vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2002555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BLOCH-MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires respectivement enregistrés le 19 mars 2020, le 1er octobre 2023, le 31 octobre 2023 et le 2 décembre 2023, la société Life Scientific Limited, représentée par Me Bloch-Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 octobre 2019 par laquelle l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a refusé de renouveler l'autorisation de mise sur le marché (AMM) du produit phytopharmaceutique " Life Scientific Metsulfuron 20 ", ainsi que la décision du 20 mars 2020 par laquelle l'ANSES a rejeté le recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;
2°) d'enjoindre à l'ANSES de renouveler l'AMM du produit phytopharmaceutique " Life Scientific Metsulfuron 20 " dans un délai de quinze jours et sous une astreinte de
500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'ANSES une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soulève les moyens suivants :
- la décision implicite rejetant son recours gracieux n'est pas motivée ;
- l'AMM du produit OMNERA LQM est illégale de sorte que la période de protection des rapports d'essais et d'études soumis dans le cadre de l'approbation de la substance active metsulfuron-methyl n'a pu débuter ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors :
* que le refus de renouvellement se fonde sur un tableau de comparaison de données, dit " A matching table " (DMT), de mai 2018 antérieur au tableau achevé daté
d'octobre 2018, qu'elle a fourni le 12 août 2019 et qui permet de confirmer que toutes les études protégées portant sur la substance active sont compensées et utilisables dans le cadre de sa demande de renouvellement d'AMM ;
* qu'en vertu du document guide SANCO/10796/2003, l'ANSES aurait dû lui accorder un délai pour remédier à l'incomplétude de son dossier et, ensuite, prendre en compte ce document ;
* que l'ANSES ne pouvait refuser d'achever l'évaluation de la compensation des données alors que la Slovénie indiquait dans son tableau de compensation des données que cette vérification incombait à l'ANSES ;
* que l'ANSES aurait dû prendre en compte la DMT évaluée par le Royaume-Uni ;
- l'ANSES aurait dû attendre la fourniture par la société Life Scientific des études de catégorie 4 fournies en décembre 2017 permettant à la Slovénie d'achever l'évaluation de la compensation des données de la substance active avant de commencer l'évaluation de sa demande de renouvellement d'AMM ;
- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité dès lors que l'ANSES a autorisé dans le cadre de la demande de renouvellement d'AMM du produit MATSUDA que le demandeur fournisse la DMT après le dépôt de la demande et après la finalisation du pré-rapport d'évaluation dit " dRR " ;
- elle méconnaît l'article 34 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), en ce qu'elle s'apparente à une mesure équivalente à une restriction quantitative à l'importation non justifiée par des raisons de protection de santé publique et de l'environnement, portant atteinte au principe de libre circulation des biens entre les États membres ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que ce refus est discriminatoire et n'est fondé sur aucun paramètre de nature scientifique relatif à la protection de la santé publique ou de l'environnement ;
- la position de l'ANSES qui consiste à traiter différemment les produits génériques et les produits de référence en imposant des contraintes supplémentaires aux produits génériques les empêchant d'accéder au marché, est constitutive d'une atteinte délibérée à la libre concurrence ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors que ce refus, qui n'est fondé sur aucune considération tirée de la protection de la santé publique ou de l'environnement, vise à assurer la protection de la société Dupont et à lui assurer sa position dominante sur le marché.
