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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2000513

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2000513

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2000513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLE PORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 janvier 2020 et 14 février 2023, Mme B C, représentée par Me Le Pors, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 41 668 euros en réparation des conséquences dommageables des conditions de sa prise en charge à l'hôpital Henri Mondor de Créteil le 17 octobre 2010 ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris est engagée en raison de sa prise en charge le 17 octobre 2010 à l'hôpital Henri Mondor, au cours de laquelle une scannographie aurait dû être pratiquée ;

- l'Assistance publique-hôpitaux de Paris doit réparer intégralement le préjudice subi par l'allocation des sommes de 4 286 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de

3 000 euros au titre des souffrances endurées, de 4 182 au titre des frais d'assistance par

tierce personne, de 14 200 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément, de 10 000 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels et futurs et de 3 000 euros au titre du préjudice subi du fait de la tardiveté de l'offre d'indemnisation qui lui a été faite.

Par deux mémoires, enregistrés les 12 juin et 6 juillet 2020, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui rembourser la somme de 4 075,08 euros, avec intérêt au taux légal à compter de la première demande et capitalisation des intérêts, au titre des débours qu'elle a exposés du fait du préjudice subi par Mme C ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris l'indemnité forfaitaire prévue par le neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Par une ordonnance du 10 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 27 mars 2023 à 12h00.

Un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, présenté par l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2019, rectifiée le 6 janvier 2022.

Vu :

- l'ordonnance n° 1209607 du 22 juillet 2013 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise confiée par le juge des référés à M. A, expert, à la somme de 1 275 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère,

- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Pors, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née le 11 juillet 1957, a été admise le 17 octobre 2010 à l'hôpital Henri Mondor, qui relève de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) pour une suspicion d'accident vasculaire cérébral. Après qu'un électrocardiogramme a été pratiqué, la patiente a été renvoyée à son domicile avec la consigne de revoir son médecin traitant en cas de récidive. Le même jour, devant une dégradation de son état de santé, elle s'est présentée au service des urgences du centre hospitalier intercommunal de Créteil et a été renvoyée à son domicile avec une ordonnance afin que soit effectuée une scannographie cérébrale. Cet examen, ainsi qu'une imagerie par résonnance magnétique (IRM) ont été pratiqués le 18 octobre 2010, et ont permis de mettre en évidence la présence de quatre zones ischémiques récentes de l'hémisphère cérébral gauche associés à une obstruction complète de la carotide interne gauche, raison pour laquelle Mme C a été transportée en urgence à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris où a été diagnostiqué un accident vasculaire cérébral sylvien gauche, avant d'être hospitalisée à la Fondation Rothschild. Après avoir obtenu la désignation d'un expert devant le juge des référés, Mme C demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser une indemnité en réparation des conséquences dommageables d'un retard de la prise en charge dont elle a été l'objet à l'hôpital Henri Mondor.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par le juge des référés que, dans la mesure où Mme C présentait des antécédents d'hypertension artérielle, de diabète et de tabagisme important, l'existence depuis plusieurs jours d'une symptomatologie à type de fourmillements et d'engourdissements survenant par épisodes, sans autre signe, devait faire évoquer la possibilité d'un accident vasculaire cérébral et impliquait que soit pratiquée immédiatement une scannographie cérébrale. L'AP-HP qui a d'ailleurs reconnu, dans une offre d'indemnisation faite à la requérante et datée du 13 septembre 2016, sa responsabilité pour faute dans la prise en charge de Mme C le 17 octobre 2010 n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'expert. D'autre part, ce dernier a relevé que l'accident vasculaire ischémique dont a été victime Mme C est survenu avant sa prise en charge au sein de l'hôpital Henri Mondor à Créteil et que la faute commise par l'hôpital le 17 octobre 2010, consistant à ne pas faire pratiquer une scannographie n'a pas entrainé d'aggravation du déficit neurologique qu'elle a subi à la suite de cet accident. L'expert a, toutefois, ajouté que le fait de ne pas avoir été prise au sérieux par le personnel médical de l'hôpital a entrainé un retentissement psychologique très important chez la patiente. Il résulte ainsi de l'instruction que les séquelles psychologiques dont est atteinte Mme C trouvent leur cause directe dans la faute commise lors de sa prise en charge au sein de l'Hôpital Henri Mondor de Créteil, consistant à l'avoir renvoyé chez elle sans pratiquer de scannographie.

4. En revanche, si Mme C, qui fait valoir que la proposition d'indemnisation de l'AP-HP est intervenue par lettre du 13 septembre 2016, soit plus de trois ans après le rapport d'expertise judiciaire déposé le 2 mai 2013, doit être regardée comme demandant l'engagement de la responsabilité de l'AP-HP sur le fondement du retard pris dans le traitement de son dossier d'indemnisation, il résulte de l'instruction que dans le cadre de la procédure amiable d'indemnisation, l'AP-HP a répondu par une offre d'indemnisation le 13 septembre 2016 à la demande d'indemnisation formulée par Mme C le 20 juillet 2016. Par suite, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre de l'AP-HP sur ce fondement.

