mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2000927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier 2020 et 15 septembre 2022, M. B A, représenté par Me David, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 26 décembre 2019 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Fresnes l'a placé à l'isolement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me David, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en particulier eu égard aux articles R. 57-7-64, R. 57-7-73 et R. 57-7-68 du code de procédure pénale et à la circulaire AP du 14 avril 2011 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la décision attaquée confond son profil pénal avec celui de son fils ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a été prise en raison de son motif d'incarcération et qu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle le place à l'isolement sur le fondement d'évènements non avérés et de motifs insuffisants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, le requérant devant être réputé s'être désisté dès lors qu'il n'a pas confirmé le maintien de sa requête à fin d'annulation dans un délai d'un mois à compter de la notification du rejet de sa requête en référé ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 février 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 18 septembre 1967, incarcéré à la maison d'arrêt de Fresnes depuis le 2 février 2019, demande au tribunal d'annuler la décision du 26 décembre 2019 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Fresnes l'a placé à l'isolement.
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-73 du même code alors en vigueur : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. /() ". Aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. () La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef d'établissement. ". Aux termes de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale alors en vigueur : " () / L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement () ".
3. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les articles R. 57-7-62 à R. 57-7-78 du code de procédure pénale, énonce les faits, en particulier ceux qui ont conduit à l'incarcération du requérant et les incidents ayant marqué son parcours pénitentiaire depuis son affectation sur le secteur de la première division du deuxième étage du centre pénitentiaire de Fresnes depuis le mois de juillet 2019, qui, selon cette décision, font redouter des troubles à l'ordre au sein de l'établissement. Ces mentions suffisamment précises et circonstanciées sont de nature à mettre en mesure M. A de discuter utilement les motifs de précaution et de sécurité ayant fondé la décision contestée. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions citées au point 2.
4. En deuxième lieu, le requérant ne peut se prévaloir utilement du non-respect de la circulaire du ministre de la justice et des libertés du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues, invitant le chef d'établissement à être " particulièrement attentif à l'impact de la mesure sur l'état psychique de la personne détenue ", laquelle, dépourvue de portée réglementaire et qui ne présente pas le caractère de lignes directrices, se borne à adresser des recommandations aux services pénitentiaires.
5. En troisième lieu, si le garde des sceaux, ministre de la justice produit, à l'appui de son mémoire en défense, deux mandats de dépôt datés des 4 mars 2017 et 31 juillet 2015, dont il ressort des termes qu'ils ne se rapportent pas à la situation du requérant mais à celle de son fils, M. B A, né le 12 avril 1994, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur du centre pénitentiaire de Fresnes se soit fondé sur ces éléments pour prendre la décision en litige de placement à l'isolement de M. A.
6. En quatrième lieu, le placement à l'isolement de M. A, décidé contre son gré, constitue une mesure de police destinée à prévenir les atteintes à la sécurité publique. Il appartient à l'autorité prenant une telle décision d'examiner, sous le contrôle du juge, si le comportement du détenu, apprécié à la date de la décision, révèle des risques de troubles incompatibles avec son retour au régime ordinaire de détention. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur les motifs d'une mesure de placement d'un détenu à l'isolement.
7. Pour placer M. A à l'isolement, le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Fresnes s'est fondé sur le motif tiré de ce que le placement à l'isolement s'imposait comme le seul moyen de prévenir tout trouble à l'ordre au sein de l'établissement. Dans la décision en litige, l'autorité administrative a ainsi précisé le profil pénal de l'intéressé, celui-ci ayant été condamné à sept mois d'emprisonnement pour menace de crime contre les personnes avec ordre de remplir une condition et à douze mois d'emprisonnement pour être entré en relation malgré une interdiction avec une personne nommément désignée par le ministre de l'intérieur pour prévenir la commission d'actes de terrorisme, et a pris en considération son comportement en détention, notamment l'ascendant qu'il cherche à exercer sur les jeunes agents affectés à son étage et sur l'influence générale que le détenu exerce tant sur le personnel que sur la population pénale, qu'il est nécessaire et indispensable de limiter rapidement afin d'éviter des troubles et embrigadement au regard des faits pour lesquels il a été incarcéré. En outre, la décision de placement à l'isolement s'appuie sur les faits survenus le 12 décembre 2019 qui révèlent qu'il s'est emporté face à une infirmière et qu'il a menacé physiquement et verbalement un surveillant qui tentait de le raisonner.
8. Si M. A soutient que la décision en litige est fondée uniquement sur son profil pénal et son comportement lors de ses précédentes incarcérations, il ressort des motifs énoncés au point précédent que l'administration a tenu compte de son comportement en détention et notamment de l'ascendant qu'il cherche à exercer sur la population de jeunes détenus et de surveillants. Par ailleurs, si le chef d'établissement évoque la surpopulation pénale et le jeune âge du personnel de surveillance dans sa décision, il n'en fait état que comme des éléments du contexte carcéral dans lequel évolue le requérant sans faire reposer sa décision sur ces seules constatations. Si, enfin, M. A soutient que la décision attaquée repose sur des faits qui ne sont pas établis et qui ne caractérisent pas un risque de trouble à la sécurité de l'établissement, il ressort des pièces du dossier que le profil de M. A et sa capacité à exercer un ascendant sur d'autres personnes détenues plus jeunes et sur des personnels pénitentiaires induisaient une probabilité élevée et actuelle de tentative d'embrigadement et de prosélytisme. Dans ces conditions, le chef d'établissement, qui ne s'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts, n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que le placement à l'isolement de M. A constituait l'unique moyen de se prémunir contre l'influence négative qu'il pourrait exercer sur le reste de la population carcérale.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me David.
Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Aurore Perrin, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
La rapporteure,
A. PerrinLe président,
T. GallaudLa greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026