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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2001660

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2001660

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2001660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAHBOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 21 février, 5 juin et 9 juin 2020 sous le n° 2001660, Mme C I D H, représentée par Me Mahbouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 décembre 2019 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer une autorisation de travail ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le rectorat de l'académie de Créteil a produit des observations enregistrées le

29 mai 2020.

Par un mémoire enregistré le 6 juillet 2020, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistré les 21 février et

16 mars 2020, Mme H, représentée par Me Mahbouli, demande au tribunal :

1°) de suspendre la décision du 28 janvier 2020 du préfet de Seine-et-Marne ;

2°) d'annuler la décision du 28 janvier 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) à titre principal d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention salarié, de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans ou à tout le moins un certificat de résidence d'un an dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de lui enjoindre de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 6-5 de l'accord franco-tunisien, porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en ce que la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire est illégale car les motifs qui la justifient manquent en fait et les faits allégués ne pouvaient pas caractériser un risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2020, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Par un courrier du 13 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension dans un recours pour excès de pouvoir.

Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public a été enregistré pour Mme H le 24 juin 2022.

Elle doit être regardée comme indiquant se désister des conclusions tendant à la suspension de l'arrêté du 28 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,

- le code du travail,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience dans le dossier n° 2001661.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Mme E dans le dossier n° 2001660,

- et les observations de Me Mahlal remplaçant Me Mahbouli, représentant Mme H.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante gabonaise née le 23 juin 1987 à Libreville (Gabon) est entrée en France le 27 septembre 2016 munie d'un visa étudiant. Elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire avec un changement de statut. Son employeur a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de travail en sa faveur, demande refusée le

20 décembre 2019. Par un arrêté du 28 janvier 2020, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destinations. Par les requêtes enregistrées sous les n°s 2001660 et 2001661, Mme H demande l'annulation de la décision portant refus d'autorisation de travail du 20 décembre 2019 ainsi que celle de l'arrêté du 28 janvier 2020.

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2001660 et 2001661 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté du 28 janvier 2020 :

3. Par un mémoire enregistré le 24 juin 2022, Mme H doit être regardée comme se désistant des conclusions tendant à la suspension de l'arrêté du

28 janvier 2020. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 20 décembre 2019 portant refus d'autorisation de travail :

4. En premier lieu, la décision du 20 décembre 2019 a été signée par

Mme F G, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par les arrêtés n° 19/BC/010 du 15 janvier 2019 et n° 2018-115 du 8 décembre 2018 régulièrement publiés au recueil des actes administratifs de la Seine-et-Marne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les

concernent. / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision attaquée vise notamment les articles applicables du code du travail ainsi que les éléments de fait relatif à la demande d'autorisation de travail sollicitée, elle comporte donc les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde et est par suite suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, qui a été abrogé au

1er mars 2019 par la loi du 12 septembre 2018 : " Une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de douze mois, non renouvelable, est délivrée à l'étranger ayant obtenu, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret et qui : 1° Soit entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur. Pendant la durée de cette autorisation, son titulaire est autorisé à chercher et à exercer un emploi en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération supérieure à un seuil fixé par décret et modulé, le cas échéant, selon le domaine professionnel concerné. A l'issue de cette période de douze mois, l'intéressé pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées au premier alinéa du présent 1° est autorisé à séjourner en France au titre de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux 1°, 2°, 4° ou 9° de l'article L. 313-20 ou de la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi () ". Conformément au IV de l'article 71 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, ces dispositions sont abrogées à compter d'une date fixée par décret en Conseil d'Etat, au plus tard le 1er mars 2019, et concernent les demandes qui lui sont postérieures. L'article R. 311-35 du même code dispose que : " III. - Lorsque l'étranger justifie, au plus tard à l'issue de son autorisation provisoire de séjour, exercer un emploi ou bénéficier d'une promesse d'embauche répondant aux conditions prévues au 1° de l'article L. 311-11, il sollicite la délivrance de la carte de séjour correspondant à son nouveau motif de séjour, dans le respect d'un délai maximal de quinze jours après la conclusion de son contrat de travail ". Aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable tel qu'issu de la loi du 7 mars 2016 :

" Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié ". () La carte de séjour prévue aux 1° ou 2° du présent article est délivrée, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi, à l'étudiant étranger qui, ayant obtenu un diplôme au moins équivalent au grade de master (), souhaite exercer un emploi salarié et présente un contrat de travail, à durée indéterminée ou à durée déterminée, en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération supérieure à un seuil déterminé par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : / 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; / Lorsque la demande concerne un étudiant ayant achevé son cursus sur le territoire français cet élément s'apprécie au regard des seules études suivies et seuls diplômes obtenus en France ; / 3° le respect par l'employeur, l'utilisateur mentionné à l'article L. 1251-1 ou l'entreprise d'accueil de la législation relative au travail et à la protection sociale ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / Il est également interdit à toute personne d'engager ou de conserver à son service un étranger dans une catégorie professionnelle, une profession ou une zone géographique autres que celles qui sont mentionnées, le cas échéant, sur le titre prévu au premier alinéa. ".

