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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002639

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002639

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBENIFLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 mars 2020 et le 28 septembre 2021, Mme A C veuve B, représentée par Me Benifla, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2019 par laquelle le maire de Vincennes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;

2°) d'enjoindre au maire de Vincennes de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de dix euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au maire de Vincennes de la rétablir rétroactivement dans ses fonctions à plein traitement ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Vincennes la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle ne fait pas mention des voies et délais de recours en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative ;

- la commission de réforme qui s'est réunie le 21 octobre 2019 pour se prononcer sur l'imputabilité au service de sa pathologie était composée irrégulièrement dès lors que certains de ses membres étaient nommés pour le département des Hauts-de-Seine et non pas pour celui du Val-de-Marne, en méconnaissance des dispositions de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et hospitalière, et qu'un seul représentant du personnel était présent ;

- la décision est insuffisamment motivée et n'a pas été prise à l'issue d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 21 bis IV de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'il ne revient pas à l'agent de démontrer le lien direct entre la pathologie dont il souffre et l'exercice de ses fonctions si cette pathologie est mentionnée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnées à l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la pathologie dont elle souffre fait l'objet d'une présomption d'imputabilité au service alors que les fonctions qu'elle remplit font partie de la liste des travaux susceptibles de provoquer la pathologie décrite au tableau 76D mentionné à l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, présentés par Me Violette et enregistrés les 15 septembre et 12 novembre 2021, la commune de Vincennes, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 9 décembre 2022 à 12 h 00.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées pour Mme C le 29 septembre 2023 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Issard,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les observations de Mme C et celles de Me Violette, pour la commune de Vincennes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C veuve B est auxiliaire puéricultrice dans les cadres d'emploi de la commune de Vincennes depuis 2002. Le 19 novembre 2018, elle a adressé à la commune une demande de reconnaissance d'imputabilité au service concernant la bactériémie à pneumocoque associée à une méningite dont elle souffre. La commission de réforme a émis un avis défavorable le 29 octobre 2019 à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cette pathologie. Par une décision en date du 29 octobre 2019, confirmée par une décision explicite de rejet opposée à son recours gracieux le 20 janvier 2020, le maire de Vincennes a rejeté la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa pathologie. La requérante demande l'annulation de la décision en date du 29 octobre 2019.

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". La décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'une pathologie ou d'un accident déclaré par un agent doit être regardée comme " refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ", au sens du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et est ainsi au nombre de celles qui, en application de cet article, doivent être motivées.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée ne comporte pas les considérations de droit qui la fonde dès lors que la commune a uniquement indiqué avoir " pris la décision de suivre l'avis de la commission de réforme " sans mentionner les bases légales relatives à la situation de la requérante. En s'abstenant de préciser les éléments de droit qui sont le fondement de sa décision, la commune de Vincennes n'a pas satisfait aux exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par voie de conséquence, Mme C veuve B est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 octobre 2019 ensemble la décision du 20 janvier 2020.

4. En raison du motif qui la fonde, la présente annulation n'implique pas nécessairement d'enjoindre au maire de Vincennes de reconnaître comme imputable au service la pathologie dont souffre la requérante ou l'accident dont elle se prévaut, ou encore de la réintégrer rétroactivement à son poste à plein traitement. Par suite, les conclusions tendant à ces fins ne peuvent être accueillies. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au maire de Vincennes de réexaminer la situation administrative de Mme C veuve B, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vincennes la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme demandée par la commune de Vincennes.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 octobre 2019, par laquelle le maire de Vincennes a rejeté la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie de Mme C veuve B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Vincennes de réexaminer la demande de Mme C veuve B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Vincennes versera à Mme C veuve B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Vincennes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C veuve B et à la commune de Vincennes.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

C. TREMOUREUX

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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