jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2002350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET MINIER MAUGENDRE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2020, M. C A, représenté par Maître Rea, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 20-150 006 du 17 janvier 2020 par lequel le directeur du pôle d'intérêt commun, SCB.SCA.SMS, de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris l'a suspendu de ses fonctions, à titre conservatoire, pour une durée de quatre mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris la somme
de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure ;
- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation ;
- l'absence de saisine du conseil de discipline est à l'origine d'un préjudice ; la suspension dont il fait l'objet peut être maintenue ad vitam sous réserve d'achèvement de la procédure pénale, à supposer qu'elle ait été mise en œuvre ; il se retrouve en situation de chômage technique ; sa suspension l'empêche d'évoluer et a des conséquences sur sa rémunération ;
- il appartient à l'administration, qui a l'obligation de protéger ses agents par toute mesure utile, de vérifier la vraisemblance des poursuites pénales pour justifier le maintien de la suspension au regard de la présomption de faute grave ; aucune procédure pénale n'a été engagée à son encontre ; aucune plainte n'a été déposée ;
- l'arrêté n'est fondé sur aucun témoignage concordant ou preuve venant attester des allégations supposées de la patiente ; il conteste ces allégations ; il n'a pas été auditionné par les services de police sur ce point ; il n'a pas reconnu les faits qui lui sont reprochés ; les affirmations selon lesquelles il aurait porté un baiser sur le front de la patiente et aurait massé ses pieds sont de nature à lui nuire en faisant reposer sur lui un comportement inapproprié ; il ressort des messages échangés avec la patiente que celle-ci n'a pas été indisposée par leurs contacts et échanges ; la présomption de faute n'est pas établie ; la vraisemblance de la faute grave n'est pas caractérisée ; la saisine du conseil de discipline et l'engagement d'une enquête disciplinaire s'imposent pour garantir les droits du fonctionnaire suspendu ; la suspension dont il fait l'objet n'est pas justifiée au regard de l'intérêt du service dès lors qu'elle repose sur de simples présomptions ou rumeurs sans que ne soit démontrée la réalité des faits qui lui sont reprochés ;
- la suspension de ses fonctions intervient dans un contexte de démotivation, alourdi par le suicide d'un collègue ; elle revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée ;
- l'arrêté attaqué a nécessairement méconnu la loi en ce qu'il ne vise aucune disposition autorisant l'autorité hiérarchique à procéder à la suspension conservatoire de ses fonctions ; le défaut de saisine du conseil de discipline achève de rapporter le défaut de vraisemblance comme du défaut de gravité de la faute qui lui est reprochée ;
- il n'y a aucune urgence à le suspendre pour un motif d'intérêt général comme dans l'intérêt du service ; la suspension de ses fonctions n'est justifiée par aucun autre évènement postérieur ; l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a de nouveau méconnu la loi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2021, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, représentée par la Selarl Minier Maugendre et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 800 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 mars 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au
3 mai 2021 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique,
- et les observations de Me Neven, substituant la Selarl Minier Maugendre et Associés, représentant l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui exerce en qualité d'ambulancier au sein du service central des ambulances, est affecté au service mobile d'urgence et de réanimation de l'hôpital Henri Mondor, qui relève de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Le 3 janvier 2020, M. A a procédé au transfert d'une patiente au sein du service de cardiologie de l'hôpital Henri Mondor depuis le centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges. Le 13 janvier 2020, compte tenu du comportement inapproprié de M. A à l'égard de cette patiente, dont elle avait fait part à une aide-soignante du service, cette dernière a procédé à un signalement qui a fait l'objet d'une transmission dans le logiciel OSIRIS. Par un arrêté
n° 20-150 006 du 17 janvier 2020, dont M. A demande l'annulation, le directeur du pôle d'intérêt commun, SCB.SCA.SMS, de l'AP-HP l'a suspendu de ses fonctions, à titre conservatoire, pour une durée de quatre mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, M. A, qui soutient que l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure à défaut de viser un texte précis, de préciser la référence à une disposition en lien avec la suspension d'un fonctionnaire et d'identifier le régime de la suspension administrative conservatoire applicable - ce qui le prive tant de son droit d'être informé que de son éventuel droit à un recours utile -, peut être regardé comme soutenant que l'arrêté en litige n'est pas motivé. Toutefois, la décision par laquelle un fonctionnaire est suspendu de ses fonctions pour une durée de quatre mois est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire. Dans ces conditions, elle n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées par application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983, dans sa rédaction alors applicable : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité ". Aux termes de l'article 30 de cette même loi : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline ". Ces dispositions trouvent à s'appliquer dès lors que les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité.
