mercredi 13 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2002891 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er avril et 22 juin 2020 et le 7 juillet 2023, M. B, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures:
1°) d'annuler la décision du ministre de la défense du 11 juin 2020 rejetant son recours déposé le 28 novembre 2019 devant la Commission de recours des militaires tendant à l'annulation des décisions du ministre des armées des 23 juillet et 28 octobre 2019 ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet du ministre des armées, née du silence gardé à la suite du recours porté devant la Commission de recours des militaires tendant à l'annulation des décisions du ministre des armées des 23 juillet et 28 octobre 2019 ;
3°) en tant que de besoin, d'annuler la décision du ministre des armées du 28 octobre 2019 rejetant son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du ministre des armées du 23 juillet 2019 rejetant sa demande d'octroi du pécule prévu à l'article L. 4139-8 du code de la défense ;
4°) en tant que de besoin, d'annuler la décision du ministre des armées du 23 juillet 2019 rejetant sa demande tendant à l'octroi du pécule prévu à l'article L. 4139-8 du code de la défense ;
5°) d'enjoindre au ministre des armées de lui octroyer le pécule prévu à l'article L. 4139-8 du code de la défense sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du prononcé du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été rendues par une autorité incompétente ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L.4139-8 du code de la défense dès lors qu'il comptait neuf ans et dix mois au grade de commandant et devait de ce fait bénéficier de plein droit sur simple demande à l'octroi du pécule, sans que cet octroi ne soit conditionné à la perception d'une pension liquidée dans les conditions fixées à l'article 25 du code des pensions civiles et militaires.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 1er juin et 25 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet rendue suite au recours porté devant la Commission de recours des militaires et que les conclusions dirigées contre la décision initiale de rejet de la demande de pécule sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet des armées, née du silence gardé à la suite du recours porté le 25 novembre 2019, reçu le 28 novembre, devant la commission de recours des militaires en tant qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante.
Par ordonnance du 26 juillet 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 10 août 2023 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourdin,
- et les conclusions de M. Lacote, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 19 août 1971, a intégré l'armée de l'air le 10 octobre 1989. A compter du 1er août 1996, il est devenu officier mécanicien de l'air et, le 1er janvier 2010, il a obtenu le grade de commandant. Par arrêté du 7 septembre 2018, alors qu'il était affecté à Vincennes, la ministre des armées lui a accordé un congé pour création d'entreprise du 1er novembre 2018 au 31 octobre 2019 inclus, l'arrêté précisant qu'il serait radié des cadres à l'issue de ce congé. Par arrêté du 19 décembre 2018, la ministre des armées l'a radié des cadres à compter du 1er novembre 2019 et l'a admis, à cette même date, à faire valoir ses droits à pension de retraite. Par courrier daté du 6 mai 2019, M. B a demandé l'attribution du pécule prévu par l'article L. 4139-8 du code de la défense. Par décision du 23 juillet 2019, le sous-directeur de la gestion des ressources de la direction des ressources humaines de l'armée de l'air a refusé de faire droit à sa demande. Par courrier daté du 9 septembre 2019 reçu par l'administration le 12 septembre 2019, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision, rejeté par décision du 28 octobre 2019. Par requête du 25 novembre 2019, reçue le 28 novembre suivant, M. B a contesté devant la commission des recours militaires les décisions des 23 juillet et 28 octobre 2019. Par décision du 11 juin 2020, postérieurement à l'introduction de la requête, le ministre de la défense a expressément rejeté son recours.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de son recours formé devant la commission de recours des militaires et contre la décision du 23 juillet 2019 rejetant sa demande d'octroi du pécule prévu par l'article L. 4139-8 du code de la défense :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / () ". Aux termes de l'article R. 4125-10 du code de la défense : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. Cette notification, effectuée par tout moyen conférant date certaine de réception, fait mention de la faculté d'exercer, dans le délai de recours contentieux, un recours contre cette décision devant la juridiction compétente à l'égard de l'acte initialement contesté devant la commission. /L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission. "
3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () " Aux termes de l'article 7 de cette ordonnance: " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci. / () ".
