qui s'élève à 1 004,67 euros, mais seulement, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'autorité administrative procède au réexamen de la situation de l'intéressée quant à la prise en charge de ses soins et frais médicaux afférents à la rechute de son accident de service à compter du 31 mai 2018. Il y a lieu d'enjoindre à l'autorité territoriale d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés aux litiges :

26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

27. Dans les circonstances des espèces, il y a lieu de mettre, dans le cadre des deux présentes instances, à la charge du CCAS de Roissy-en-Brie le versement à Mme C d'une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C à l'encontre de la décision du président du CCAS de Roissy-en-Brie du 10 octobre 2019 refusant la prise en charge au profit de Mme C des honoraires et frais médicaux résultant de son accident de service subi le 6 juin 2015, engagés sur la période du 31 mai 2018 au 9 avril 2019 inclus.

Article 2 : L'arrêté du président du CCAS de Roissy-en-Brie du 19 septembre 2019 et la décision de la même autorité du 10 octobre 2019 sont annulés.

Article 3 : Dans le cadre de la requête n° l910376, il est enjoint au président du CCAS de Roissy-en-Brie de prendre un arrêté portant reconnaissance de l'imputabilité au service de la rechute du 31 mai 2018 subie par Mme C de l'accident de service survenu le 15 juillet 2017, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Dans le cadre de la requête n° l911077, il est enjoint au président du CCAS de Roissy-en-Brie de procéder au réexamen de la situation de Mme C quant à la prise en charge des honoraires et frais médicaux afférents à la rechute de son accident de service à compter du 31 mai 2018, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Le CCAS de Roissy-en-Brie versera à Mme C une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre communal d'action sociale de Roissy-en-Brie.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Mentfakh, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

L. MENTFAKH

La présidente,

M. DLa greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 1910376

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