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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002754

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002754

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, une pièce complémentaire et un mémoire, enregistrés les 25 mars 2020, 26 mars 2020 et 2 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 janvier 2020 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Roissy-en-Brie a refusé de l'admettre au bénéfice de la période de préparation au reclassement ;

2°) d'enjoindre au CCAS de Roissy-en-Brie de l'admettre au bénéfice de la période de préparation au reclassement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Roissy-en-Brie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 août 2021 et 6 mai 2022, le CCAS de Roissy-en-Brie, représenté par son président en exercice, conclut, à titre principal, à ce qu'il n'y ait plus lieu de statuer sur la requête et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, dès lors qu'au cours de la présente instance, le président du CCAS de Roissy-en-Brie a fait droit à sa demande tendant à la placer en disponibilité pour convenances personnelles pour une durée de dix-huit mois, afin qu'elle puisse exercer les fonctions de conseiller numérique au centre social et culturel de la commune de Pontault-Combault ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 92-849 du 28 août 1992 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le décret n° 2019-172 du 5 mars 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mentfakh, conseillère,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme C et celles de M. A, directeur de l'administration générale, représentant le CCAS de Roissy-en-Brie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, titulaire du grade d'agente sociale territoriale depuis 2016, a exercé les fonctions d'auxiliaire de vie au sein du centre communal d'action sociale (CCAS) de Roissy-en-Brie à compter de 2012. Par un courrier du 15 janvier 2020, reçu le 17 janvier suivant, Mme C a saisi le président du CCAS de Roissy-en-Brie d'une demande tendant à l'admettre au bénéfice de la période de préparation au reclassement. Par une décision du 22 janvier 2020, dont elle demande l'annulation, l'autorité territoriale a rejeté sa demande.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Contrairement à ce que soutient le CCAS de Roissy-en-Brie en défense, les circonstances selon lesquelles, d'une part, Mme C a été, postérieurement à la décision attaquée lui refusant le bénéfice de la période de préparation au reclassement, placée en disponibilité pour exercer ses fonctions au sein d'une autre collectivité territoriale et, d'autre part, la période de préparation au reclassement ne peut matériellement être mise en œuvre en en raison de l'absence d'exercice par l'agente de ses fonctions au sein du CCAS, ne sauraient être regardées comme ayant eu effet de retirer ou d'abroger la décision contestée. Par suite, l'exception de non-lieu soulevée en défense pour ce motif ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de de la compétence liée :

3. Aux termes de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit à une période de préparation au reclassement avec traitement d'une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif ". L'article 86 de la même loi, alors en vigueur, dispose : " Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités d'application de la présente section ", laquelle concerne les articles 81 à 86 relatifs au reclassement des fonctionnaires, désormais codifiés aux articles L. 826-3 et suivants du code précité. L'article 2 du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa rédaction issue du décret du 5 mars 2019, prévoit : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale (), après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, par l'autorité territoriale dont il relève. / La période de préparation au reclassement débute à compter de la réception de l'avis du comité médical si l'agent est en fonction ou à compter de sa reprise de fonction si l'agent est en congé de maladie lors de la réception de l'avis du comité médical. / La période de préparation au reclassement prend fin à la date de reclassement de l'agent et au plus tard un an après la date à laquelle elle a débuté. Toutefois, l'agent qui a présenté une demande de reclassement peut être maintenu en position d'activité jusqu'à la date à laquelle celui-ci prend effet, dans la limite de la durée maximum de trois mois mentionnée à l'article 3. / L'agent qui fait part de son refus de bénéficier d'une période de préparation au reclassement présente une demande de reclassement en application des dispositions du même article ".

4. Les dispositions réglementaires nécessaires à l'application des dispositions de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisées, créées par l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, sont entrées en vigueur le lendemain de la publication du décret du 5 mars 2019 susvisé, soit le 8 mars 2019, reportant, par voie de conséquence, l'entrée en vigueur des dispositions législatives à cette date.

5. Par ailleurs, le juge administratif exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par l'autorité territoriale sur l'inaptitude définitive d'un fonctionnaire.

