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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2000290

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2000290

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2000290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantTARON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2020, Mme B A, représentée par Me Taron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2019 par laquelle le président du

conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 27 septembre 2019 et refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 11 septembre 2018 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Val-de-Marne de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 11 septembre 2018 ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la motivation des décisions qui lui sont opposées est manifestement entachée d'erreur de droit et d'une dénaturation des faits dès lors que, d'une part, le décret du 30 juillet 1987 lui permettait de déposer sa déclaration d'accident le 20 juin 2019 et, d'autre part, le certificat du médecin traitant a été établi dans les deux ans suivant l'accident ; pour les accidents dont la révélation est tardive, le délai de quinze jours imparti pour effectuer la déclaration court à compter de la constatation médicale ; il est erroné de lui opposer la date du 25 juin 2019 comme date de forclusion ; en droit, elle pouvait déposer son dossier de demande de reconnaissance d'imputabilité au plus tard quinze jours après la reconnaissance médicale de son accident, soit le 4 juillet 2019 ; la circonstance que le certificat médical ait été daté du 22 octobre 2018 est sans incidence dès lors qu'il s'agit d'une erreur ainsi qu'en a attesté son médecin ; le certificat faisant mention de la nature et du siège des lésions a été établi le 20 juin 2019 à la demande des services du département et dans le délai de deux ans suivant la survenance de l'accident le 11 septembre 2018 ; il ne peut davantage lui être opposé le fait que son envoi rectificatif du 16 juillet 2019 ne comportait pas le certificat de son médecin alors qu'il y figurait ; en tout état de cause, cela ne remet pas en cause sa démarche dès lors qu'il est évident que le certificat envoyé le 20 juin 2019 avait été antidaté par erreur ; sa demande devait donc être instruite, au besoin en demandant une expertise médicale ou en diligentant une enquête administrative ;

- l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 définit un régime légal d'imputabilité au service d'un accident ; il s'agit d'une présomption quasi-irréfragable ; elle a été en incapacité de reprendre ses fonctions à compter de l'entretien disciplinaire du 11 septembre 2018 qui s'est déroulé dans des conditions inacceptables ; les certificats de son médecin traitant attestent d'un lien direct entre le service et sa pathologie ; l'accident dont elle a été victime le 11 septembre 2018 doit être reconnu comme imputable au service ; elle doit bénéficier d'un congé pour invalidité temporaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2022, le département du Val-de-Marne, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

10 mars 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard,

- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, rédactrice principale de première classe, affectée à l'espace départemental des solidarités (EDS) d'Orly, y exerce ses fonctions en qualité d'assistante de direction. Dans un contexte de tensions au sein du service entre Mme A et d'autres agents, et compte tenu, notamment, de faits de harcèlement moral rapportés à la responsable de l'EDS, cette dernière a, aux termes d'une note du 14 juin 2018, relevé " une attitude inadaptée " de l'intéressée et " un comportement [rendant] difficile toute collaboration avec elle ". Par un courrier du

20 juin 2018, Mme A était convoquée à un entretien disciplinaire consécutivement à la transmission à la direction des ressources humaines de la note du 14 juin 2018 relative à " un comportement inadapté et des propos inacceptables tenus notamment lors de la réunion des secrétaires du 27 mars 2018 ". Mme A, qui est sortie de cet entretien, qui s'est déroulé

le 11 septembre 2018, " particulièrement choquée par les propos alors tenus ", a été conduite, le lendemain, aux urgences du centre hospitalier universitaire Bicêtre pour " des palpitations dans un contexte anxiogène lié à sa profession ". Elle a, ensuite, été placée en congé de longue maladie à compter du 22 octobre 2018 et a sollicité, par un courrier du 20 juin 2019, la requalification de son congé de longue maladie en congé imputable au service. Par une décision du 27 septembre 2019, le président du conseil départemental du Val-de-Marne l'a informée que les arrêts de travail

du 22 octobre 2018 au 26 septembre 2019 relevaient de la maladie ordinaire et que les frais médicaux et pharmaceutiques correspondants étaient à régler par ses soins. Mme A a,

le 7 novembre 2019, formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté par une décision du 26 novembre 2019 du président du conseil départemental du Val-de-Marne, dont elle demande l'annulation.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui a été dit au point 1. du présent jugement que Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 26 novembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté son recours gracieux qu'elle a formé le 7 novembre 2019. Toutefois, en vertu du principe énoncé au point précédent, il y a lieu de regarder ces conclusions comme dirigées contre la décision administrative initiale du 27 septembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de son accident survenu le 11 septembre 2018 et de prise en charge au titre de la législation sur les accidents de service des arrêts de travail du 22 octobre 2018

au 26 septembre 2019 et des frais médicaux et pharmaceutiques.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 37-2 du décret du 30 juillet 1987, dans sa rédaction issue du décret du 10 avril 2019 applicable au litige : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à l'autorité territoriale une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / () ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, le cas échéant, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. ". Aux termes de l'article 37-3 du même décret : " I.- La déclaration d'accident de service ou de trajet est adressée à l'autorité territoriale dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. / (). / IV.- Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. / Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire entre dans le champ de l'article L. 169-1 du code de la sécurité sociale ou s'il justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes ". Aux termes des dispositions transitoires figurant à l'article 15 du décret du 10 avril 2019 : " (). / Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret du 30 juillet 1987 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. / Les délais mentionnés à l'article

37-3 du même décret courent à compter du premier jour du deuxième mois suivant la publication du présent décret lorsqu'un accident ou une maladie n'a pas fait l'objet d'une déclaration avant cette date ".

