jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1911084 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | STEPHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 décembre 2019 et 1er décembre 2020, M. C A, représenté, en dernier lieu, par Me Stephan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 janvier 2019 par laquelle le directeur du
pôle ressources humaines et organisation des soins du centre hospitalier Les Murets a décidé que les arrêts de travail et les soins à compter du 26 juin 2018 relevaient de la maladie ordinaire ;
2°) d'annuler la décision du 14 octobre 2019 par laquelle le directeur du pôle ressources humaines et organisation des soins du centre hospitalier Les Murets l'a placé en position de congé sans traitement pour une durée d'un an, renouvelable deux fois, à compter du 26 juin 2019 ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier Les Murets de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie psychiatrique à compter du 26 juin 2018, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Les Murets la somme de 1 500 euros à verser à Me Stephan, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête n'est pas tardive dès lors que la décision du 15 janvier 2019 ne lui a été notifiée que le 15 octobre 2019 ;
- il aurait dû bénéficier d'une deuxième expertise après celle pratiquée par le médecin psychiatre agréé ;
- le centre hospitalier Les Murets n'a pas transmis à la commission de réforme le certificat médical établi le 28 juillet 2018 par le médecin généraliste l'ayant examiné dans le cadre d'une visite d'aptitude à la reprise du travail, ni les comptes rendus de ses médecins traitants ;
- il n'a pas été destinataire de certains courriers de l'hôpital ; le Dr B qui l'a examiné le 28 juillet 2018 a constaté qu'il était inapte à reprendre ses fonctions pour le motif psychiatrique ; elle a exprimé son désaccord avec les conclusions du Dr D, médecin psychiatre du 20 juillet 2018 ; son médecin traitant ainsi que son rhumatologue étaient en accord avec le Dr B ;
- le médecin psychiatre ayant établi le certificat médical transmis à la commission de réforme lui a indiqué oralement, à l'occasion d'un nouvel examen pratiqué le 9 septembre 2019, qu'elle estimait que les " syndromes dont [il] souffre " étaient liés à son accident de travail ;
- les décisions attaquées sont entachées de vices de procédure : d'une part, la composition de la commission de réforme est irrégulière en l'absence d'un médecin spécialiste en psychiatrie ; d'autre part, il n'apparaît que cinq signatures sur le procès-verbal de séance, de sorte qu'il n'est pas justifié que le quorum était atteint ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit pour avoir a été prises à tort sur le fondement de l'absence de lien exclusif entre sa pathologie et l'accident de service ;
- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article 41 de la loi
du 9 janvier 1986 dès lors qu'existe un lien de causalité direct entre sa pathologie psychiatrique (syndrome de stress post-traumatique) et l'accident de service du 12 mars 2018.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2020, le centre hospitalier Les Murets, représenté par sa directrice en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 décembre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2021 à 12 heures.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réchard,
- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui exerce les fonctions d'infirmier en soins généraux au
centre hospitalier (CH) Les Murets, a été victime, le 12 mars 2018, d'une agression au sein de l'établissement de santé. Par une décision du 22 juin 2018, la directrice du centre hospitalier a reconnu cet accident imputable au service et les arrêts de travail du 16 mars au 1er avril 2018 puis du 16 avril au 25 juin 2018 ont été pris en charge au titre de la législation sur les accidents de service. La commission de réforme, saisie par la direction de l'établissement hospitalier pour se prononcer sur la prise en charge au titre de l'accident de service des arrêts de travail et des soins de l'intéressé à compter du 25 juin 2018, a rendu un avis, le 11 décembre 2018, en faveur de leur prise en charge au titre de la maladie ordinaire. Par une décision du 15 janvier 2019, dont le requérant demande l'annulation, le directeur du pôle ressources humaines et organisation des soins du centre hospitalier Les Murets l'a informé de ce que la commission de réforme avait fixé la date de consolidation au 25 juin 2018 et une IPP à 0 % et que " les arrêts et soins à compter du 25 juin 2018 relèvent de la maladie ordinaire ". Par une nouvelle décision du 14 octobre 2019, dont le requérant demande également l'annulation, le directeur du pôle ressources humaines et organisation des soins du centre hospitalier l'a placé en position de congé sans traitement pour une durée d'un an renouvelable deux fois, à compter
du 26 juin 2019.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () ; / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions.
Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 42. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".