6. Enfin, lorsqu'il apparaît que l'administration était légalement obligée de prendre une certaine décision, les moyens du recours contre celle-ci sont inopérants et peuvent donc être écartés par le juge de l'excès de pouvoir sans examen, à l'exception des moyens qui seraient de nature à remettre en cause la compétence liée de l'administration.

7. D'une part, la légalité d'un acte administratif s'apprécie au regard des règles applicables à la date de son édiction. Par suite, contrairement à ce que soutient le CCAS de Roissy-en-Brie, le droit applicable en matière de période de préparation au reclassement est déterminé à la date, non pas de la demande de reclassement du fonctionnaire, mais à celle à laquelle l'autorité administrative compétente se prononce sur le droit de ce dernier à se voir admettre au bénéfice d'un tel droit. Il résulte ainsi de ce qui vient d'être dit que, dès lors que la décision contestée par Mme C a été prise à une date à laquelle le dispositif d'aide au reclassement dite de " période à la préparation au reclassement " était déjà entré en vigueur, le président du CCAS n'était pas placé en situation de compétence liée pour rejeter la demande de la requérante tendant au bénéfice de la période de préparation au reclassement, au motif que les dispositions du décret du 30 septembre 1985 précité n'étaient pas encore entrées en vigueur au jour de sa demande de reclassement présentée par un courrier du 5 décembre 2018.

8. D'autre part et au demeurant, il ressort des dispositions précitées que la période de préparation au reclassement qu'elles prévoient n'est instituée qu'au bénéfice du fonctionnaire territorial dont l'état de santé, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade. Il s'ensuit que le président du CCAS de Roissy-en-Brie ne saurait être regardé, pour ce motif, contrairement à ce que fait valoir le centre communal, en situation de compétence liée, dès lors que les dispositions de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985 susvisé ne le contraignent pas à agir dans un sens déterminé, sans disposer d'un quelconque pouvoir d'appréciation. En effet, pour apprécier l'aptitude définitive d'un fonctionnaire, il appartient à l'administration de prendre notamment en compte, sous le contrôle normal du juge de l'excès de pouvoir, l'avis consultatif émis par l'instance médicale compétente, ainsi que toutes les autres pièces médicales versées au dossier au nombre desquelles figurent notamment les conclusions du rapport d'expertise établi par le médecin agréé.

9. Dans ces conditions, le président du CCAS de Roissy-en-Brie, qui n'était pas en situation de compétence liée, n'était pas, à ce titre, tenu de rejeter la demande de Mme C tendant à l'admettre au bénéfice de la période de préparation au reclassement, sur le fondement notamment de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985 susvisé. Il s'ensuit que les moyens soulevés par la requérante ne sauraient être regardés comme inopérants à ce titre et qu'il appartient au juge d'examiner.

En ce concerne les moyens soulevés par la requérante :

10. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-7 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil d'administration du centre communal d'action sociale est présidé par le maire () ". L'article R. 123-23 du même code dispose : " Le président du conseil d'administration () nomme les agents du centre () ".

11. Il ressort de l'article 2 de l'arrêté n° 01/2015 du président du CCAS de Roissy-en-Brie que la vice-présidente du CCAS de Roissy-en-Brie, a reçu délégation à l'effet de signer au nom du président du CCAS, notamment, " tous les documents nécessaires à la nomination des agents du CCAS ". Il s'ensuit que celle-ci était compétente pour signer la décision contestée du 22 janvier 2020. Dès lors, le moyen d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

12. En deuxième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

13. Il ressort des pièces du dossier que le président du CCAS de Roissy-en-Brie a pris la décision en litige, au motif qu'une procédure de reclassement de Mme C a été mise en œuvre le 5 décembre 2018, soit préalablement à la demande en litige de l'intéressée et que cette dernière a déjà bénéficié d'un bilan professionnel du 8 novembre 2019 au 8 janvier 2020.