Sur le préjudice :

5. Il résulte de l'instruction que la date de la consolidation de l'état de santé de

Mme C peut être fixée au 1er novembre 2012.

En ce qui concerne le préjudice patrimonial :

6. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris demande le remboursement des frais d'hospitalisation de Mme C du 18 au 22 octobre 2010, ainsi que des frais médicaux et de transport engagés pour la somme totale de 4 075,08 euros. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il résulte de l'instruction que la faute commise par l'hôpital Henri Mondor de Créteil n'a entrainé que des séquelles psychologiques pour Mme C, les dépenses de santé dont la caisse demande le remboursement étant liées à l'accident vasculaire cérébral dont a été victime la requérante avant sa prise en charge au sein de l'hôpital Henri Mondor. Dans ces conditions, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris n'est pas fondée à demander le remboursement de l'ensemble des dépenses de santé résultant de l'hospitalisation de Mme C et qui ont été exposées par elle.

7. En deuxième lieu, Mme C soutient qu'elle doit être indemnisée de l'assistance par tierce personne dont elle a eu besoin pour la période du 24 octobre 2010 au 16 octobre 2021 à hauteur de 4 182 euros. Toutefois, si l'expert indique dans son rapport qu'une tierce personne non spécialisée a été nécessaire sur cette période au rythme de quatre heures par semaine, ce dernier précise que ce préjudice est entièrement en rapport avec l'état antérieur, c'est-à-dire avec l'accident vasculaire cérébral dont a été victime la requérante avant sa prise en charge au sein de l'hôpital Henri Mondor. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.

8. En troisième lieu, Mme C doit être regardée comme demandant l'indemnisation des pertes de gains professionnels qu'elle a subis avant la consolidation de son état de santé ainsi que de l'incidence professionnelle du dommage dès lors que, à la suite de l'accident vasculaire cérébral dont elle a été victime, elle a été mise en invalidité à 80 % ce qui, selon elle, obère ses chances de réinsertion professionnelle. Toutefois, d'une part, elle ne soutient, ni même n'allègue qu'elle travaillait à la date à laquelle elle a été victime de l'accident vasculaire cérébral. D'autre part, le préjudice d'incidence professionnelle, à le supposer établi, trouve sa cause dans l'accident vasculaire cérébral ayant entrainé des séquelles neurologiques et non dans les séquelles psychologiques ayant pour origine la faute commise par l'hôpital

Henri Mondor. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation au titre de ces postes de préjudice.

En ce qui concerne le préjudice personnel :

9. En premier lieu, si Mme C demande l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire qu'elle a subi du 24 octobre 2010 au 16 octobre 2011, à hauteur de 4 286 euros, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise diligentée en référé, que ce déficit est entièrement imputable à l'état antérieur de la patiente. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.

10. En deuxième lieu, les souffrances endurées par Mme C, liées au retentissement psychologique de ne pas avoir été prise au sérieux par l'équipe médicale de l'hôpital Henri Mondor ont été évaluées par l'expert à 2 sur une échelle de 7. Il en sera fait une juste appréciation, dans les circonstances de l'espèce, en allouant la somme de 2 000 euros.

11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme C reste atteinte, après la consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent résultant des séquelles psychologiques, que l'expert évalue à 10 %. Compte tenu de ce que l'intéressée était âgée de 55 ans à la date de cette consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant une somme de 14 000 euros.

12. En dernier lieu, si Mme C se prévaut d'un préjudice d'agrément, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait pratiqué, antérieure à la survenance du dommage, d'activités ou des loisirs avec une intensité particulière au point que leur privation doive faire l'objet d'une indemnisation distincte des troubles de toute nature dans les conditions d'existence résultant du déficit fonctionnel permanent évoqué au point précédent.

13. Il résulte de ce qui précède que l'Assistance publique-hôpitaux de Paris doit être condamnée à verser à Mme C une somme de 16 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

14. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise de M. A, expert désigné par le juge des référés, liquidés et taxés à la somme de 1 275 euros, à la charge définitive de l'AP-HP.

16. En second lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, qui n'obtient pas le remboursement d'une quelconque somme en vertu du présent jugement, n'est pas fondée à demander que soit mise à la charge de l'AP-HP l'indemnité forfaitaire prévue par le

neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

D E C I D E :

Article 1er : L'AP-HP est condamnée à verser à Mme C une somme de 16 000 euros.

Article 2 : Les frais de l'expertise du docteur A, expert désigné par le juge des référés, liquidés et taxés à la somme de 1 275 euros par l'ordonnance du 22 juillet 2013 sont mis à la charge définitive de l'AP-HP.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

A. PerrinLe président,

T. Gallaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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