mercredi 28 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2000172 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MESUROLLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 janvier 2020, M. A D, représenté par
Me Mesurolle, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision révélée par celle du 7 novembre 2019 par laquelle le préfet de police l'a placé en situation de fuite ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, de lui remettre le formulaire de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de renouveler son attestation de demande d'asile dans un délai de 48 heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) à défaut d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pour la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de
1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 29 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ne se serait pas présenté aux convocations qui lui auraient été adressées et qu'il ne saurait en conséquence être regardé comme étant en fuite ;
- il n'est pas établi que les autorités bulgares auraient été informées de la prolongation du délai de transfert ;
- aucun transfert n'étant intervenu antérieurement au 16 octobre 2019 et dès lors que la situation de fuite n'est pas établie, la France est de nouveau responsable de l'examen de sa demande d'asile et le refus d'enregistrement de sa demande d'asile est illégal.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Melun.
Par une lettre du 30 novembre 2022, le tribunal a, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, informé les parties de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la mesure de placement en fuite de M. D en tant qu'elles sont dirigées contre des mesures qui ne révèlent pas des décisions susceptibles de recours (CE 29 mai 2021, M. B, n° 450341 au recueil), ainsi que des conclusions dirigées contre un refus d'enregistrement d'une demande d'asile dont l'existence n'est pas établie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement UE n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;
- le règlement UE n° 604-2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement UE n° 118/2014 du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2020 du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite les conclusions de la requête tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.
Sur le surplus des conclusions :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. D, ressortissant afghan né le
1er janvier 1994, a présenté une demande d'asile et s'est vu délivrer une attestation de demandeur d'asile portant la mention " procédure Dublin ". Par une décision du 5 février 2019, le préfet de police a ordonné son transfert aux autorités bulgares. Le recours que M. D a formé devant le tribunal administratif de Paris contre cette décision a été rejeté par un jugement du
16 avril 2019. Le 31 juillet 2019, M. D a été placé en rétention administrative avant d'être libéré quelques jours plus tard. Le requérant soutient qu'il s'est présenté en préfecture le
7 novembre 2019 pour demander l'enregistrement de sa demande d'asile selon la procédure normale et s'est vu remettre, ce même jour, une convocation pour le 4 février 2020 en vue de l'exécution de son transfert auprès des autorités bulgares. Par la requête susvisée, M. D demande l'annulation de la décision, révélée par la convocation émise le 7 novembre 2019, le plaçant en situation de fuite et doit être regardé comme demandant également l'annulation de la décision refusant l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale.
En ce qui concerne le placement en situation de fuite :
3. II résulte des dispositions du point 1 du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement
n° 604/2013 du 26 juin 2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 du
2 septembre 2003 qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.
4. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours.
5. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation du placement en fuite du requérant sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne le refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale :
6. L'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée prévoit que l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat qui est responsable de cet examen en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination par l'Etat membre responsable d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride. Ce transfert peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge, susceptible d'être portée à dix-huit mois dans les conditions prévues à l'article 29 de ce règlement si l'intéressé " prend la fuite ". Il résulte clairement des dispositions de l'article 29 que la notion de fuite doit s'entendre comme visant notamment le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.
7. Alors qu'il ne conteste pas que le requérant a sollicité, le 7 novembre 2019, l'enregistrement de sa demande d'asile et qu'à cette date le délai de transfert de six mois était expiré, le préfet de police n'apporte, dans la présente instance, aucun élément, alors qu'il est seul à en disposer, de nature à établir que le requérant devait être regardé comme étant en situation de fuite. Dans ces conditions, le préfet de police ne démontre pas qu'à la date de la décision contestée, révélée par la convocation délivrée à l'intéressé, la France n'était pas devenue l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de M. D et il y a lieu, par conséquent, de prononcer l'annulation de la décision contestée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
En ce qui concerne la demande d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de police procède à l'enregistrement de la demande d'asile de M. D en procédure normale, lui remettre le formulaire de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et lui délivre une attestation de demandeur d'asile portant la mention " procédure normale ". Il y a lieu en conséquence de lui enjoindre de procéder à ces mesures, sous réserve qu'elles n'aient pas déjà été effectuées, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
En ce qui concerne les frais de l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à l'Etat de verser à Me Muserolle, conseil de M. D, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Muserolle renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. D en procédure normale est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police d'enregistrer la demande d'asile de M. D en procédure normale, de lui remettre le formulaire de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile portant la mention " procédure normale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que ces mesures n'aient pas déjà été effectuées.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Muserolle, conseil de M. D, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Muserolle renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de D est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de police.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Ledamoisel, présidente,
M. Christophe Freydefont, premier conseiller,
Mme Norval-Grivet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
C. CL'assesseur le plus ancien,
C. FreydefontLa greffière
O. Dusautois
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026