14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que consécutivement à la déclaration par le médecin de prévention, le 10 juillet 2018, de l'inaptitude de Mme C à l'exercice de ses fonctions d'auxiliaire de vie, cette dernière a saisi son employeur, par un courrier du 5 décembre 2018, d'une demande de reclassement au sein d'un autre service de la commune de Roissy-en-Brie. Si, l'administration établit qu'à la suite de cette demande, Mme C a été reçue le 14 mars 2019 en entretien par son employeur pour faire le point sur sa situation professionnelle et, qu'à cette occasion, elle a été informée qu'il n'était à ce jour pas possible de la reclasser en l'absence de postes vacants au CCAS, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'employeur de Mme C a effectivement mis en œuvre la procédure de préparation au reclassement à son bénéfice à compter du 5 décembre 2018, date de sa demande. L'octroi d'un bilan professionnel du 8 novembre 2019 au 8 janvier 2020 ne saurait être regardé comme caractérisant le bénéfice de la préparation au reclassement telle que prévue par l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. Il s'ensuit qu'en se fondant sur ce motif, le président du CCAS de Roissy-en-Brie a entaché la décision en litige d'une inexactitude matérielle.

15. D'autre part, le CCAS de Roissy-en-Brie fait valoir, dans un mémoire régulièrement communiqué le 5 août 2021 à Mme C, qu'un autre motif que ceux ayant initialement fondé la décision en litige, la justifiait, tiré de ce que les dispositions de l'article 2 modifié du décret du 30 septembre 1985 susvisé ne sont pas applicables à la situation de la requérante, compte tenu de ce qu'elle n'a pas été reconnue définitivement inapte à tous les emplois de son grade. Ce faisant, il sollicite une substitution de motif.

16. En outre, le décret du 28 août 1992 susvisé énonce que les agents sociaux territoriaux peuvent occuper un emploi soit d'aide-ménagère ou d'auxiliaire de vie, soit de travailleur familial. En qualité d'aide-ménagère ou d'auxiliaire de vie, ils sont chargés d'assurer des tâches et activités de la vie quotidienne auprès de familles, de personnes âgées ou de personnes handicapées, leur permettant ainsi de se maintenir dans leur milieu de vie habituel. En qualité de travailleur familial, ils sont chargés d'assurer à domicile des activités ménagères et familiales, soit au foyer des mères de famille, qu'ils aident ou qu'ils suppléent, soit auprès de personnes âgées, infirmes ou invalides. Ils contribuent à maintenir ou à rétablir l'équilibre dans les familles où ils interviennent. Ils accomplissent les diverses tâches ménagères qu'exige la vie quotidienne et assurent la surveillance des enfants. A l'occasion de ces tâches concrètes, ils exercent une action d'ordre social, préventif et éducatif. Les membres de ce cadre d'emploi peuvent également remplir des missions d'accueil et d'hébergement pour personnes âgées ou handicapées.

17. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme C a été reconnue, non pas inapte à occuper tout emploi de son grade d'agente sociale territoriale, mais seulement inapte définitivement à occuper ses fonctions d'auxiliaire de vie, elle n'entre pas dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985 modifié prévoyant une période de préparation au reclassement.

18. Il résulte de l'instruction que le président du CCAS de Roissy-en-Brie aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le nouveau motif de la décision en cause précité, qui est de nature à légalement la justifier. La requérante n'étant pas privée d'une garantie procédurale liée au motif substitué, il y a lieu de procéder à la substitution demandée. Par suite, Mme C ne peut utilement soutenir que c'est à tort que son employeur ne lui a pas proposé de période de préparation au reclassement. Elle n'est ainsi pas davantage fondée à soutenir qu'en lui refusant l'admission au bénéfice de la période de préparation au reclassement, l'autorité territoriale a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation. Les moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation doivent, dès lors, être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 janvier 2020 par laquelle le président du CCAS de Roissy-en-Brie a refusé de l'admettre au bénéfice de la période de préparation au reclassement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions principales de la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions aux fins d'injonction ne peuvent en conséquence qu'être elles-mêmes rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CCAS de Roissy-en-Brie, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont Mme C demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre communal d'action sociale de Roissy-en-Brie.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Mentfakh, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

L. MENTFAKH

La présidente,

M. D

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière,

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