3. Le droit, prévu par ces dispositions, de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions
4. Il ressort des pièces du dossier que préalablement à l'édiction des décisions en litige, la commission de réforme a rendu un avis, le 11 décembre 2018, en défaveur d'une prise en charge des arrêts de travail et des soins postérieurs au 25 juin 2018 au titre de l'accident de service, en relevant qu'ils sont " sans lien exclusif avec l'accident du 12 mars 2018 ". Cet avis a été rendu au vu de l'expertise du Dr D, médecin psychiatre, du 20 juillet 2018 qui exclut leur prise en charge au titre de l'accident de service pour le même motif tiré de ce qu'ils sont " sans lien exclusif avec l'accident du 12 mars 2018 ".
5. D'une part, il ne ressort pas des termes de cette expertise médicale qui se borne à attester de l'existence d'un état antérieur de M. A et à exclure l'existence d'un lien exclusif entre la pathologie du requérant et l'accident de service, tout en se dispensant d'énoncer le moindre élément de nature à identifier les caractéristiques propres à l'état de santé de M. A, que l'expert aurait entendu exclure tout lien direct entre l'accident de service et la pathologie du requérant.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment du certificat médical détaillé établi le 28 juillet 2018 par le médecin généraliste de M. A, des courriers
des 18 juin et 25 octobre 2019 rédigés par le médecin psychiatre du requérant, circonstanciés, adressés respectivement au centre hospitalier Les Murets et au comité médical, ainsi que de l'avis de son médecin psychiatre du 14 août 2020 établi à l'entrée en hospitalisation du requérant, également précis et détaillé, que ce dernier souffre d'un syndrome de stress
post-traumatique qui s'est aggravé au cours des mois, en lien direct avec l'agression subie
le 12 mars 2018 reconnue au titre de l'accident de service. Dans ces conditions, la pathologie présentée par M. A doit être regardée comme se trouvant en relation directe avec l'accident survenu dans l'exercice de ses fonctions le 12 mars 2018. Par suite, ce dernier est fondé à soutenir que la décision attaquée du 15 janvier 2019 ainsi que celle du 14 octobre 2019, qui se borne à tirer les conséquences de l'épuisement des droits de M. A au titre de la maladie ordinaire, méconnaissent les dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 et que le directeur du pôle ressources humaines et organisation des soins du centre hospitalier Les Murets a commis une erreur d'appréciation en estimant que ses arrêts et soins à compter
du 26 juin 2018 relevaient de la maladie ordinaire et qu'il serait placé en congé sans traitement à compter du 26 juin 2019.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions du 15 janvier 2019 et du 14 octobre 2019 par lesquelles le directeur du pôle ressources humaines et organisation des soins du centre hospitalier Les Murets a considéré les arrêts de travail et soins postérieurs au 25 juin 2018 comme relevant de la maladie ordinaire et a placé M. A en congé sans traitement à compter du 26 juin 2019 doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
9. Eu égard aux motifs d'annulation des décisions attaquées, qui impliquent nécessairement une telle mesure, il y a lieu pour le tribunal d'enjoindre au directeur du centre hospitalier Les Murets de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie psychiatrique dont souffre M. A à compter du 26 juin 2018 et d'en tirer les conséquences sur sa situation au regard de la prise en charge des arrêts de travail et soins en résultant, et ce, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
10. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il suit de là que Me Stephan, sons conseil, peut se prévaloir de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Stephan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du centre hospitalier Les Murets la somme de 1 500 euros à verser à Me Stephan.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 15 janvier 2019 par laquelle le directeur du pôle ressources humaines et organisation des soins du centre hospitalier Les Murets a décidé que les arrêts de travail et les soins à compter du 26 juin 2018 relevaient de la maladie ordinaire est annulée.
Article 2 : La décision du 14 octobre 2019 par laquelle le directeur du pôle ressources humaines et organisation des soins du centre hospitalier Les Murets a placé M. A en congé sans traitement à compter du 26 juin 2019 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier Les Murets de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie psychiatrique de M. A à compter du 26 juin 2018 et d'en tirer les conséquences sur sa situation au regard de la prise en charge des arrêts de travail et soins en résultant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le centre hospitalier Les Murets versera à Me Stephan la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que Me Stephan renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au directeur du centre hospitalier Les Murets et à Me Stephan.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
C. RICHEFEU
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026