5. Ces dispositions sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, à la date d'entrée en vigueur, le 12 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale. Notamment, la condition du délai de quinze jours introduite par les dispositions précitées de l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987 est applicable aux demandes initiales de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivées par un accident ou une maladie dont la déclaration a été déposée après le 12 avril 2019.

6. Mme A soutient qu'en lui opposant la tardiveté de sa déclaration d'accident de travail, le département du Val-de-Marne a commis une erreur de droit, en lui opposant à tort la date du 15 juin 2019 comme date de forclusion, ainsi qu'une " dénaturation des faits ", le certificat médical d'arrêt de travail initial ayant été établi dans les deux ans suivant l'accident.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui se prévaut d'un accident survenu le 11 septembre 2018, date de son entretien disciplinaire avec sa hiérarchie, a sollicité, le 20 juin 2019, la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident, soit à une date postérieure à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019. Dans ces conditions, alors même que la demande formulée par l'intéressée concerne un évènement survenu antérieurement

au 12 avril 2019, les délais fixés à l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987, commençant à courir à compter du 1er juin 2019, par l'effet des dispositions transitoires prévues à l'article 15 du décret du 10 avril 2019, lui sont applicables.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a, pour la première fois, le 20 juin 2019, sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident et transmis au président du conseil départemental du Val-de-Marne un certificat médical d'accident de travail initial établi le 22 octobre 2018 par son médecin, qui a renseigné la rubrique " date de l'accident ou de la 1ère constatation médicale de la maladie professionnelle " en indiquant la date du 22 octobre 2018. Mme A, qui fait grief au département du Val-de-Marne d'avoir considéré cette date comme déterminante dans le calcul du délai qui lui était imparti pour effectuer la déclaration d'accident, soutient que ce certificat médical, antidaté, par erreur par son médecin, a été établi le 20 juin 2019. A l'appui de son argumentation, l'intéressée produit une attestation du 6 novembre 2019 par laquelle son médecin a indiqué avoir commis une erreur en retenant la date du 22 octobre 2018 pour établir le certificat. Toutefois, outre le fait que ce certificat médical ait comporté une date d'accident erronée, il ne peut être fait grief au président du conseil départemental du Val-de-Marne d'avoir tenu compte de la date à laquelle Mme A a déclaré l'accident dont elle a été victime, soit dans le délai de deux ans à compter de la date à laquelle il est survenu, pour estimer que cette déclaration n'avait pas été transmise dans le délai de quinze jours courant à compter du 1er juin 2019 et expirant le 15 juin suivant en application des dispositions précitées au point 4. du présent jugement.

9. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, Mme A a, pour la seconde fois, le 16 juillet 2019, rédigé une attestation sur l'honneur valant déclaration d'accident de travail, qu'elle a complétée d'un certificat médical d'accident de travail initial, établi, le 20 juin 2019, par le même médecin. Si Mme A est fondée à soutenir qu'en application des dispositions de l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987, le délai de quinze jours qui lui était imparti pour effectuer sa déclaration d'accident de travail courait, non à compter de la date de l'accident, mais à compter de la constatation médicale résultant de ce certificat médical, et ce, nonobstant l'anomalie précédemment évoquée et que comporte le nouveau certificat médical, elle ne démontre pas avoir déclaré dans le délai imparti de quinze jours, expirant le 4 juillet 2019, à compter du 20 juin 2019, l'accident dont elle a été victime le 11 septembre 2018. A cet égard, Mme A ne conteste pas la circonstance invoquée par le département du Val-de-Marne dans la décision contestée

du 27 septembre 2019 que ce n'est que le 25 juillet 2019 qu'elle lui a adressé le certificat médical d'arrêt de travail initial du 20 juin 2019. Dans ces conditions, le département du Val-de-Marne a pu lui opposer que sa demande avait été présentée hors délai.

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le département du

Val-de-Marne aurait commis une erreur de droit et inexactement apprécié les faits de l'espèce ne peut qu'être écarté, la seconde déclaration tendant à la reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident dont Mme A a été victime n'ayant pu, en tout état de cause, " rectifier " la déclaration initiale.

11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, de la décision contestée, que le département du Val-de-Marne a rejeté la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident dont Mme A a été victime le 11 septembre 2018 au seul motif qu'elle n'avait pas respecté les délais prévus à l'article 37-3 précité du décret du 30 juillet 1987. Il suit de là que Mme A ne peut utilement soutenir, sur le fondement des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, que son accident est imputable au service et qu'elle aurait dû bénéficier d'un congé pour invalidité temporaire.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conshyeillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2000290

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