Par des mémoires en défense enregistrés respectivement le 22 septembre 2023 et le
14 novembre 2023, l'ANSES conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir les moyens en défense suivants :
- la décision du 30 octobre 2019 est suffisamment motivée ;
- la Slovénie, État membre rapporteur de la substance active metsulfuron-méthyl, a conclu que l'accès aux études relatives à la substance active contenu dans le produit " Life Scientific Metsulfuron 20 " n'était pas démontré de sorte que l'ANSES pouvait refuser la demande de renouvellement de l'AMM ;
- l'ANSES ne pouvait prendre en compte le tableau mis à jour en octobre 2018 dont se prévaut la société requérante ;
- l'ANSES a délivré à la société Dupont Solutions une AMM pour son produit OMNERA LQM à base de metsulfuron-méthyl le 28 octobre 2016 de sorte qu'un produit contenant la substance active contenue dans le produit " Life Scientific Metsulfuron 20 " avait bien été autorisé avant le 11 avril 2019 ; si la demande initiale d'AMM de la société Dupont Solutions pour le produit OMNERA LQM contenant la substance active metsulfuron-méthyl a été déposée en 2014, le dossier de demande a pu être mis à jour afin d'intégrer les données les plus récentes ; la société requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que l'ANSES aurait méconnu la procédure applicable lors de la délivrance de cette AMM et n'établit pas en quoi une éventuelle irrégularité, à la supposer avérée, aurait une incidence sur la période de protection des données de la substance active metsulfuron-méthyl ;
- dès lors que l'autorité compétente slovène n'avait pas accepté la compensation des données de la substance active, l'ANSES ne pouvait pas conclure à la compensation des données au niveau national de sorte que l'AMM de la société requérante ne pouvait être renouvelée ;
- l'ANSES ne pouvait s'appuyer sur l'analyse menée par le Royaume-Uni, État membre rapporteur pour la zone centre pour le renouvellement de l'AMM du produit phytopharmaceutique Laya, dès lors que l'évaluation de la compensation des données de la substance active devait être réalisée par l'autorité compétente slovène, État membre rapporteur pour le renouvellement de l'approbation de la substance active, et que les éléments permettant de vérifier l'accès aux études auraient dû être fournis dès la soumission de la demande de renouvellement de l'AMM du produit ;
- le refus de renouvellement est fondé sur la circonstance que le demandeur n'a pas justifié de l'accès aux études portant sur la substance active nécessaires au renouvellement de l'AMM, conformément à l'article 59 du règlement (CE) n° 1107/2009, soit en application de la réglementation européenne, de sorte que cette décision ne peut être regardée comme une mesure d'effet équivalent à une restriction quantitative ;
- elle a appliqué à la demande de la société Life Scientific les mêmes règles qui sont applicables à toutes demandes de renouvellement d'une AMM, de sorte qu'il n'y a eu aucune inégalité de traitement ;
- la société requérante ne démontre pas que la décision attaquée porterait atteinte à la liberté de circulation ;
- la demande de la société requérante a été rejetée compte tenu du caractère incomplet de son dossier de demande ; l'ANSES n'a jamais cherché à favoriser un concurrent ; ces allégations ne sont étayées par aucun élément de preuve.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil du
21 octobre 2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les directives 79/117/CEE et 91/414/CEE du Conseil ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Darracq-Ghitalla, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique ;
- les observations de Me Bloch-Moreau, représentant la société Life Scientific Limited et de M. B, représentant l'ANSES.
Considérant ce qui suit :
1. La société Life Scientific Limited est une société de droit irlandais qui exerce une activité de distribution de produits phytopharmaceutiques auprès d'utilisateurs professionnels. Après avoir considéré le produit phytopharmaceutique " Life Scientific Metsulfuron 20 ", herbicide à base de metsulfuron-methyl, comme un produit générique du produit de référence " Allie ", une autorisation de mise sur le marché (AMM) a été délivrée pour ce produit à la société Life Scientific Limited le 14 novembre 2012. A la suite du renouvellement de l'approbation de la substance active du produit par le règlement d'exécution (UE) du 2 février 2016 n° 2016/139, la société Life Scientific Limited a présenté, le 29 juin 2016, une demande de renouvellement de l'AMM du produit phytopharmaceutique " Life Scientific Metsulfuron 20 ". Par un courrier du 27 décembre 2017, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a informé la société Life Scientific Limited que sa demande ne pouvait être évaluée au motif que les études fournies n'étaient pas " compensées ". Par un courrier du 5 août 2019, l'ANSES l'a ensuite informée de son intention de retirer l'AMM du produit " Life Scientific Metsulfuron 20 " au motif que les études protégées portant sur la substance active nécessaires au renouvellement de l'AMM du produit n'étaient pas " compensées " et l'a invité à produire des observations, ce qu'a fait la société par un courrier du 12 août 2019. Par une décision du 30 octobre 2019, l'ANSES a refusé de renouveler l'AMM du produit au motif, notamment, que " le dossier n'étant pas complet, il ne peut être garanti que l'exigence mentionnée au paragraphe 1 de l'article 43 du règlement (CE) n°1107/2009 () est respectée ". Un recours gracieux a été exercé contre cette décision par la société Life Scientific Limited le 20 novembre 2019. Une décision implicite de rejet est née le 20 janvier 2020, à laquelle s'est substituée une décision de rejet exprès du 20 mars 2020. Par la présente requête, la société Life Scientific Limited demande au tribunal d'annuler la décision du 30 octobre 2019 ainsi que le rejet de son recours gracieux.