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté contesté, que, pour suspendre M. A de ses fonctions à titre conservatoire, pour un durée de quatre mois, le directeur du pôle d'intérêt commun, SCB.SCA.SMS, de l'AP-HP a relevé que des présomptions sérieuses de faute grave pesaient sur M. A, tirées de ce qu'il aurait eu
les 3, 5, 10 et 11 janvier 2020 un comportement inadapté envers une patiente hospitalisée en réanimation cardiologique de l'hôpital Henri Mondor, notamment en lui rendant visite de manière intempestive, en lui imposant des contacts physiques - " baisers sur le front, baiser sur la joue " - et en lui adressant des messages déplacés, faits contraires à la probité et à la dignité qui s'imposent à tout fonctionnaire.
5. D'une part, le requérant conteste avoir reconnu les faits reprochés ainsi que l'énonce l'arrêté critiqué et tel que cela ressort du compte-rendu d'entretien du 15 janvier 2020 établi par son responsable hiérarchique. A l'appui de son argumentation, il produit un courrier non daté et non signé tendant à attester du caractère inexact de certains faits reprochés sans préciser les faits dont il s'agit, et dans lequel il admet toutefois avoir communiqué son numéro de téléphone à la patiente afin de lui venir en aide, ainsi qu'une déclaration de main courante du
15 janvier 2020 aux termes de laquelle il indique que les affirmations selon lesquelles il aurait embrassé la patiente sur le front, qu'il lui aurait proposé de masser ses pieds et lui aurait indiquer qu'elle pouvait venir chez lui étaient fausses. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du signalement Osiris établi à la suite du signalement effectué le 13 janvier 2020 par une aide-soignante du service dans lequel était hospitalisée la patiente, que cette dernière lui a fait part des visites intempestives de M. A depuis son arrivée, la mettant mal à l'aise, d'un baiser sur le front pour lui dire " au revoir ", de la proposition du requérant de lui masser les pieds et de la ramener chez lui, une fois qu'elle serait guérie, afin de lui venir en aide. Ces faits ont été corroborés par la patiente lors d'un entretien, qui s'est déroulé le 14 janvier 2020, avec la cadre de santé USIC et cardiologie polyvalente du service. La patiente a, ainsi, confirmé que M. A lui avait communiqué son numéro de téléphone, lui avait rendu visite, lui avait adressé des messages téléphoniques, l'avait embrassée sur le front, lui avait proposé un massage des pieds et de l'accueillir à son domicile. La copie de messages de M. A, transmis par SMS à la patiente, que l'AP-HP a produite et dont la teneur n'est pas contestée par le requérant, atteste de ce que, d'une part, M. A a pris des nouvelles de la patiente le 5 janvier 2020 en lui demandant si elle avait bien dormi, et, d'autre part, que le 8 janvier 2020, il lui a déclaré penser beaucoup à elle et lui a indiqué qu'elle pouvait faire appel à lui en cas de besoin tout en lui signalant qu'elle devait lui faire savoir si sa présence la dérangeait et concluait son message avec " je t'embrasse ". Au vu de ces éléments circonstanciés, les faits reprochés à M. A, qui a initié une relation personnelle avec une patiente, c'est-à-dire une personne vulnérable, à l'issue de son transfert, à distance et en sa présence, doivent être regardés comme présentant un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité de nature à justifier la mesure de suspension conservatoire prise à son encontre. A cet égard, la circonstance que la patiente n'ait pas manifesté clairement sa désapprobation est, contrairement à ce qu'allègue M. A, sans incidence, alors qu'au demeurant, la patiente a fait état dans les entretiens avec les personnels de l'AP-HP de ce qu'elle était indisposée par son attitude.
6. D'autre part, et contrairement à ce qu'allègue M. A, la circonstance que
l'AP-HP n'aurait pas saisi le conseil de discipline est sans incidence sur la légalité de la mesure de suspension. Il en va de même de l'absence de poursuite pénale qui ne peut faire obstacle au prononcé d'une mesure de suspension à titre conservatoire. Ainsi, dès lors que les faits reprochés présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité, au vu du comportement inapproprié du requérant dans le cadre de ses fonctions, à la date de l'arrêté attaqué, le requérant, qui ne peut utilement invoquer l'absence d'urgence à le suspendre, n'est pas fondé à soutenir que l'AP-HP aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation ou " méconnu la loi " en prononçant sa suspension pour une durée de quatre mois.
7. En troisième lieu, si M. A soutient que la mesure de suspension revêt le caractère d'une sanction déguisée et se prévaut, notamment, du comportement agressif, autoritaire et colérique de son supérieur hiérarchique ainsi que du harcèlement moral dont il aurait été victime de la part de ce dernier, il n'apporte aucun élément pertinent à l'appui de son argumentation. Il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier que la mesure en litige aurait été prise dans un but autre que celui de l'intérêt du service ni qu'elle ferait obstacle à la poursuite des fonctions d'ambulancier de M. A et qu'elle le priverait de toute rémunération.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 janvier 2020 par laquelle le directeur du pôle d'intérêt commun, SCB.SCA.SMS, de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a prononcé sa suspension à titre conservatoire pour une durée de quatre mois. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A, qui a la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par l'AP-HP et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera une somme de 1 200 (mille-deux-cents) euros à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Delmas, premier conseiller,
Mme Réchard, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2002350
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026