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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2000890

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2000890

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2000890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBARBOUCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 janvier et 19 octobre 2020, la société Ouadrani-Fils, représentée par Me Barbouch, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 12 septembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine ainsi que la décision du

26 novembre 2019 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler les titres de perception émis le 27 décembre 2019 pour avoir paiement de ces contributions ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions de l'OFII ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ont été prises en méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure ;

- elles méconnaissent l'article L. 8253-1 du code du travail ;

- elles méconnaissent l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les titres de perception sont entachés d'un vice de procédure ;

- les titres de perception sont entachés d'un défaut de motivation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juillet et 27 novembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation des titres de perception sont irrecevables en l'absence de réclamation préalable ;

-les moyens soulevés par la société Ouadrani-Fils ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Sonia Mme Norval-Grivet, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle routier effectué le 31 janvier 2019, les services de la gendarmerie nationale ont constaté la présence, dans un véhicule, d'un ressortissant marocain dépourvu de titre l'autorisant à travailler et séjourner en France et déclaré par la société Ouadrani-Fils. Un procès-verbal d'infraction a été établi le même jour et transmis à l'OFII en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Après que l'employeur a été invité à présenter ses observations, ce qu'il a fait le 27 juin 2019, le directeur général de l'OFII lui a, par une décision 12 septembre 2019, appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine. La société Ouadrani-Fils a formé, le 8 novembre 2019, un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 27 novembre 2019. Le 27 décembre 2019, deux titres de perception ont été émis pour avoir paiement des contributions mises à la charge de la société Ouadrani-fils. Celle-ci demande au tribunal d'annuler la décision du 12 septembre 2019, la décision du 27 novembre 2019 rejetant son recours gracieux, et les titres de perception émis le 27 décembre 2019.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions du directeur général de l'OFII :

2. D'une part, l'article L. 8251-1 du code du travail dispose que : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à l'espèce : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. () / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue au premier alinéa les dispositions prévues aux articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale ".

4. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, entré en vigueur le 1er janvier 2016, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.

5. Il résulte de l'instruction que le directeur général de l'OFII a informé la société Ouadrani-Fils, par une lettre du 14 juin 2019, qu'un procès-verbal du 31 janvier 2019 établissait qu'elle avait employé un salarié étranger démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée et de titres de séjour, qu'elle était donc susceptible, indépendamment des poursuites pénales susceptibles d'être engagées, de se voir appliquer la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine et qu'elle disposait d'un délai de quinze jours à compter de la réception de cette lettre pour faire valoir ses observations. Toutefois, cette lettre ne comportait aucune mention de nature à informer la société de son droit à demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel les manquements qui lui étaient reprochés avaient été retenus. Ayant, en l'espèce, été effectivement privée de la garantie que constitue l'information qui aurait dû lui être délivrée avant l'intervention de la décision du 12 septembre 2019, la société Ouadrani-fils est fondée à soutenir que cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la société Ouadrani-fils est fondée à demander l'annulation de la décision du

12 septembre 2019 ainsi que de celle du 27 novembre 2019 par laquelle a été rejetée le recours gracieux qu'elle avait formé à l'encontre de cette décision.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de perception :

7. Aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, applicable aux titres de recettes dont l'Etat est ordonnateur : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une opposition à

l'exécution en cas de contestation de l'existence de la créance, de son montant ou de son exigibilité ; / () ". Aux termes de l'article 118 du même décret : " Avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser une réclamation appuyée de toutes justifications utiles au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / La réclamation doit être déposée, sous peine de nullité : / 1° En cas d'opposition à l'exécution d'un titre de perception, dans les deux mois qui suivent la notification de ce titre ou du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause ; / (). / L'autorité compétente délivre un reçu de la réclamation, précisant la date de réception de cette réclamation. Elle statue dans un délai de six mois dans le cas prévu

au 1° (). A défaut d'une décision notifiée dans ces délais, la réclamation est considérée comme rejetée ". Aux termes de l'article 119 de ce décret : " Le débiteur peut saisir la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la décision prise sur sa réclamation ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration des délais prévus à l'article 118 ".

8. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est au demeurant pas même soutenu par la société requérante que celle-ci aurait formé une réclamation préalable à l'encontre des titres de perception en litige. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des titres de perception en litiges sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée en ce sens par l'OFII ne peut qu'être accueillie.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme que demande la société Ouadrani-Fils au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 12 septembre 2019 et la décision du 27 novembre 2019 rejetant le recours gracieux formé par la société Ouadrani-Fils sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Ouadrani-Fils et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

S. Norval-GrivetLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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