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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002423

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002423

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002423
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantMONAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2020, M. D B, représenté par Me Monamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2020 par lequel la maire de Nogent-sur-Marne a refusé de lui délivrer le permis de construire modificatif qu'il avait sollicité ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nogent-sur-Marne une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande de pièces complémentaires qui lui a été notifiée le 10 septembre 2019 à la suite de sa demande de permis de construire modificatif déposée le 7 août 2019 est tardive pour être intervenue plus d'un mois après le dépôt de cette demande en méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme et n'a pu, par suite, proroger le délai d'instruction ;

- à l'occasion du dépôt de sa demande, la commune lui avait, en revanche, délivré un récépissé mentionnant un délai d'instruction de deux mois, de sorte qu'il est bénéficiaire d'un permis de construire modificatif tacite intervenu le 7 octobre 2019 ;

- le refus de permis de construire modificatif contesté doit être ainsi regardé comme une décision de retrait du permis qu'il avait alors acquis tacitement ;

- cette décision de retrait est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle est intervenue sans engagement d'une procédure contradictoire préalable en méconnaissance des dispositions des articles L.121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le retrait du permis de construire modificatif est tardif dès lors qu'il a été notifié au-delà du délai de trois mois prévu à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- les motifs de retrait du permis de construire modificatif sont illégaux ;

- le dossier de permis de construire modificatif était complet ; en particulier, il n'y avait pas lieu de joindre une étude géotechnique alors que la circonstance que l'attestation exigée par les dispositions du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme a été établie au nom de M. A et de lui-même ne la rendait pas invalide.

La requête a été communiquée à la commune de Nogent-sur-Marne qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations du public avec l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Zanella, rapporteur public ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 janvier 2020, le maire de Nogent-sur-Marne a refusé de délivrer à M. D B le permis de construire modificatif qu'il avait sollicité en vue de modifier l'aspect extérieur de son projet de maison d'habitation située 9 rue du Pont Noyelles et créer une terrasse. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes, () ". Aux termes de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-38 de ce code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire modificatif déposée par M. B a été enregistrée en mairie de Nogent-sur-Marne le 7 août 2019. Si le maire de Nogent sur Marne a adressé à l'intéressé, par un courrier du 6 septembre 2019, une demande de pièces complémentaires, il résulte de l'accusé de réception de ce courrier qu'il a été présenté pour la première fois à M. B le 10 septembre 2019. Cette demande de pièces complémentaires a été ainsi notifiée au demandeur à l'expiration du délai d'un mois suivant la réception en mairie du dossier de demande de permis de construire modificatif fixé par les dispositions précitées des articles R. 423-22 et R. 423-38 du code de l'urbanisme et n'a pas eu, par suite, pour effet de proroger le délai d'instruction. Il s'ensuit que le dossier de demande de permis de construire modificatif doit être réputé complet à compter du 7 août 2019, de sorte que M. B était bénéficiaire d'un permis de construire modificatif tacite intervenu le 7 octobre 2019.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".

5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, M. B était bénéficiaire à compter du 7 octobre 2019 d'une décision implicite de permis de construire modificatif. Si, par l'arrêté en litige du 2 janvier 2020, le maire de Nogent-sur-Marne a refusé de délivrer le permis de construire sollicité, il ressort des pièces du dossier que cette décision a été notifiée à M. B le 7 janvier 2020, soit dans le délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme. Il suit de là que l'arrêté du 2 janvier 2020 doit être regardé comme ayant procédé au retrait du permis de construire modificatif, intervenu tacitement le 7 octobre 2019, et qui constitue une décision créatrice de droits.

6. Toutefois, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Les dispositions précitées font également obligation à l'autorité administrative de faire droit, en principe, aux demandes d'audition formées par les personnes intéressées en vue de présenter des observations orales, alors même qu'elles auraient déjà présenté des observations écrites. Ce n'est que dans le cas où une telle demande revêtirait un caractère abusif qu'elle peut être écartée.

7. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B a été informé par le maire de Nogent-sur-Marne qu'il était envisagé de remettre en cause les droits acquis résultant du permis tacite dont il était bénéficiaire et qu'il a été invité à présenter ses observations sur la mesure envisagée. Par suite, en l'absence d'engagement d'une procédure contradictoire préalable, la décision contestée est entachée d'un vice de procédure.

8. Cependant, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie. Dans les circonstances de l'espèce, le non-respect de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration a privé M. B d'une garantie de pouvoir présenter ses observations sur la mesure envisagée, ce qui a été, en outre, susceptible d'exercer une influence sur le sens de l'arrêté contesté. Par suite, le requérant est fondé à demander pour ce motif l'annulation de la décision en litige.

9. En second lieu, aux termes de l'article R.431-16 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / () f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ; () ".

10. Pour refuser de délivrer à M. B, le permis de construire modificatif qu'il sollicitait, le maire de Nogent-sur-Marne s'est fondé sur le motif tiré de l'incomplétude du dossier en l'absence de production, alors que le terrain d'assiette du projet est situé en zone bleue foncée du plan de prévention des risques relatifs aux mouvements de terrain (PPRMT) du fait d'un risque d'affaissement et d'effondrement du terrain lié à l'éventuelle présence d'anciennes carrières ou souterrain, d'une étude géotechnique réalisée au seul nom de M. B en méconnaissance des disposions du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme.

11. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, la demande de pièces complémentaires n'a pas été formulée dans le délai prescrit par les articles R. 423-22 et R. 423-38 du code de l'urbanisme. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le maire de Nogent-sur-Marne ne pouvait, par la décision en litige, refuser de lui délivrer le permis de construire modificatif du fait de l'incomplétude ou de l'insuffisance du dossier. En tout état de cause, la seule circonstance que l'étude n'a pas été établie au seul nom de M. B n'est pas de nature à la rendre invalide et n'a pas empêché le service instructeur de pouvoir apprécier les risques auxquels pourrait être exposé le terrain d'assiette du projet. Il suit de là que M. B est également fondé, par ce second motif, à demander l'annulation de l'arrêté contesté du 2 janvier 2020.

12. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de cet arrêté

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de Nogent-sur-Marne une somme totale de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B, et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Nogent-sur-Marne du 2 janvier 2020 est annulé.

Article 2 : La commune de Nogent-sur-Marne versera à M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifieé à M. B et à la commune de Nogent-sur-Marne.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

M. L'HIRONDEL La greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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