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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002096

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002096

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCHANGO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 5 mars et 10 décembre 2020, 12 janvier et 18 février 2021, Mme D A, représentée par Me Metton, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 janvier 2020 du directeur du groupe hospitalier Paul Guiraud lui refusant l'octroi d'un congé de longue maladie à compter du 7 février 2018 ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au groupe hospitalier Paul Guiraud et, à titre subsidiaire, au comité médical supérieur, de produire la liste des expertises et contre-expertises réalisées dans le cadre de la demande de congé de longue maladie, notamment ceux des docteurs Nay et Hangenmuller ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au groupe hospitalier Paul Guiraud de la placer en congé de longue maladie à compter du 7 février 2018, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

4°) d'enjoindre au groupe hospitalier Paul Guiraud de lui verser les demi-traitements non perçus, consécutifs à son placement en congé de longue maladie à compter du 7 février 2018, assortis des intérêts au taux légal et sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Paul Guiraud une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence négative, le groupe hospitalier s'étant borné à se fonder sur l'avis du comité médical supérieur sans exercer aucune appréciation sur sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de justification de la présence, au sein du comité médical supérieur, d'un médecin spécialisé en psychiatrie ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle remplit les conditions pour être placée en congé de longue maladie, compte tenu du syndrome anxio-dépressif grave et invalidant dont elle souffre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 novembre 2020 et 14 janvier 2021, le groupe hospitalier Paul Guiraud, représenté par Me Pareydt, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, car dirigée contre une mesure dépourvue de caractère décisoire ;

- les autres moyens invoqués par Mme A sont infondés.

Par ordonnance du 6 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 6 février 2022 à 12 h 00.

Par courrier du 3 juin 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A tendant à ce que le tribunal ordonne, à titre principal, au groupe hospitalier Paul Guiraud ou, à titre subsidiaire, au comité médical supérieur, de produire la liste des expertises et contre-expertises réalisées dans le cadre de la demande de congé de longue maladie, notamment ceux des docteurs Nay et Hangenmuller, ces demandes n'étant pas au nombre de celles que le tribunal peut prononcer en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative.

Mme A a formulé des observations en réponse, par un mémoire enregistré le 7 juin 2022, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Loehr, substituant Me Metton, représentant Mme A, et celles de Me Dubuc, substituant Me Pareydt, représentant le groupe hospitalier Paul Guiraud.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, titulaire du grade d'assistant socio-éducatif a exercé les fonctions d'éducatrice spécialisée au sein du groupe hospitalier Paul Guiraud depuis le 17 septembre 2012. Souffrant d'un syndrome anxio-dépressif depuis 2012 et estimant avoir fait l'objet d'un harcèlement moral dans l'exercice de ses fonctions, ayant entraîné notamment des arrêts de travail du 17 mars 2014 jusqu'au 20 février 2015, Mme A a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 5 février 2018 et en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 2 février 2019. Elle demande l'annulation de la décision du 22 janvier 2020 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Paul Guiraud a rejeté sa demande de bénéfice d'un congé de longue maladie.

Sur la recevabilité :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

3. Contrairement à ce qu'affirme le groupe hospitalier Paul Guiraud, il ressort des termes même du courrier du 22 janvier 2020 que le président du groupe hospitalier a, certes, informé Mme A du sens de l'avis rendu par le comité médical supérieur le 3 décembre 2019, et, en outre, décidé de suivre cet avis du comité médical supérieur et, ainsi, ce courrier présente le caractère d'une décision, susceptible de faire l'objet d'un recours, en application de l'article R. 421-1 précité du code de justice administrative. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par l'établissement hospitalier ne peut qu'être écartée.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'injonction tendant à la production de la liste d'expertises :

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

5. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Les conclusions présentées par la requérante n'entrent pas notamment dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code précité. Dès lors, elles sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté litigieux : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Le fonctionnaire qui a obtenu un congé de longue maladie ne peut bénéficier d'un autre congé de cette nature s'il n'a pas auparavant repris l'exercice de ses fonctions pendant un an () ". Aux termes de l'article 18 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Pour l'application de l'article 41 (3°) de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, le ministre chargé de la santé établit par arrêté, après avis du comité médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux critères définis par ces dispositions législatives, peuvent ouvrir droit à congé de longue maladie après avis du comité médical. / Toutefois le bénéfice d'un congé de longue maladie demandé pour une affection qui n'est pas inscrite sur la liste prévue à l'alinéa précédent peut être accordé après l'avis du comité médical compétent ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie () : / () - maladies mentales () ".

