jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2000327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ZERAH ROLAND |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2019 sous le n° 1909485, Mme C B, représentée par Me Zerah, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 février 2019 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé la société Primark France à la licencier ainsi que la décision implicite par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique formé à l'encontre de cette décision.
Elle soutient que l'inspecteur du travail a inexactement apprécié les faits, aucun des griefs retenus n'étant établi, et que la demande d'autorisation de licenciement présentait un lien avec son mandat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail et de la décision implicite de rejet du recours hiérarchique, dès lors que ces décisions ont disparu de l'ordonnancement juridique, et que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2020 sous le n° 2000327,
Mme C B, représentée par Me Zerah, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la ministre du travail du 14 novembre 2019 en tant qu'elle autorise la société Primark France à la licencier ;
2°) d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 22 février 2019 autorisant son employeur à la licencier.
Elle soutient que :
- la décision de la ministre du travail est insuffisamment motivée en ce qui concerne la matérialité des griefs retenus ;
- l'inspecteur du travail comme la ministre du travail ont inexactement apprécié les faits, dès lors qu'elle n'a commis aucune faute disciplinaire ;
- la demande d'autorisation de licenciement présentait un lien avec son mandat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A D,
- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, employée par la société Primark France depuis le 16 août 2016 en qualité de responsable de paie, exerçait par ailleurs le mandat de représentante de section syndicale depuis le 6 juin 2018. Le 21 décembre 2018, son employeur, lui reprochant une série de fautes, a sollicité auprès de l'inspection du travail l'autorisation de la licencier. Par décision du 22 février 2019, l'inspectrice du travail a accordé à la société Primark France l'autorisation de licenciement sollicitée. Mme B a formé le 23 avril 2019 un recours hiérarchique contre cette décision. Par la requête enregistrée sous le n° 1909485, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision de l'inspectrice du travail ainsi que la décision implicite par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique formé à l'encontre de cette décision. Par une décision du 14 novembre 2019, la ministre du travail a retiré sa décision implicite née le 24 août 2019 rejetant le recours hiérarchique formé à l'encontre de la décision de l'inspectrice du travail du 22 février 2019, a annulé cette dernière décision au motif de son insuffisante motivation et a autorisé la société Primark France à licencier l'intéressée. Par la requête enregistrée sous le n° 2000327, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision de la ministre du travail en tant qu'elle autorise son licenciement.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 1909485 et 2000327 portent sur l'autorisation de licenciement d'un même salarié protégé, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 22 février 2019 :
3. Il ressort des pièces du dossier que, en tant qu'elle retire la décision de l'inspectrice du travail du 22 février 2019, la décision de la ministre du travail est devenue définitive. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail sont devenues sans objet et c'est à juste titre que la ministre soutient en défense qu'il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail
du 14 novembre 2019 :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () : 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. La décision attaquée vise les dispositions du code du travail dont elle fait application et expose, s'agissant de la matérialité des faits reprochés à l'intéressée, les raisons pour lesquelles elle estime que des fautes sont imputables à la salariée et revêtent une gravité suffisante pour autoriser son licenciement, en précisant les éléments sur lesquels elle fonde cette appréciation. Dans ces conditions, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en sorte qu'elle est suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
En ce qui concerne la matérialité des faits et leur caractère fautif :
6. Les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
S'agissant du premier grief :
7. Il est constant que Mme B a adressé, le 15 novembre 2018, un courriel comprenant la déclaration du temps de travail de la directrice générale de la société et de son assistante à la responsable des ressources humaines du magasin Val-d'Europe, qui n'avait pas compétence pour traiter ces documents. Mme B conteste le caractère fautif de cet envoi, en faisant valoir qu'il ne contenait pas de données confidentielles et qu'elle y a procédé, à la demande de la responsable des ressources humaines du magasin Val-d'Europe, afin de l'informer la déclaration du temps de travail de l'ancien assistant de la directrice générale affecté auprès d'elle, la procédure interne à l'entreprise nécessitant d'envoyer des courriels sans y apporter aucune modification pour valoir signature du salarié. Toutefois, d'une part, des informations comprenant comme en l'espèce l'indication des absences éventuelles des salariés, des jours fériés travaillés et le nombre de titres restaurant auxquels ils peuvent prétendre constituent des données à caractère personnel qu'il appartenait à la salariée, en sa qualité de responsable de paie et comme le lui imposait d'ailleurs l'article 8 de son contrat de travail, de traiter avec discrétion. D'autre part, Mme B ne produit aucun élément au soutien de ses allégations relatives à la procédure interne à l'entreprise. Par suite, le manquement considéré revêtait un caractère fautif et la ministre du travail n'a pas, à cet égard, inexactement qualifié les faits de l'espèce.
