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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1910574

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1910574

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1910574
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBROOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 novembre 2019, 11 février et 20 mai 2020, la société Ricoh France, représenté par Me Devos, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2019 par laquelle la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 9 mai 2019 et lui a refusé l'autorisation de licencier M. A pour motif économique ;

2°) d'enjoindre à la ministre du travail d'autoriser le licenciement pour motif économique du salarié.

Elle soutient que, contrairement à ce qu'a estimé la ministre du travail, elle a respecté son obligation de reclassement à l'égard du salarié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2020, la ministre du travail, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Ricoh France ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 23 janvier 2020, M. B A, représenté par

Me Broom, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de la société Ricoh France la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Norval-Grivet, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté par la société Ricoh France le 1er juillet 2005 par contrat à durée indéterminée ; il occupait en dernier lieu le poste de chef de projet et exerçait les mandats de délégué du personnel et de représentant syndical au comité d'entreprise. Par courrier du 8 mars 2019, la société Ricoh France a demandé à l'administration du travail l'autorisation de le licencier pour motif économique. Par une décision du 9 mai 2019, l'inspectrice du travail lui a accordé cette autorisation. Par une décision du 8 novembre 2019 dont ladite société demande l'annulation, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 9 mai 2019 et lui a refusé l'autorisation de licencier M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel./ Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. / Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. / L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. / Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises ". L'article D. 1233-2-1 du même code prévoit que : " I. - Pour l'application de l'article L. 1233-4, l'employeur adresse des offres de reclassement de manière personnalisée ou communique la liste des offres disponibles aux salariés, et le cas échéant l'actualisation de celle-ci, par tout moyen permettant de conférer date certaine. / II. - Ces offres écrites précisent : () e) Le niveau de rémunération () / III. - En cas de diffusion d'une liste des offres de reclassement interne, celle-ci comprend les postes disponibles situés sur le territoire national dans l'entreprise et les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie. / La liste précise les critères de départage entre salariés en cas de candidatures multiples sur un même poste, ainsi que le délai dont dispose le salarié pour présenter sa candidature écrite. / () L'absence de candidature écrite du salarié à l'issue du délai mentionné au deuxième alinéa vaut refus des offres ".

3. Pour apprécier si l'employeur a satisfait à son obligation de recherche de reclassement, l'autorité administrative doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié sur le territoire national, d'une part, au sein de l'entreprise, d'autre part dans les entreprises du groupe auquel elle appartient, dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.

4. Il ressort des pièces du dossier que, à la suite de la diffusion par son employeur d'une liste des postes disponibles, M. A a d'abord présenté sa candidature à un poste intitulé

" workflow workplace designer " situé à Rungis, pour lequel il été reçu en entretien mais n'a pas été retenu en raison de compétences jugées insuffisantes en anglais, sans toutefois être testé lors de l'entretien et alors qu'il disposait de compétences en la matière. Contrairement à ce que fait valoir la société requérante, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la candidature de l'intéressé n'aurait pas été sérieuse et aurait été conditionnée à la délocalisation du poste en province, le salarié s'étant borné à indiquer qu'il ne souhaitait pas déménager en région parisienne. Au demeurant, M. A avait déjà montré qu'il assumait des trajets pour rejoindre la région parisienne plusieurs nuits par semaine. L'intéressé a ensuite postulé trois postes de " responsables service clients " situés à Labège, à Mérignac et à Montpellier, qui lui ont été refusés au motif d'une absence de compétences managériales et techniques. Il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment de son compte rendu d'entretien d'évaluation de 2017 que le salarié avait acquis des compétences pour occuper les fonctions d'encadrement, et disposait d'expériences sur des postes de consultant et de chef de projet concernant la zone visible par la clientèle et en contact direct avec elle. En se bornant à soutenir que ces postes auraient constitué une promotion pour laquelle le salarié ne disposait pas des compétences nécessaires, la société requérante n'établit pas en quoi ces emplois, qu'elle ne conteste pas avoir attribués à des salariés occupant des emplois de techniciens service clients de niveau 2, n'auraient pu être proposés à l'intéressé, au besoin à l'aide d'une formation d'adaptation de courte durée. Enfin, la société requérante soutient qu'elle n'était pas tenue de présenter au salarié une offre de reclassement suffisamment précise concernant un poste d'ingénieur des ventes à Niort, dès lors que le salarié n'avait manifesté aucun intérêt pour ce poste. Toutefois, d'une part, la publication de ce poste sur la bourse de l'emploi le 24 janvier 2019 ne correspondait pas aux critères prévus par le III. des dispositions précitées de l'article D. 1233-2-1 du code du travail relatifs à la diffusion d'une liste des offres de reclassement interne. D'autre part, il est constant que le courriel du 12 février 2019 par lequel la société a, à la suite du refus de sa candidature au poste de chef des ventes, indiqué à l'intéressé qu'il pouvait se positionner sur ce poste ne comportait, contrairement aux dispositions précitées du II. de ce même article, aucune indication du niveau de rémunération. En outre, il n'est pas contesté que ce poste relevait de la même catégorie que le poste occupé par l'intéressé ou d'un emploi équivalent. Dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été dans l'impossibilité d'assurer le reclassement de l'intéressé, notamment, dans les emplois évoqués ci-dessus, la société Ricoh France ne peut être regardée comme ayant fait les efforts nécessaires de reclassement lui incombant. Par suite, la ministre du travail n'a pas inexactement apprécié le sérieux des recherches de reclassement réalisées par l'employeur et a pu à bon droit, pour ce motif, refuser l'autorisation de licenciement sollicitée.

5. Il résulte de ce qui précède que la société Ricoh France n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la ministre du travail du 8 novembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Ricoh France la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Ricoh France est rejetée.

Article 2 : La société Ricoh France versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Ricoh France, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. B A.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

S. Norval-GrivetLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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