8. Si Mme H soutient que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur de droit en lui opposant les éléments d'appréciation mentionnés au 1° de l'article R. 5221-20 du code du travail et notamment en lui opposant la situation de l'emploi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne lui aurait opposé ces éléments, mais il ressort au contraire des termes de la décision attaquée que celle-ci est fondée sur le 3° du même article. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit soulevé par la requérante doit être écarté.

9. Si Mme H soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que d'une part c'est à tort que le préfet aurait considéré qu'elle avait déposé tardivement sa demande de statut alors qu'elle l'aurait déposé immédiatement après son embauche, et d'autre part que le poste est en adéquation avec son diplôme et sa formation, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'académie de Créteil aurait sollicité une demande d'autorisation de travail en faveur de Mme H lorsque celle-ci a été embauchée pour la première fois en octobre 2017, ni que celle-ci aurait déposé une demande de changement de statut étudiant à salarié avant le 2 novembre 2018, demande à laquelle la préfecture a répondu par courrier du 25 mars 2019 en informant la requérante que son dossier était incomplet et l'invitant à produire les documents manquants. Mme H ne conteste pas avoir commencé à travailler en octobre 2017, ni le motif tiré du 3° de l'article

R. 5221-20 du code du travail retenu par le préfet de Seine-et-Marne pour refuser de lui délivrer l'autorisation de travail sollicité. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, et alors même que le poste serait en adéquation avec ses diplômes et sa formation, Mme H n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à Mme H une autorisation de travail doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté du 28 janvier 2020 :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquée :

11. Par un arrêté du 28 février 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme D B, cheffe du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet notamment de signer les décisions de refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses, qui manque en fait, doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les

concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

13. La décision attaquée vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, et mentionne des éléments relatifs à la situation de Mme H, et notamment à son entrée en France et à sa demande de changement de statut. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En deuxième lieu, si Mme H soutient que la décision méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-tunisien, il ne ressort pas des pièces du dossier que celle-ci serait tunisienne. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Si Mme H soutient notamment qu'elle exerce une activité salariée et est même employée en CDI depuis 2017 et qu'il ne serait lui être reproché de continuer à détenir des attaches dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier qu'elle est célibataire, qu'elle entrée en France en septembre 2016 sous couvert d'un visa " étudiant " à l'âge de 29 ans, et elle ne produit que des attestations de ses collègues postérieures à la décision attaquée afin de justifier de ses attaches sur les territoire français. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale eu égard aux buts poursuivis, ni méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () / 3° Si la délivrance () d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger () / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III. ".

18. L'obligation de quitter le territoire français est une mesure de police qui, comme telle, doit être motivée. Néanmoins, cette motivation se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour que cette obligation de motivation puisse être regardée comme ayant été respectée. Par suite, eu égard à ce qui a été dit précédemment et au fait que l'arrêté vise explicitement les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée manque en fait.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour dont se prévaut la requérante à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

20. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués précédemment en ce qui concerne le refus de titre de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

21. En premier lieu, la décision querellée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et notamment vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention et que l'intéressée pourra être reconduite dans le pays dont elle a la nationalité ou tout autre pays où elle est légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté comme manquant en fait.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

23. Mme H ne fait valoir aucune menace personnelle dont elle pourrait être l'objet en cas de retour dans son pays d'origine susceptible de faire obstacle à sa reconduite à destination de ce pays en application des stipulations susmentionnées. Dès lors, le moyen qu'elle invoque, tiré de ce que l'arrêté contesté, en tant qu'il fixe le pays de destination de la reconduite, méconnaîtrait ces stipulations doit être écarté.

24. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. Au surplus, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux cités aux points précédents en ce qui concerne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes présentées par Mme H, n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

26. L'article L. 761-1 du code de justice administrative dispose : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à la requérante la somme qu'elle demande à ce titre.

DECIDE :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions tendant à la suspension de l'arrêté du 28 janvier 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes enregistrées sous les n°s 2001660 et 2001661 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C I D H et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bruand, président,

Mme Norval-Grivet, première conseillère,

M. Hy, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

G. HyLe président,

T.Bruand La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2001660

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