L'état du droit applicable :
2. D'une part, il résulte des dispositions de l'article 43 du règlement (CE) n° 1107/2009 que le titulaire d'une AMM doit en demander le renouvellement et fournir les informations énumérées au paragraphe 2 de cet article " dans les trois mois " suivant le renouvellement de l'approbation de la substance active contenue dans le produit phytopharmaceutique, que le dossier de la demande doit être constitué, notamment, de " toute nouvelle information devenue nécessaire en raison de modifications apportées aux exigences en matière de données ou aux critères ", et de " la preuve que les nouvelles données soumises font à la suite de [sic] des exigences en matière de données ou à des critères qui n'étaient pas applicables au moment où l'autorisation du produit phytopharmaceutique a été accordée ou sont nécessaires pour modifier les conditions d'approbation ", que l'État membre rapporteur coordonne le " contrôle de conformité " et " l'évaluation " des " informations fournies ", dans des conditions permettant aux États concernés de prendre une décision " dans un délai maximal de douze mois à compter du renouvellement de l'approbation de la substance active ", et que c'est seulement " Si, pour des raisons indépendantes de la volonté du titulaire de l'autorisation, aucune décision n'est prise sur le renouvellement de l'autorisation avant son expiration ", que l'État membre concerné peut prolonger l'autorisation " de la durée nécessaire pour mener à bien l'examen et adopter une décision sur le renouvellement ".
3. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article 59 concernant la protection des données de ce même règlement que " La protection s'applique aux rapport d'essais et d'études portant sur la substance active () lorsqu'ils sont soumis à un État membre par une personne sollicitant une autorisation au titre du présent règlement (" le premier demandeur ") " à la condition, notamment, qu'il soit établi que ces rapports d'essais et d'études fussent " nécessaires à l'autorisation ou à la modification d'une autorisation existante, pour permettre l'utilisation du produit sur une autre culture ", et que cette période de protection des données est en principe de dix ans à compter de la première autorisation dans cet État membre. Il précise que " Les études sont également protégées si elles sont nécessaires au renouvellement ou au réexamen d'une autorisation. La période de protection des données est de trente mois ". Cette protection des données a pour conséquence que l'État membre qui a reçu un rapport protégé ne peut " l'utiliser dans l'intérêt d'autres demandeurs d'autorisations de produits phytopharmaceutiques () sauf dans les cas prévus au paragraphe 2 du présent article, à l'article 62 ou à l'article 80 ". Le paragraphe 2 de l'article 59 précise que la protection ne s'applique pas " aux rapports d'essais et d'études pour lesquels le demandeur a soumis une lettre d'accès " ou " lorsqu'une période de protection des données accordée aux rapports d'essais et d'études concernés en rapport avec un autre produit phytopharmaceutique a expiré ".
4. Dans le cadre du renouvellement d'une AMM d'un produit phytopharmaceutique à la suite du renouvellement de l'approbation de la substance active, les demandeurs doivent produire les rapports d'essais ou d'études soumis dans le cadre du renouvellement de l'approbation de la substance active dès lors qu'ils sont nécessaires à l'examen de la demande de renouvellement de l'AMM. Lorsque de tels rapports sont protégés dans les conditions énoncées au point précédent, il appartient au demandeur qui n'est pas titulaire de l'autorisation correspondante d'établir qu'il dispose d'un droit d'accès, de fournir des études équivalentes ou de démontrer que les rapports protégés ne sont pas pertinents en ce qui concerne sa demande de renouvellement d'AMM.
5. En outre, eu égard aux délais qu'elles impartissent, tant pour déposer une demande complète de renouvellement, que pour y statuer, sans prévoir, à la différence de l'article 37 applicable dans le cadre d'une première demande d'AMM, la possibilité de fournir des " informations complémentaires ", et aux conditions auxquelles elles subordonnent toute prolongation d'une AMM non encore renouvelée, afin de limiter les risques d'atteintes à la santé publique ou à l'environnement, les dispositions de l'article 43 du règlement (CE) n° 1107/2009 ne peuvent être lues comme imposant à l'État membre rapporteur de la zone ou à l'État membre concerné par la demande de renouvellement de prendre en compte des informations exigées par le paragraphe 2 de l'article 43, ou toutes autres informations complémentaires, qui seraient fournies par le demandeur après l'expiration du délai de trois mois imparti pour présenter un dossier complet de demande de renouvellement, sans préjudice de l'application du paragraphe 6 de l'article 43.
