mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2000572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABANES ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et des mémoires, enregistrés le 20 janvier 2020, le 16 mars 2020 et le 2 mars 2021, la commune de Saint-Maur-des-Fossés, représentée par Me Polderman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté inter-préfectoral n°2019/2091 du 8 juillet 2019 par lequel le préfet du Val-de-Marne et le préfet de Seine-Saint-Denis ont prorogé pour une durée de cinq ans la déclaration d'utilité publique relative à la réalisation des travaux et expropriations nécessaires à la réalisation de la ligne de bus en site propre dénommé " Est-TVM " ;
2°) d'annuler les décisions implicites de rejet opposées par les préfets du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis à son recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis et du département du Val-de-Marne une somme de 2 000 euros chacun sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle dispose d'un intérêt à agir pour contester l'arrêté en litige ;
- cet arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que, ainsi qu'il résulte de la délibération n°2019-2-2.2.26 du 18 mars 2019 du conseil départemental du Val-de-Marne, le droit à l'information des conseillers généraux a été vicié ; en effet, les conditions concernant le vote n'ont pas été respectées faute d'établir que la règle du quorum a été satisfaite et que les conseillers aient reçu préalablement un rapport sur chacune des affaires sur lesquelles ils étaient invités à délibérer dans le délai prévu l'article L 3121-19 du code général des collectivités territoriales ;
- ce droit à l'information des élus du conseil départemental a également été méconnu dès lors que le rapport qui leur a été présenté est insuffisamment détaillé pour ne pas contenir de référence à l'actualité du projet Est-TVM ;
- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 121-5 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique dès lors que des circonstances nouvelles sont intervenues depuis la déclaration d'utilité publique du 21 juillet 2014 nécessitant qu'une nouvelle enquête publique soit réalisée ;
- il est entaché de détournement de pouvoir, ou à tout le moins de procédure, dans la mesure où la prorogation de la déclaration d'utilité publique du projet Est-TVM répond en réalité à des objectifs extérieurs à ce projet afin de permettre la réalisation du projet Altival sans qu'une nouvelle enquête publique eût été organisée sur une partie de ce dernier projet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2021, le préfet du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la commune de Saint-Maur-des-Fossés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Zanella, rapporteur public,
- et les observations de Me Polderman, représentant la commune de Saint-Maur-des-Fossés.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté inter-préfectoral du 21 juillet 2014, le préfet de Seine-Saint-Denis et le préfet du Val-de-Marne ont déclaré d'utilité publique le projet de réalisation de la ligne de bus en site propre " Est-TVM " sur les communes de Créteil, Saint-Maur-des-Fossés, Joinville-le-Pont et Champigny-sur-Marne. Par un arrêté inter-préfectoral n°2019/2091 du 8 juillet 2019, ces mêmes autorités administratives ont prorogé cette déclaration d'utilité publique. Par la présente requête, la commune de Saint-Maur-des-Fossés demande l'annulation de ce dernier arrêté ainsi que celle des rejets implicites opposés par ces deux préfets à sa demande gracieuse.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de prorogation :
2. En premier lieu, la commune soutient, d'une part, que le droit à l'information des élus a été méconnu en violation des articles L. 3121-18 et L. 3121-19 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il n'est pas établi que la convocation et le rapport de présentation ont été adressés aux conseillers départementaux dans le délai réglementaire alors que le rapport établi sur le projet de délibération demandant la prorogation de la déclaration d'utilité publique du projet Est-TVM est insuffisamment détaillé et, d'autre part, que les conditions de vote prévues par l'article L. 3121-14 du code général des collectivités territoriales concernant la quorum n'ont pas été respectées.
3. Aux termes de l'article L. 3121-14 du code général des collectivités territoriales : Le conseil départemental ne peut délibérer si la majorité absolue de ses membres en exercice n'est présente. / Toutefois si, au jour fixé par la convocation, le conseil départemental ne se réunit pas en nombre suffisant pour délibérer, la réunion se tient de plein droit trois jours plus tard et les délibérations sont alors valables quel que soit le nombre des présents. / Sous réserve des dispositions des articles L. 3122-1 et L. 3122-5, les délibérations du conseil départemental sont prises à la majorité des suffrages exprimés. Aux termes de l'article L. 3121-18 du code général des collectivités territoriales : Tout membre du conseil départemental a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires du département qui font l'objet d'une délibération ". Aux termes de l'article L. 3121-19 du même code : " Douze jours au moins avant la réunion du conseil départemental, le président adresse aux conseillers départementaux un rapport, sous quelque forme que ce soit, sur chacune des affaires qui doivent leur être soumises. / Les rapports peuvent être mis à la disposition des conseillers qui le souhaitent par voie électronique de manière sécurisée ; cette mise à disposition fait l'objet d'un avis adressé à chacun de ces conseillers dans les conditions prévues au premier alinéa. () ".
