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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1910546

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1910546

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1910546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre, JU
Avocat requérantTARON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 novembre 2019 et 12 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Taron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté son recours gracieux dirigé contre l'arrêté du 26 juin 2019 du président du conseil départemental du Val-de-Marne ayant prononcé à son encontre l'exclusion temporaire de service pour une durée de trois jours ;

2°) d'annuler, par voie de conséquence, l'arrêté du 26 juin 2019 par lequel le président du conseil départemental du Val-de-Marne a prononcé à son encontre l'exclusion temporaire de service pour une durée de trois jours ;

3°) d'enjoindre au département du Val-de-Marne de procéder à l'effacement de la sanction et à la régularisation de la retenue sur traitement dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) mettre à la charge du département du Val-de-Marne la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la sanction est intervenue en l'absence d'une procédure contradictoire dès lors que la lettre de l'agente du 29 mars 2018 la mettant en cause ne lui a pas été communiquée et qu'elle n'a pas été mise à même de faire valoir ses observations ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;

- la sanction prise à son encontre est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, le département du Val-de-Marne, représentée par le président du conseil en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 3 décembre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lopa Dufrénot, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Titulaire du grade de rédacteur principal de 1ère classe, Mme B A exerce les fonctions d'assistante de direction au sein de l'Espace Départemental des Solidarités d'Orly. Par un arrêté du 26 juin 2019, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a prononcé une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours à son encontre. Le silence gardé par le président du conseil départemental, plus de deux mois, sur son recours gracieux formé, le 2 août 2019 par l'intéressée a fait naître une décision implicite de rejet. Mme A demande l'annulation de cette dernière décision et, par voie de conséquence, l'arrêté précité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il s'ensuit que Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de l'arrêté du président du conseil départemental du Val-de-Marne du 26 juin 2019, lui infligeant une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux dirigé contre cet arrêté.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligation des fonctionnaires : " () / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. ". Aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. ".

5. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que, alertée par la direction de l'action sociale, à la suite de la réception, en dernier lieu, d'un courrier d'une agente contractuelle du service du 29 mars 2018 dénonçant des faits de harcèlement dont elle affirmait être victime de la part notamment de la requérante, la responsable de l'Espace départemental des solidarités d'Orly a, après avoir reçu cette dernière en entretien individuel, alerté, par une note du 14 juin 2018, sa hiérarchie de la succession de conflits, en dépit des mesures mises en œuvre, et leur aggravation, du mal-être de l'auteur des alertes, tensions et conflits à l'origine de divisions au sein de l'équipe, de craintes de représailles, nuisant au bon fonctionnement du service appelant à la nécessité de remédier à la situation dans l'intérêt du service. Alors même que l'arrêté fait référence au courrier de l'agente contractuelle précitée et comporte la mention " auteur de harcèlement " visant la requérante, l'arrêté se fonde sur la note de la supérieure hiérarchique de l'intéressée du 14 juin 2018 à l'origine de la procédure disciplinaire et non le courrier dénonçant les faits de harcèlement, susceptible de contenir des éléments sur la vie privée de son auteur. Dès lors, ce signalement ne peut être regardé comme revêtant le caractère d'un acte de la procédure disciplinaire, ni, au demeurant, un acte administratif relevant du champ d'application de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. Et, ainsi, il n'avait pas, contrairement à ce qu'allègue la requérante, à figurer dans son dossier individuel qu'elle a consulté régulièrement dans le cadre de cette procédure et dont il n'est pas contesté qu'y figurait le rapport de la responsable de l'Espace départemental des solidarités d'Orly du 14 juin 2018. Dès lors, le moyen tiré du défaut de respect des dispositions de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". En outre, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () ".

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. Tout d'abord, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a prononcé à l'encontre de la requérante une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours au motif que l'intéressée a montré une agressivité permanente à l'égard de l'agente contractuelle ayant alerté sa hiérarchie sur sa situation, y compris en public et lors de réunions de travail, notamment celle du 27 mars 2018 et d'autres collègues, ces incidents récurrents et de gravité croissante tant dans leur fréquence que leur importance, constituent un manquement aux obligations de dignité et de probité, contraire à sa mission et indigne de ses fonctions. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de la responsable de l'Espace départemental des solidarités d'Orly du 14 juin 2018 et de la fiche d'incident du 21 mars 2018 que de multiples incidents sont survenus dès 2016, entre la requérante et sa collègue en souffrance, auteur de signalements, notamment dans son courrier du 29 mars 2018, tout particulièrement, au cours de l'année 2016, la requérante lui reprochant l'ouverture du service d'accueil avec retard après le dépôt de ses affaires privées, contestant régulièrement les congés attribués à cette agent, au titre de la réduction du temps de travail et adoptant une attitude agressive en tenant notamment des propos blessants (" vicieuse ") à son égard, à l'origine d'un mal-être et de souffrances chez celle-ci. A la suite d'entretiens que la supérieure hiérarchique a menés avec les protagonistes n'ayant pas permis d'amélioration, celle-ci constate elle-même chez la requérante une attitude d'opposition radicale et l'expression d'un mécontentement régulier, ayant contribué à la dégradation des conditions de travail, à l'origine notamment de divisions au sein de l'équipe, de tensions, nuisant au bon fonctionnement du service. La supérieure hiérarchique relève la fréquence et l'aggravation des incidents et appelle sa hiérarchie à la nécessité de remédier à la situation dans l'intérêt du service. D'autre part, la circonstance que les faits ainsi dénoncés sont, selon le département, susceptibles de revêtir la qualification de harcèlement moral est sans incidence sur la matérialité de ces faits. Mme A accuse sa collègue de retard dans l'ouverture du bureau, son manque d'investissement et, grâce à sa " proximité " avec la responsable de l'EDS d'Orly, la souplesse dans l'organisation de son travail qui lui est accordé et le cumul de jours de congés sur le compte épargne temps. Toutefois, ce faisant, elle ne conteste pas sérieusement la réalité des incidents précités. En dépit des recommandations, lors d'entretiens individuels de l'intéressée, menés par la supérieure hiérarchique, à adopter une attitude professionnelle plus souple à notamment à l'égard de cette agente, son comportement a persisté dans un contexte de dysfonctionnements au sien de l'EDS d'Orly où dès le mois d'avril 2018, il a été fait appel à l'intervention d'un psychologue du travail afin de parvenir à un apaisement au sein du service. Alors même que la requérante n'aurait pas de relations difficiles avec certains agents et sa supérieure hiérarchique dont elle respecterait les consignes, les griefs reprochés sont établis. Ces faits constituent un manquement professionnel à l'obligation de dignité qui, à lui seul, est de nature à justifier une sanction disciplinaire.

9. Ensuite, eu égard aux fonctions d'assistante de direction exercées par la requérante, de son ancienneté dans celles-ci, de la nature des griefs, qui ont contribué à des tensions au sein du service et de leur persistance, au point de créer des dysfonctionnements, il ne ressort pas des pièces du dossier que la sanction d'exclusion des fonctions d'une durée de trois jours, qui a été prononcée, laquelle relève du premier groupe des sanctions prévues par l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, est disproportionnée au regard de la gravité des manquements en cause. Le moyen soulevé doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du président du conseil départemental du Val-de-Marne du 26 juin 2019, ensemble la décision rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2022.

La magistrate désignée,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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