6. Il résulte des dispositions du paragraphe 6 de l'article 43, qui subordonnent la prolongation de l'AMM du temps nécessaire à l'examen de la demande de renouvellement à des " raisons indépendantes de la volonté du titulaire de l'autorisation " expliquant l'absence de décision prise sur le renouvellement avant son expiration, qu'il appartient notamment au demandeur de faire valoir devant l'État membre concerné l'impossibilité de produire certaines études pour des raisons indépendantes de sa volonté au moment du dépôt de la demande de renouvellement de l'AMM. Ce n'est que dans ces conditions que l'État membre concerné peut accorder un délai au demandeur pour fournir ces études et se voir dans l'obligation de les prendre en compte lorsqu'elles sont ensuite présentées dans ce délai ad hoc.
7. Par ailleurs, si le troisième alinéa de l'article R. 253-10 du code rural et de la pêche maritime dispose que " l'Agence accuse réception du dossier complet dans un délai ne pouvant excéder trente jours " et que " Si le dossier est incomplet, elle sollicite du demandeur, à l'intérieur de ce même délai, la transmission de compléments dans un délai qu'elle lui fixe ", ces dispositions ne sauraient légalement justifier aucune dérogation au délai de trois mois que le paragraphe 2 de l'article 43 du règlement (CE) n° 1107/2009 impartit au titulaire d'une AMM pour présenter un dossier complet de demande de renouvellement. Il s'ensuit qu'une telle obligation d'inviter à régulariser un dossier incomplet est inapplicable après l'expiration du délai de trois mois prévu au paragraphe 2 de l'article 43. Au demeurant, quand elles sont régulièrement appliquées à l'intérieur de ce délai, ces dispositions du code n'impliquent aucune évaluation ni aucune autre appréciation des informations fournies, mais seulement le constat matériel que chacun des points mentionnés au paragraphe 2 de l'article 43, le cas échéant précisés par les dispositions réglementaires nationales, a donné lieu à la production d'éléments (dossier administratif, dossier technique, formulaires exigés, rapports d'études). La détermination du caractère suffisant des éléments fournis sur chaque point implique une appréciation qui ne relève pas du champ de cette obligation d'inviter à compléter le dossier de la demande.
La procédure suivie et les motifs de la décision attaquée :
8. Par un courrier du 5 août 2019, l'ANSES a informé la société Life Scientific Limited de son intention de " prendre une décision de retrait de l'autorisation de mise sur le marché français du produit Life Scientific Metsulfuron 20 ", comme " suite à l'instruction de la demande de renouvellement de l'AMM conformément à l'article 43 du règlement (CE) n°1107/2009 ", et l'a invité à présenter des observations écrites ou orales dans un délai de dix jours " par application de l'article 44 du règlement précité ". Par un courrier du 12 août 2019, la société Life Scientific Limited a transmis ses observations ainsi qu'une " data matching table " établie en octobre 2018, dite " DMT " ou " tableau de correspondance ", ou encore " tableau de compensation " selon les termes utilisés par les parties, qui a pour objet de recenser les rapports d'essais et d'études de la substance active protégés pour lesquels sont produites des lettres d'accès, des études équivalentes ou une argumentation tendant à démontrer leur non-pertinence pour le renouvellement de l'AMM du produit, en vue de permettre à l'autorité administrative de vérifier que la demande de renouvellement remplit les conditions relatives aux données concernant la substance active posées à l'article 43.
9. Par la décision attaquée, l'ANSES a refusé le renouvellement de l'AMM de la société Life Scientific Limited en faisant valoir que " Toutes les études portant sur la substance active nécessaires au renouvellement de l'autorisation de mise sur le marché du produit LIFE SCIENTIFC METSULFERON 20 étant protégées conformément au dernier alinéa du paragraphe 1 de l'article 59 du règlement (CE) n° 1107/2009 précité, elles ne peuvent donc pas être utilisées dans le cadre de la présente demande " et qu'en outre " les études fournies à l'appui de la demande de renouvellement de l'autorisation du produit LIFE SCIENTIFIC METLSUFURON 20 ne permettent pas de compenser l'ensemble des études protégées ", et en tirant la conclusion que " le dossier n'étant pas complet, il ne peut être garanti que l'exigence mentionnées au paragraphe 1 de l'article 43 du règlement (CE) n°1107/2009 () est respectée ".