4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les conseillers départementaux ont été régulièrement convoqués à la séance du 18 mars 2019 par un courrier du 11 février 2019. Pour cette séance, avait été préparée une note établie par la direction des transports, de la voirie et des déplacements intitulée " Prorogation de la déclaration d'utilité publique du projet Est-TVM " permettant aux membres du conseil départemental d'être informés des motifs de cette prorogation. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, alors que la commune requérante ne fait état d'aucun élément sérieux, que le rapport serait parvenu aux conseillers départementaux dans un délai inférieur au délai de douze jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 3121-19 du code général des collectivités territoriales. D'autre part, il ressort des mêmes pièces du dossier, notamment du procès-verbal de la séance du 18 mars 2019 et des feuilles d'émargement, que sur cinquante conseillers départementaux que comprend le conseil départemental du Val-de-Marne, quarante-six étaient présents. Il suit de là que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article L. 121-5 du code de l'expropriation :
6. L'article L. 1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique dispose que : " L'expropriation, en tout ou partie, d'immeubles ou de droits réels immobiliers ne peut être prononcée qu'à la condition qu'elle réponde à une utilité publique préalablement et formellement constatée à la suite d'une enquête () ". Selon l'article L. 121-2 de ce même code : " L'acte déclarant l'utilité publique ou la décision refusant de la déclarer intervient au plus tard un an après la clôture de l'enquête préalable. () ". Aux termes du premier alinéa de son article L. 121-4 de ce code : " L'acte déclarant l'utilité publique précise le délai accordé pour réaliser l'expropriation. Il ne peut excéder cinq ans, si la déclaration d'utilité publique n'est pas prononcée par décret en Conseil d'Etat en application de l'article L. 121-1. ". Aux termes de l'article L. 121-5 de ce code : " Un acte pris dans la même forme peut proroger une fois les effets de la déclaration d'utilité publique pour une durée au plus égale à la durée initialement fixée, lorsque celle-ci n'est pas supérieure à cinq ans. Cette prorogation peut être accordée sans nouvelle enquête préalable, en l'absence de circonstances nouvelles. / Toute autre prorogation ne peut être prononcée que par décret en Conseil d'Etat ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente peut proroger les effets d'un acte déclaratif d'utilité publique, sauf si l'opération n'est plus susceptible d'être légalement réalisée en raison de l'évolution du droit applicable ou s'il apparaît que le projet a perdu son caractère d'utilité publique par suite d'un changement des circonstances de fait. Cette prorogation peut être décidée sans procéder à une nouvelle enquête publique, alors même que le contexte dans lequel s'inscrit l'opération aurait connu des évolutions significatives, sauf si les caractéristiques du projet sont substantiellement modifiées.
8. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le projet ait perdu son caractère d'utilité publique quand bien même le projet Altival serait concomitant, les deux projets étant au contraire présentés comme complémentaires. Ainsi, selon la note précitée de la direction des transports, si le projet Altival, liaison structurante identifiée au schéma directeur de la région Ile-de-France et consistant en l'aménagement d'un site propre pour autobus entre les deux branches du RER A de Sucy-en-Brie à Noisy-le-Grand, a une partie commune avec le projet Est-TVM, le dossier d'enquête publique de ce projet ne porte pas sur le secteur du Mont, d'Est, secteur déjà couvert par la déclaration d'utilité publique du projet Est-TVM. Il ne ressort également pas de ces mêmes pièces que les caractéristiques du projet aient été substantiellement modifiées. En particulier, il résulte de la même note de la direction des transports, de la voirie et des déplacements que la prorogation de la déclaration d'utilité publique n'a été rendue nécessaire qu'au seul motif que la mise en œuvre du projet Est-TVM est reportée à une date non encore déterminée en raison de la création de la ligne de métro 15 Sud du Grand Paris Express et de l'engagement des travaux de réaménagement du pont de Nogent-sur-Marne. Enfin, il est constant que l'arrêté querellé a été pris dans le délai de cinq ans à compter de la durée initialement fixée. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que, en application des dispositions de l'article L. 121-4 du code précité, la prorogation de la déclaration d'utilité publique aurait dû être précédée d'une nouvelle enquête publique doit être écarté.
En ce qui concerne le détournement de pouvoir et de procédure :
9. Il ressort des pièces du dossier, et eu égard à ce qui a été dit au point précédent, que la prorogation du délai de la déclaration d'utilité publique a été décidée au seul motif tiré de l'impossibilité de réaliser les travaux et expropriations nécessaires au projet dans le délai initial de cinq ans du fait de la création de la ligne de métro 15 Sud du Grand Paris Express et de l'engagement des travaux de réaménagement du pont de Nogent-sur-Marne. En revanche, cette prorogation ne présente aucun lien avec la réalisation du projet Altival. Par suite, la commune requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué des préfets de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne serait entaché d'un détournement de pouvoir ou de procédure.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Saint-Maur-des-Fossés n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté inter-préfectoral du 8 juillet 2019 des préfet du Val-de-Marne et de Seine-Saint-Denis prorogeant la déclaration d'utilité publique relative à la réalisation de la ligne de bus en site propre " Est-TVM " ainsi que des décisions implicites de rejet opposées par ces autorités administratives à son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Seine-Saint-Denis ou du département du Val-de-Marne, qui n'ont pas qualité de partie dans la présente instance, ni qualité, par voie de conséquence, de partie perdante, la somme que demande la commune de Saint-Maur-des-Fossés au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Saint-Maur-des-Fossés est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la commune de Saint-Maur-des-Fossés, au préfet du Val-de-Marne et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'hirondel, président,
Mme Morisset, conseillère,
M. Cabal, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022 .
La rapporteure,
A. B
Le président,
M. L'HIRONDELLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026