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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1910670

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1910670

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1910670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP ARVIS & KOMLY-NALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 29 novembre 2019 et 27 mars 2020, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a rejeté sa demande présentée le 31 juillet 2019 tendant à sa nomination par voie de reclassement dans le corps des psychologues de l'éducation nationale ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil de la nommer, au besoin par la voie du détachement, dans le corps des psychologues de l'éducation nationale dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le comité médical n'a pas été saisi préalablement à son édiction pour se prononcer sur sa demande de reclassement et sur son éligibilité à une période de préparation au reclassement et qu'il ne lui a pas été proposé une période de préparation au reclassement ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la consultation de la commission administrative paritaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- elle fait l'objet d'une discrimination en raison de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2020, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 janvier 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mars 2020 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires ;

- le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, assistante de service social des administrations de l'Etat affectée en dernier lieu en période d'immersion sur des fonctions d'adjoint administratif au centre d'information et d'orientation de Choisy-le-Roi, a, par courrier du 30 juillet 2019, notifié le 31 juillet suivant, demandé sa nomination par voie de reclassement dans le corps des psychologues de l'éducation nationale. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur : " Les comités médicaux sont chargés de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois publics, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie, de longue maladie et de longue durée et de la réintégration à l'issue de ces congés. / Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : / () 7. Le reclassement dans un autre emploi à la suite d'une modification de l'état physique du fonctionnaire, ainsi que dans tous les autres cas prévus par des textes réglementaires () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " La situation du fonctionnaire détaché dans un autre corps en raison d'une inaptitude temporaire à l'exercice des fonctions de son corps d'origine est réexaminée, à l'issue de chaque période de détachement, par le comité médical qui se prononce sur l'aptitude de l'intéressé à reprendre ses fonctions initiales. () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son corps, l'administration, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / La période de préparation au reclassement débute à compter de la réception de l'avis du comité médical si l'agent est en fonction ou à compter de sa reprise de fonctions si l'agent est en congé de maladie lors de la réception de l'avis du comité médical. () ". Aux termes de l'article 25 du décret du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " Les commissions administratives paritaires connaissent, en matière de recrutement, des propositions de titularisation ou de refus de titularisation. / Elles connaissent des questions d'ordre individuel résultant de l'application de l'article 24, premier alinéa (2°) et second alinéa, de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ainsi que des articles 45, 48, 51, 52, 55, 58, 60, 67, 70 et 72 de la loi du 11 janvier 1984 précitée. Elles connaissent également des décisions refusant le bénéfice des congés prévus aux 7° et 7° bis de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 précitée ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de sa séance du 13 septembre 2019 le comité médical a émis un avis favorable à l'exercice par Mme B de toute fonction. En se bornant à soutenir qu'elle a été reconnue travailleuse handicapée en 2019 et que le comité médical l'a reconnue inapte à l'exercice des fonctions d'assistante de service social lors de sa séance du 23 juillet 2013 puis seulement apte à des fonctions administratives le 15 décembre 2015, confirmé le 28 février 2017, l'intéressée n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause l'avis du comité médical s'étant prononcé sur son aptitude le 13 décembre 2019. En outre, elle n'apporte aucun élément, notamment médical, de nature à démontrer son inaptitude aux fonctions d'assistante de service social. Par suite, Mme B ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 précité. Par voie de conséquence et en tout état de cause, elle ne saurait utilement soutenir que la décision contestée est entachée d'un vice de procédure faute d'avoir été précédée de la consultation du comité médical départemental ou de la commission administrative paritaire compétente en application des dispositions précitées ou faute de lui avoir proposé une période de préparation au reclassement en application de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 précité.

5. En second lieu, aux termes de l'article 6 de loi du 13 juillet 1983, dans sa version alors en vigueur : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leur état de santé, (), de leur handicap (). / Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions ".

6. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant, qui s'estime lésé par une telle mesure, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux qui permettent d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. En se bornant à alléguer, sans précision, que l'administration a délibérément bloqué sa situation en refusant systématiquement de procéder à son reclassement dans le corps des psychologues de l'éducation nationale dès lors qu'elle ne souhaite pas les aménagements de postes préconisés et a cherché à l'évincer, la requérante n'apporte aucun élément susceptible de faire présumer qu'elle aurait fait, par la décision contestée, l'objet d'une discrimination en raison de son état de santé. En tout état de cause, d'une part, il ressort des pièces du dossier que, si en 2013, Mme B a demandé le bénéfice du dispositif " poste adapté de longue durée " pour opérer une reconversion vers les fonctions de " conseiller d'orientation psychologue ", devenues psychologue de l'éducation nationale, et si la même année, elle a tenté de se présenter au concours réservé des conseillers d'orientation psychologue ou, par la suite, envisagé un détachement dans le corps des conseillers d'orientation psychologue, il n'est pas contesté que le refus du bénéfice du dispositif " poste adapté de longue durée " était justifié par la circonstance qu'elle ne remplissait pas les conditions légales pour en bénéficier ou qu'elle ne bénéficiait pas, en tout état de cause, d'un droit à obtenir un détachement dans ce corps. Par ailleurs, elle a échoué au concours de psychologue de l'éducation nationale en 2017. D'autre part, nonobstant la circonstance qu'elle aurait dû être réaffectée sur un autre poste avant la reconnaissance de son aptitude à toute fonction par l'avis du comité médical du 13 septembre 2019, Mme B n'avait aucun droit à être réaffectée précisément sur un poste de psychologue de l'éducation nationale alors qu'elle a refusé tous les postes qui lui ont été proposés, sans établir qu'ils n'étaient pas adaptés à son état de santé. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la saisine du comité médical le 25 mars 2019 résulte d'une volonté de l'évincer alors qu'il ressort des pièces du dossier que cette saisine est justifiée par son refus systématique d'accepter l'un des postes proposés dans le cadre de la recherche d'un reclassement et que, en tout état de cause, le comité médical s'est prononcé favorablement à son aptitude à toute fonction, raison pour laquelle elle ne peut être reclassée pour inaptitude à ses fonctions dans un autre corps de la fonction publique. En outre, il est loisible à Mme B de demander un détachement dans le corps des psychologues de l'éducation nationale en dépit de son aptitude aux fonctions d'assistante de service social des administrations de l'Etat.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a rejeté sa demande tendant à sa nomination par voie de reclassement dans le corps des psychologues de l'éducation nationale. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

J.-N. C

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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