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser à Mme A l'octroi d'un congé de longue maladie à compter du 7 février 2018, le directeur du groupe hospitalier Paul Guiraud s'est fondé sur l'avis défavorable rendu le 3 décembre 2019 par le comité médical supérieur, relatif à la situation médicale de Mme A dont le groupe hospitalier n'a pas connaissance. Il est toutefois constant que Mme A souffre d'un syndrome anxio-dépressif pour lequel elle est placée en arrêt de travail depuis le 5 février 2018. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux, établis par son médecin généraliste traitant, des 30 août et 20 septembre 2018 et du docteur C le 25 septembre 2018, praticien hospitalier au sein du service des pathologies professionnelles et de l'environnement, que l'intéressée fait l'objet d'un traitement par voie de médicaments antidépresseurs depuis le mois d'août 2018, son placement en congé de maladie résultant de son état dépressif caractérisé par des idées suicidaires, une souffrance morale intense, des troubles du sommeil, des troubles cognitifs ainsi que des troubles du comportement alimentaire. De plus, aux termes de leurs certificats des 19 septembre et 5 décembre 2018, les docteurs Castagné et Karila, médecins psychiatres, conclut souhaitable pour l'un et recommandé pour le second, expert mandaté par le comité médical, l'octroi à Mme A d'un congé de longue maladie, pour une durée de six mois renouvelable afin de permettre à Mme A de poursuivre l'ensemble des soins et traitements nécessaires à l'amélioration de son état. Si le groupe hospitalier se prévaut de l'absence de précision des certificats médicaux fournis par Mme A, notamment sur son droit à bénéficier d'un congé de longue maladie au regard des critères fixés par l'article 41 précité, celui-ci ne fournit aucun élément probant de nature à remettre en cause les constatations et conclusions médicales versées par Mme A. De plus, il résulte des conclusions médicales précitées que le syndrome anxio-dépressif dont elle souffre, qui est, contrairement à ce que soutient le groupe hospitalier, une maladie mentale au sens de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 précité, au titre duquel elle est placée en arrêt de travail depuis le 5 février 2018, compte tenu des symptômes mis en évidence, notamment des idées suicidaires, la met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, présente un caractère invalidant et de gravité confirmées au sens et pour l'application de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière. La pathologie en cause nécessite un traitement et des soins prolongés. Ainsi, l'état de santé de Mme A ouvre droit à l'octroi d'un congé de longue maladie. Dans ces conditions, alors même que l'avis du comité médical supérieur ne le liait pas, en prenant la décision attaquée, le directeur du groupe hospitalier a commis une erreur dans l'appréciation ainsi portée.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 janvier 2020 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Paul Guiraud a refusé de lui accorder un congé de longue maladie à compter du 7 février 2018.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement le placement, par le groupe hospitalier Paul Guiraud, de Mme A en position de congé de longue maladie à compter du 7 février 2018, le cas échéant jusqu'à sa reprise de fonctions au sein de l'établissement. Il y a ainsi lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées en ce sens par Mme A ainsi que, par voie de conséquence, à celles tendant à la reconstitution de sa situation par le versement des sommes correspondant aux demi-traitements non perçus, consécutifs à son placement en congé de longue maladie à compter du 7 février 2018, le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir ce versement des intérêts au taux légal. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer l'astreinte demandée.

Sur les dépens :

10. Mme A n'établissant pas avoir exposé de dépens, ses conclusions tendant à ce que soit mis à la charge du groupe hospitalier les entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11.Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le groupe hospitalier Paul Guiraud demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du groupe hospitalier Paul Guiraud une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du groupe hospitalier Paul Guiraud du 22 janvier 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au groupe hospitalier Paul Guiraud de placer Mme A en position de congé de longue maladie à compter du 7 février 2018 et de lui verser les sommes correspondant aux demi-traitements non perçus à compter de cette même date, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le groupe hospitalier Paul Guiraud versera à Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le groupe hospitalier Paul Guiraud, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au groupe hospitalier Paul Guiraud.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

M. ELa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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