L'examen des moyens :
10. En premier lieu, il résulte de l'économie du règlement (CE) n° 1107/2009, et notamment de son article 43, que le refus de renouveler l'AMM d'un produit phytopharmaceutique après le renouvellement de l'approbation de la substance active qu'il contient met fin à l'AMM, sans qu'il soit besoin pour l'ANSES de mettre en œuvre la procédure de retrait prévue à l'article 44, quand bien même l'AMM ne fixerait elle-même aucune limite de durée.
11. S'il est loisible à l'ANSES de suivre une procédure contradictoire pour l'instruction d'une demande de renouvellement, et notamment d'informer le demandeur, au terme de l'évaluation des informations fournies, de son intention de ne pas renouveler l'AMM, et de lui donner la possibilité de présenter des observations, en appliquant, jusqu'à un certain point, la procédure prévue au paragraphe 2 de l'article 44 pour le retrait d'une AMM, il résulte de ce qui a été énoncé au point 5 du présent jugement que la mise en œuvre d'une telle procédure contradictoire ne saurait avoir pour objet, ni pour effet, d'obliger l'ANSES à examiner des informations exigées par le paragraphe 2 de l'article 43, ou toutes autres informations complémentaires, qui seraient produites après l'expiration du délai de trois mois imparti par ce même paragraphe et surtout après le contrôle de conformité ou l'évaluation des informations initialement fournies dans ce délai.
12. Il résulte de ce qui précède que l'ANSES n'a commis aucune erreur de droit en s'abstenant de prendre en compte la " DMT " mise à jour en octobre 2018 qui lui avait été transmise le 12 août 2019 après avoir informé la société requérante de son intention de " retirer ", autrement dit de ne pas renouveler, son AMM.
13. En deuxième lieu, une affirmation contenue dans une partie de la requête ou d'un mémoire consacrée au " rappel des faits ", ou au " rappel des faits et de la procédure ", ne peut être regardée comme un moyen, alors que la requête ou le mémoire a été présenté par le ministère d'un avocat. Par conséquent, si la société requérante affirme que la décision attaquée méconnaitrait le principe de la contradiction en indiquant que l'ANSES n'a pas suivie la procédure appropriée en ne rendant pas d'avis à la suite de l'envoi de son projet de rapport d'évaluation du produit, il ressort de ses écritures que cette affirmation est contenue dans le rappel des faits de son mémoire enregistré le 31 octobre 2023 par le ministère d'un avocat. Elle ne peut ainsi être regardée comme soulevant un moyen tiré de la méconnaissance du principe de la contradiction ou de la procédure qui serait selon elle applicable.
14. En troisième lieu et premièrement, la société requérante ne peut utilement se prévaloir du document-guide de la Commission référencé " SANTE/2016/11449 (rev. 1.5) " pour soutenir que l'ANSES aurait dû prendre en compte l'appréciation portée par le
Royaume-Uni sur sa " DMT " dès lors que ce document-guide ne présente aucun effet juridique contraignant et qu'il a d'ailleurs été publié après la décision attaquée. Au demeurant, l'appréciation portée par le Royaume-Uni, État membre rapporteur pour la zone centre, sur le renouvellement de l'AMM du produit phytopharmaceutique " Laya ", ne serait lier l'appréciation portée par l'ANSES sur la " compensation " des données en cause en l'espèce.
15. Deuxièmement, la requérante ne saurait se prévaloir d'un document-guide de la Commission pris pour l'application de la directive 91/414/CEE du Conseil du 15 juillet 1991 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, directive abrogée depuis le 13 juin 2011, pour soutenir que l'ANSES aurait été tenue de lui demander de compléter sa " DMT ".
16. Troisièmement, si la société requérante soutient que l'ANSES a considéré sa
" DMT " comme incomplète compte tenu de l'absence de transmission des études de catégorie 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que les études manquantes fussent des études de catégorie 4. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
17. Quatrièmement, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que l'ANSES a considéré que les données protégées n'étaient pas " compensées " par la " DMT " établie en mai 2018, ce qui n'est pas matériellement contesté par la société requérante.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la société Life Scientific Limited n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant le renouvellement de son AMM, l'ANSES aurait entachée son appréciation d'une erreur manifeste.
