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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2001948

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2001948

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2001948
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET PEYRICAL & SABATTIER ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 mars 2020 et les 6 avril et 6 mai 2022, M. C B, représenté par Me Launay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2020 par lequel le maire de Verneuil-l'Etang l'a admis à la retraite pour invalidité ;

2°) d'enjoindre à la commune de Verneuil-l'Etang de le replacer dans une situation statutaire régulière et de réexaminer les possibilités de reclassement eu égard à son état de santé, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Verneuil-l'Etang une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière ;

- il méconnaît l'obligation de reclassement, en l'absence de toute proposition en ce sens de la commune et en dépit de ses demandes.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2021 et les 30 mars et 6 mai 2022, la commune de Verneuil-l'Etang, représentée par Me Peyrical, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu, au 9 mai 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cuturello, substituant Me Peyrical, représentant la commune de Verneuil-L'Etang.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, titulaire du grade d'adjoint technique depuis le 3 septembre 2008, exerçant des fonctions d'entretien des espaces verts, de la voirie et des bâtiments au sein de la commune de Verneuil-l'Etang, a été victime de deux accidents en 2009 et 2012 reconnus imputables au service et n'a pas repris ses fonctions depuis. Par un arrêté du 3 janvier 2020, dont il demande l'annulation, le maire de Verneuil-l'Etang l'a admis à la retraite pour invalidité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, dans sa version applicable à la date de l'arrêté contesté : " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions. La commission de réforme compétente est celle du département où le fonctionnaire exerce ou a exercé, en dernier lieu, ses fonctions () L'avis de la commission de réforme est communiqué au fonctionnaire sur sa demande () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé : / 1. Donne son avis, dans les conditions fixées par le titre II du présent arrêté, sur la mise à la retraite pour invalidité des agents affiliés à la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales () ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté : " () Cette commission comprend : / 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; / 2. Deux représentants de l'administration ; / 3. Deux représentants du personnel. / Chaque titulaire a deux suppléants () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " () La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".

3. Tout d'abord, si M. B soutient n'avoir pu présenter des observations devant la commission de réforme, lors de sa séance du 11 septembre 2019, que pendant cinq minutes, aucune des dispositions précitées n'enserre dans une durée particulière le temps dédié à l'agent concerné afin d'exposer ses observations. En tout état de cause, M. B qui les a présentées, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004, ne précise pas en quoi, il aurait été empêché d'apporter des précisions utiles afin d'éclairer la commission. En outre, ses observations ont été prises en compte par la commission de réforme, tel qu'il ressort des termes de son avis. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

4. Ensuite, contrairement à ce que soutient M. B qui fait valoir la composition irrégulière de la commission de réforme qui s'est tenue lors de sa séance du 11 septembre 2019, en présence d'un seul représentant de l'administration, il résulte des termes mêmes du procès-verbal de cette séance qu'étaient présents deux représentants de l'administration, ainsi que l'exigent les dispositions précitées de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004. Le moyen manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. Par ailleurs, il est constant, ainsi que le fait valoir M. B dans son mémoire enregistré le 6 avril 2022, que ne figurait pas parmi les éléments transmis à la commission de réforme, le tableau joint au compte-rendu des réunions d'accompagnement avec la mission handicap du centre de gestion, décrivant les mesures d'accompagnement préconisées ainsi que le calendrier de leur mise en place. Toutefois, il ressort de son examen que ce tableau se borne à mentionner seulement des propositions d'actions, assorties d'un calendrier prévisionnel de mise en œuvre, non assorti de dates précises. Dans ces conditions, alors même que n'a pas été transmis ce tableau à la commission de réforme, le requérant n'établit pas que cette instance n'a pas été suffisamment éclairée afin de rendre son avis, par l'ensemble du dossier communiqué et les observations présentées par l'agent lors de la séance. Cette branche du moyen doit être écartée.

6. Enfin, les dispositions de l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 institue le droit de communication à l'agent sur sa demande de l'avis de la commission de réforme. Or, il n'établit pas avoir sollicité la communication de cet avis émis le 11 septembre 2019. Dans ces conditions, le moyen invoqué est infondé et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa version applicable au litige : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " Le fonctionnaire territorial qui a présenté une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois se voit proposer par l'autorité territoriale, le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion plusieurs emplois pouvant être pourvus par la voie du détachement. L'impossibilité, pour l'autorité territoriale, le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, de proposer de tels emplois fait l'objet d'une décision motivée. () La procédure de reclassement telle qu'elle résulte du présent article doit être conduite au cours d'une période d'une durée maximum de trois mois à compter de la demande de l'agent ".

8. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une demande de reclassement le 17 mars 2014, réitérée le 15 octobre suivant, à la suite notamment des rapports d'expertise médicale établis les 28 août 2012 et 18 septembre 2013, aux termes desquels un reclassement sur un poste administratif était préconisé. Il est constant que l'agent a subi deux accidents reconnus imputables au service en 2009 et 2012 et présente un taux d'invalidité de 5 %, le rendant définitivement inapte aux fonctions qu'il exerçait en tant qu'agent d'entretien, ainsi que l'a d'ailleurs reconnu la commission de réforme, dans son avis du 10 septembre 2014, préconisant également un reclassement sur un poste administratif sans port de charges supérieures à deux kilogrammes. Dès 2013, la commune de Verneuil-l'Etang établit avoir pris l'attache du médecin de prévention du centre de gestion en indiquant qu'elle ne disposait pas de poste vacant pouvant être proposé à M. B et sollicitant des informations sur les démarches pouvant être entreprises à ce titre. La commune établit également avoir envoyé des lettres recommandant la candidature de l'intéressé auprès des différentes collectivités auxquelles il a postulé, en 2015 et 2016, et tenu M. B informé du suivi de la procédure de reclassement, en lien avec le centre de gestion, ainsi qu'il ressort des courriers des 28 janvier, 7 juillet et 1er décembre 2015. En outre, il résulte de l'instruction qu'ont été organisées des réunions, à partir du mois de janvier 2016, avec le service handicap du centre de gestion afin d'étudier les démarches en vue de reclasser M. B, notamment concernant des formations, prises en charge par la commune, et que ce dernier ne conteste pas avoir suivi du 22 au 24 mai 2017 et du 4 au 6 octobre 2017. Si, dans ses dernières écritures, M. B fait valoir l'agrément obtenu le 2 février 2022 auprès du Centre national des activités privées de sécurité afin de suivre des formations en tant qu'agent de surveillance et opérateur de vidéoprotection, cette circonstance, postérieure à l'arrêté attaqué, est sans incidence sur le présent litige. Dans ces conditions, et nonobstant la circonstance, invoquée par le requérant, qu'il n'aurait pas bénéficié d'un bilan de compétences, la commune de Verneuil-l'Etang, tenue à une obligation de moyens et non de résultats, a mis en œuvre les démarches lui incombant, afin de satisfaire son obligation de reclassement, qui n'ont pu aboutir. Dans ces conditions, en dépit des conclusions du médecin de prévention formulées le 12 août 2019, la commune a pu légalement prononcer, après l'avis favorable de la commission de réforme du 11 septembre 2019 et de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales du 12 décembre 2019, sa mise à la retraite pour invalidité. Dès lors, en prenant l'arrêté contesté, la commune n'a pas méconnu l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme réclamée par la commune de Vernueil-l'Etang sur le même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Verneuil-l'Etang sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Verneuil-l'Etang.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Mentfakh, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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