vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2002333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP PECHENARD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 mars 2020, 21 juillet 2021 et 16 septembre 2021, la société Otus, représentée par Me Sapène, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 13 février 2020 par laquelle la ministre du travail a annulé la décision d'autorisation de licenciement de l'inspecteur du travail du 28 juin 2019 et lui a refusé l'autorisation de licencier M. A ;
2°) d'enjoindre au ministre du travail d'autoriser le licenciement de M. A ;
3°) de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration a inexactement qualifié les faits en considérant que sa demande d'autorisation de licenciement a été présentée en raison du refus par le salarié de transfert de son contrat de travail ;
- cette demande est fondée sur le refus fautif du salarié d'accepter un simple changement de ses conditions de travail, rendu nécessaire par la perte du marché public par l'employeur ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;
- le refus de transfert opposé par le salarié à son employeur revêtait un caractère fautif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Otus ne sont pas fondés.
Par des mémoires, enregistrés les 26 février et 3 septembre 2021, M. D A, représenté par Me Beutier, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Otus la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 4 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de Mme Delormas, rapporteure publique ;
- les observations de Me Laouer, représentant la société Otus ;
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, employé depuis le 31 mai 2006 par la société Otus, appartenant au groupe Veolia et spécialisée dans la collecte des ordures ménagères pour le compte de collectivités territoriales d'Ile-de-France, occupait en dernier lieu le poste de chef d'équipe affecté à l'établissement de Bonneuil-sur-Marne et exerçait le mandat de membre titulaire du comité social et économique de cet établissement, à la suite de son précédent mandat de membre du comité d'établissement. A la suite de la perte, à compter du 28 mai 2017, du marché de nettoiement de la ville de Charenton dont elle était titulaire et sur lequel était notamment affecté ce salarié, la société Otus a sollicité auprès de l'inspecteur du travail, en application de la convention collective nationale des activités du déchet, l'autorisation de procéder au transfert du contrat de travail de l'intéressé, qu'elle a obtenue par décision du 28 juillet 2017. M. A ayant toutefois refusé ce transfert par courrier du 26 mai 2017, la société Otus lui a proposé neuf postes au sein d'autres filiales du groupe et un poste d'équipier de collecte sur l'établissement de Bonneuil,
que M. A a refusés. A la suite de sa convocation à un entretien préalable en vue de son licenciement, le salarié a sollicité l'application de la décision autorisant son transfert au profit de la société repreneur du marché, qui a refusé un tel transfert par courrier du 1er décembre 2017, au motif que la réorganisation avait eu lieu depuis plusieurs mois et qu'elle n'avait plus aucun poste disponible. Par courrier du 8 décembre 2017, la société Otus a alors sollicité auprès de l'inspecteur du travail l'autorisation de licencier le salarié en raison des refus opposés par lui à ses propositions d'affectation. Par décision du 23 février 2018, l'inspecteur du travail lui a refusé cette autorisation au motif que l'impossibilité de maintenir le salarié dans l'entreprise devait conduire à mettre en œuvre une procédure de licenciement pour motif économique. Cette décision a été annulée par la ministre du travail du 11 décembre 2018, qui lui a toutefois refusé l'autorisation de licenciement sollicitée au motif que les postes proposés entraînaient une modification du contrat de travail et qu'un poste de chef de secteur pour le marché de nettoiement de la commune de Bry-Sur-Marne n'avait pas été proposé au salarié. A la suite de cette décision, la société Otus a, par courrier
du 27 novembre 2018, proposé à M. A un poste de chef d'équipe à Carrières-sous-Poissy, que celui-ci a refusé. Considérant ce refus fautif, la société requérante a de nouveau sollicité, par courrier du 8 mars 2019, l'autorisation de le licencier, qui lui a été accordée par décision expresse de l'inspecteur du travail le 28 juin 2019. Par décision du 13 février 2020 dont la société Otus demande l'annulation, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail
du 28 juin 2019 portant autorisation de licenciement et lui a refusé l'autorisation de licencier M. A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Si le refus du salarié de changer d'employeur ne constitue pas en lui-même, hors le cas du maintien de plein droit du contrat de travail avec le nouvel employeur en application de l'article L. 1224-1 du code du travail, une cause de licenciement, le refus du salarié d'accepter un changement d'affectation rendu nécessaire par la perte d'un marché, qui ne modifie pas le contrat de travail, constitue un motif de licenciement.
3. Lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation de licenciement à raison du refus opposé par un salarié protégé à une nouvelle affectation proposée par son employeur en raison de la perte d'un marché, même dans l'hypothèse où cette proposition fait suite à un refus par le salarié de transfert de son contrat de travail, l'autorité administrative doit, après s'être assurée que la mesure envisagée ne constitue pas une modification du contrat de travail, apprécier si le refus du salarié constitue une faute d'une gravité suffisante pour justifier l'autorisation sollicitée. Il lui appartient, pour apprécier cette gravité, de tenir compte de la nature du changement envisagé, de ses modalités de mise en œuvre et de ses effets, tant au regard de la situation personnelle du salarié que des conditions d'exercice de son mandat.
4. Pour refuser à la société Otus l'autorisation de licenciement sollicitée, la ministre du travail a estimé que le refus du poste par le salarié ne saurait revêtir un caractère fautif au seul motif que ce poste lui avait été proposé à la suite de son refus du transfert de son contrat de travail vers la société repreneur du marché et qu'elle était ainsi tenue de refuser le licenciement pour faute. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la demande d'autorisation de licenciement présentée par la société Otus était fondée non pas sur le refus par M. A de transfert de son contrat de travail, mais sur son refus opposé à une proposition de nouvelle affectation formulée en raison de la perte du marché à l'activité duquel il était affecté. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 et 3, il appartenait ainsi à l'administration du travail d'apprécier si la proposition de l'employeur caractérisait une modification du contrat de travail ou au contraire un simple changement des conditions de travail et, dans cette seconde hypothèse, si le refus du salarié constituait une faute d'une gravité suffisante pour justifier l'autorisation de licenciement sollicitée, peu important la circonstance que la proposition de poste soit intervenue à la suite d'un refus de transfert du contrat de travail dont l'absence de caractère fautif n'est d'ailleurs pas contestée.
5. Dans ces conditions, en refusant l'autorisation de licenciement sollicitée au motif rappelé ci-dessus, la ministre du travail a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, la décision ministérielle attaquée du 13 février 2020 doit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, être annulée en tant qu'elle a annulé la décision du 28 juin 2019 de l'inspecteur du travail autorisant le licenciement et a refusé le licenciement sollicité.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement implique seulement, compte tenu de ses motifs, que le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion réexamine la demande d'autorisation de licenciement présentée par la société Otus, à l'aune des circonstances de droit et de fait prévalant à la date de son réexamen. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre du travail de réexaminer la demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Otus, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que, dans ses dernières écritures, la société Otus demande au même titre.
D E C I D E:
Article 1er : La décision du ministre du travail du 13 février 2020 est annulée en tant qu'elle a annulé la décision du 28 juin 2019 de l'inspecteur du travail et a refusé d'autoriser le licenciement sollicité.
Article 2 : Il est enjoint au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement de M. A, présentée par la société Otus, à l'aune des circonstances de droit et de fait prévalant à la date de son réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les conclusions de la société Otus et de M. A tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Otus, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. C.
Copie en est adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Benoist Guével, président,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
S. B
Le président,
B. GuévelLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026