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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002278

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002278

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantOUEDRAOGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires complémentaires enregistrés les 10 mars 2020,

31 janvier 2022 et 14 septembre 2022, la SARL Exo Mama 77, représentée par Me Ouedraogo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 janvier 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 7 140 euros ainsi que la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement pour un montant de 2 309 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a jamais embauché en connaissance de cause un salarié dépourvu du titre de séjour et elle ne pouvait pas déceler que la personne qui se présentait pour l'embauche n'était pas le titulaire du titre de séjour ;

- le gérant de l'établissement a été relaxé par jugement du tribunal correctionnel de Melun en date du 26 octobre 2021 ;

- elle demande à être exonérée de toute sanction même si l'infraction est reconnue, compte tenu des circonstances particulières de l'affaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 juillet 2020 et 24 janvier 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire,

- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ouedraogo représentant la SARL Exo Mama.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 17 mai 2018 d'une épicerie située à Melun et exploitée par la SARL Exo Mama 77, les services de police ont constaté la présence en action de travail d'un ressortissant indien non autorisé à séjourner et à travailler en France et déclaré sous une autre identité. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'OFII en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Après que l'employeur a été invité à présenter ses observations par lettre recommandée du 13 novembre 2019, le directeur général de l'OFII a mis à sa charge, par une décision du 8 janvier 2020, la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 7 140 euros, et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 2 309 euros. La SARL Exo Mama 77 demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, selon le premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". En application du premier alinéa de l'article L. 8253-1 du même code,

" sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". Ce montant est fixé de manière forfaitaire, par l'article R. 8253-2 du même code, à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 du même code, à la date de la constatation de l'infraction. Il est réduit à

2 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ou lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 du même code. Il est, dans ce dernier cas, réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Enfin, il est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction. L'article R. 8253-4 du même code précise que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) décide de l'application de la contribution spéciale au vu des observations éventuelles de l'employeur, à l'expiration du délai qui a été fixé à ce dernier pour les faire valoir.

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ".

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées aux points précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur. En outre, il résulte de ces dispositions que la contribution prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail a pour objet de sanctionner l'emploi, même indirect, d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire pour que le manquement soit caractérisé. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, qu'il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.

5. En l'espèce, si le gérant de la société soutient qu'il ne connait pas de personne dénommée Boby Singh mais qu'il a uniquement embauché une personne dénommée

A, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait demandé l'original du titre de séjour de l'intéressé lors de l'embauche ni qu'il aurait procédé aux vérifications lui incombant en application de l'article L. 5221-8 du code du travail alors qu'il résulte par ailleurs de l'instruction que la société a déclaré deux personnes sous le nom de A, l'une dans son établissement de Melun, l'autre dans son établissement de Dammarie-les-Lys. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la SARL Exo Mama 77 n'est pas fondée à se prévaloir de sa bonne foi.

6. En deuxième lieu, à supposer que la société ait entendu se prévaloir du jugement de relaxe rendu par le tribunal correctionnel de Melun le 26 octobre 2020, cette circonstance ne fait nullement obstacle à ce que l'OFII apprécie si les faits sont suffisamment établis pour justifier que les contributions en litige soient mises à la charge de la société requérante.

7. En troisième lieu, ni le jugement de relaxe cité au point précédent, ni les difficultés financières liées au paiement des infractions, lesdites difficultés étant au demeurant non établies, ne justifient que la société requérante soit dispensée de toute sanction.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SARL Exo Mama doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Exo Mama 77 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Exo Mama 77 et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

J-R GuillouLe président,

T. Gallaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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