19. En quatrième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que s'il en constitue la base légale ou si la seconde décision a été prise pour l'application du premier acte. Par conséquent, si la société soutient que la décision attaquée serait illégale du fait de l'illégalité de l'AMM du produit OMNERA LQM, qui n'a ainsi pu faire débuter la période de protection des rapports d'essais et d'études soumis dans le cadre de l'approbation de la substance active metsulfuron-methyl, cette AMM ne constitue pas la base légale de la décision attaquée, laquelle n'a pas non plus été prise pour son application, de sorte que cette exception d'illégalité est inopérante. Au demeurant, la requérante, en se bornant à affirmer que les documents d'orientation utilisés pour la délivrance de cette AMM n'ont pas été mis à jour et que la demande ne serait pas conforme à l'article 33 car elle n'aurait pas été faite conformément aux connaissances scientifiques et techniques actuelle, n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne saurait en tout état de cause être accueilli.
20. En cinquième lieu, si la société requérante soutient que l'ANSES aurait méconnu le principe d'égalité en se prévalant de la procédure d'AMM du produit MASTUDA, ces considérations de fait sont postérieures à la décision attaquée, de sorte que ce moyen doit en tout état de cause être écarté.
21. En sixième lieu, ainsi que l'énonce son article 1er, le règlement (CE) n° 1107/2009 établit " les règles régissant l'autorisation des produits phytopharmaceutiques présentés sous leur forme commerciale ainsi que la mise sur le marché, l'utilisation et le contrôle de ceux-ci à l'intérieur de la Communauté ", afin d' " assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et animale et de l'environnement et [d']améliorer le fonctionnement du marché intérieur par l'harmonisation des règles concernant la mise sur le marché de produits phytopharmaceutiques, tout en améliorant la production agricole ". Le paragraphe 24 de l'exposé des motifs relève que " Lors de la délivrance d'autorisations pour des produits phytopharmaceutiques, l'objectif de protection de la santé humaine et animale et de l'environnement, en particulier, devrait primer l'objectif d'amélioration de la production végétale ".
22. Il résulte notamment de l'arrêt de la Cour de justice des Communautés européennes du 14 décembre 2004 (C-309/02 ; point 53) et de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 1er juillet 2014 (C-573/12 ; point 57) que, lorsqu'un domaine a fait l'objet d'une harmonisation exhaustive au niveau communautaire, tout mesure nationale qui y est relative doit être appréciée au regard des dispositions de cette mesure d'harmonisation et non pas de celles du droit primaire. Le règlement cité au point précédent contient des dispositions harmonisant les critères, les procédures et les conditions d'autorisation des produits phytopharmaceutiques, de façon à assurer à la fois la protection de la santé humaine et animale et de l'environnement, et dans le même temps de préserver la compétitivité de l'agriculture européenne. Par conséquent le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait l'article 34 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne doit être écarté comme étant inopérant.
23. En septième lieu, et dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation ou qu'elle serait entachée d'erreur de droit, les autres moyens tirés de l'atteinte portée au principe de la liberté du commerce et de l'industrie, à la liberté de concurrence et de l'erreur manifeste d'appréciation sont inopérants.
24. En huitième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'ANSES ait adopté la décision contestée pour un motif étranger à ceux qui peuvent légalement la fonder. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'ANSES aurait commis un détournement de pouvoir doit être écarté.
25. En neuvième lieu, à supposer que les considérations mentionnées aux pages 9 à 10 de sa requête enregistrée le 19 mars 2020, commençant par " De surcroit, le refus de renouvellement est particulièrement injustifié " et se terminant pas " la société LIFE SCIENTIFIC était persuadée que l'ANSES ferait droit à son recours gracieux " et repris de la même manière dans ses autres mémoires, puissent être regardées comme des moyens, ces derniers ne sont, en tout état de cause, pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
26. Enfin, la société requérante n'étant pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 octobre 2019, ses conclusions dirigées contre la décision du 20 mars 2020, qui se borne à la confirmer sur recours gracieux, doivent être également rejetées, sans qu'elle puisse utilement se prévaloir des vices propres dont cette seconde décision serait entachée, et notamment de son défaut de motivation.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la société Life Scientific Limited n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 octobre 2019 par laquelle l'ANSES a refusé de renouveler l'AMM du produit phytopharmaceutique " Life Scientifique Metsulfuron 20 ", ni par voie de conséquence, l'annulation de la décision implicite rejetant son recours gracieux. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, qui font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ANSES, qui n'est pas la partie perdante dans la présence instance, la somme demandée par la requérante au titre de ses frais d'avocat.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Life Scientific Limited est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Life Scientific Limited, à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure,
J. Darracq-Ghitalla-Ciock
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026