S'agissant du deuxième grief :
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a répondu, par courriel du 16 octobre 2018, aux questions d'une responsable des ressources humaines d'un magasin relatives au mode de calcul de la paie et aux compensations d'un jour férié, sans vérification préalable auprès de la directrice des relations sociales mais en mettant cette dernière en copie tout en lui demandant de confirmer sa réponse, et alors même qu'il est constant que son bureau était accolé au sien et qu'elle aurait ainsi pu la consulter en amont de cet envoi. Si Mme B soutient que ce procédé serait conforme aux pratiques ayant cours dans l'entreprise et résultant d'une mauvaise communication de la direction des ressources humaines, elle ne produit aucun élément au soutien de ces allégations. Il ressort d'ailleurs d'un courriel du responsable hiérarchique du service paie du groupe auquel appartient la société Primark, qui lui a été adressé dans les jours qui suivent l'événement décrit ci-dessus, qu'il avait déjà été donné comme consigne à Mme B de ne pas adresser directement de message sans disposer de l'accord dudit responsable et de celui de la directrice des ressources humaines pour la France. En outre, les relations conflictuelles qu'elle a pu entretenir avec la responsable en question ne sont, en tout état de cause, pas de nature à démontrer comme elle le soutient que le défaut de collaboration serait imputable à la direction des ressources humaines. Par suite, en estimant que ce grief était établi et démontrait une défiance de Mme B caractérisant son refus de collaborer avec l'équipe de la direction des ressources humaines, la ministre du travail n'a pas inexactement qualifié les faits de l'espèce.
S'agissant du troisième grief :
9. Il ressort des pièces du dossier qu'aux termes d'un courriel du 5 décembre 2018, Mme B a refusé d'accéder à la demande de son employeur et de restituer le coffre-fort mis à sa disposition, en prenant l'initiative de commander un second coffre. Si la requérante soutient que la demande de restitution de cet objet met en évidence l'hostilité de son employeur à son égard, elle ne conteste pas utilement que cette demande était liée à l'impossibilité d'accéder au coffre compte tenu de ses absences ni, en tout état de cause, l'absence de caractère légitime de son refus. Dès lors, en estimant que ce grief était établi et revêtait un caractère fautif, la ministre du travail n'a pas inexactement qualifié les faits de l'espèce.
S'agissant du quatrième grief :
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a adressé, entre le
12 novembre et le 7 décembre 2018, deux courriels quotidiens à la directrice des ressources humaines en lui indiquant ses heures de prise de poste et de départ, en dépit de deux demandes explicites émanant de cette directrice, formulées par courriels en date des 15 et
16 novembre 2018, tendant à faire cesser cette pratique et lui rappelant sa qualité de cadre au forfait. Si la requérante soutient que ces envois étaient nécessaires à défaut de dispositif de pointage dans l'entreprise, il est constant que sa durée de travail n'avait pas, compte tenu de son statut, à être comptabilisée en heures, alors au demeurant que Mme B ne justifie ni même n'allègue qu'elle se serait vue opposer des reproches à cet égard. En outre, la seule circonstance que Mme B s'est vu proposer, le 9 novembre 2018, une rupture conventionnelle de son contrat de travail n'est pas de nature ôter à ce manquement son caractère fautif. Par suite, en estimant que Mme B avait, par ces envois réitérés, intentionnellement outrepassé les consignes de la directrice des ressources humaines, la ministre du travail n'a pas inexactement qualifié les faits de l'espèce.
11. Au regard du cumul des agissements fautifs relevés ci-dessus, qui pris dans leur ensemble traduisent une attitude de défiance permanente et d'insubordination de la part de Mme B, la ministre du travail a pu légalement considérer qu'ils revêtaient une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
En ce qui concerne l'existence d'un lien avec le mandat :
12. Si Mme B se prévaut de l'existence d'un lien entre son mandat de représentante de section syndicale et la procédure de licenciement en litige et soutient que son employeur l'a oralement privée de la possibilité de participer à un séminaire en raison de la diffusion d'un tract du 15 novembre 2018, les pièces qu'elle produit ne permettent d'établir ni la réalité de cette allégation ni l'existence d'un tel lien. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la ministre du travail du 14 novembre 2019.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par la Mme B dans la requête n° 1909485.
Article 2 : La requête n° 200327 de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Primark France.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gallaud, président,
Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
S. DLe président,
T. GallaudLa greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 1909485 et 2000327
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026