4. En l'espèce, le recours formé par M. B devant la Commission de recours des militaires a été reçu par cette dernière le 28 novembre 2019, de sorte que le délai de quatre mois dans lequel une décision implicite de rejet était susceptible d'intervenir a été suspendu pour la période du 12 mars au 23 juin 2020 inclus. Or, une décision expresse de rejet a été prise le 10 juin 2020 par la commission des recours militaires, sur son recours administratif préalable obligatoire, avant l'expiration du délai au terme duquel une décision implicite de rejet devait intervenir. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet rendue sur le recours formé devant la Commission de recours des militaires sont irrecevables comme étant dirigées contre une décision inexistante.
5. En second lieu, il résulte d'une part, des dispositions de l'article R.4125-10 du code de la défense précitée au point 2 du présent jugement qu'est instituée auprès du ministre de la défense une commission chargée d'examiner les recours formés par les militaires à l'encontre d'actes relatifs à leur situation personnelle à l'exception de ceux concernant leur recrutement ou l'exercice du pouvoir disciplinaire. La saisine de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. Elle recommande au ministre de la défense, soit de rejeter le recours, soit de l'agréer totalement ou partiellement, sans que son avis ne lie le ministre. D'autre part, l'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale, elle est dès lors la seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité.
6. M. B forme des conclusions à l'encontre de la décision initiale du 23 juillet 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande d'attribution du pécule prévu à l'article L. 4139-8 du code de la défense. Or, dès lors que la décision expresse du 11 juin 2020 rendue suite au recours préalable obligatoire que l'intéressé a formé devant la Commission de recours des militaires s'est substituée à cette première décision, les conclusions dirigées contre la décision du 23 juillet 2019 doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 11 juin 2020.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
7. En premier lieu, d'une part, la décision du 11 juin 2020 est signée par M. D C, contrôleur général des armées et président de la commission de recours des militaires. Le ministre des armées produit l'arrêté du 25 mars 2020, publié au Journal Officiel de la République française par lequel la ministre des armées a donné délégation à M. C de signer les décisions relatives au recours formés auprès de la commission des recours des militaires, à l'exception de certaines décisions parmi lesquelles ne figurent pas la décision attaquée. D'autre part, M. B ne saurait utilement se prévaloir des vices propres de la décision du 28 octobre 2019 prise après recours gracieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 4139-8 du code de la défense : " Les militaires de carrière mis à la retraite avec le bénéfice d'une pension liquidée dans les conditions fixées à l'article L. 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite peuvent, sur demande agréée, dans la limite d'un contingent annuel fixé par arrêté interministériel, recevoir, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'État, un pécule déterminé en fonction de la solde perçue en fin de service. /L'admission à la retraite avec le bénéfice d'une pension liquidée dans les conditions prévues à l'article L. 25 du même code et le bénéfice du pécule sont accordés de plein droit au militaire de carrière qui a dépassé dans son grade le niveau d'ancienneté fixé par le statut particulier de son corps, en application des dispositions du 1o du II de l'article L. 4136-4, s'il présente sa demande dans un délai de trois ans à partir de la date à laquelle il a atteint ce niveau. ". Aux termes du II de l'article 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa rédaction applicable au litige: " () II. - La liquidation de la pension militaire intervient : /1° Lorsqu'un officier est radié des cadres par limite d'âge ou par limite de durée de services, ou par suite d'infirmités, ou encore s'il réunit, à la date de son admission à la retraite, vingt-sept ans de services effectifs ; () ". Aux termes de l'article 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite :" La liquidation de la pension ne peut intervenir : /() 2° Par dérogation à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, pour les officiers de carrière autres que ceux mentionnés à l'article L. 24, sous réserve qu'ils aient accompli quinze ans de services effectifs à la date de leur radiation des cadres, avant l'âge de cinquante-deux ans ou, pour un officier radié des cadres par mesure disciplinaire avant d'avoir accompli vingt-sept ans de services effectifs, avant la date à laquelle il aurait atteint la limite d'âge en vigueur à la date de cette radiation et sans que la liquidation puisse être antérieure à l'âge de cinquante-deux ans ; () ".
9. Il résulte des dispositions précitées que le pécule prévu à l'article L. 4139-8 du code de la défense ne peut être versé qu'au militaire remplissant les conditions pour bénéficier d'une liquidation de sa pension de retraite à effet différé dans les conditions prévues à l'article 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite. En outre, le second alinéa de l'article L. 4139-8 du code de la défense n'a pas pour objet de déroger à cette condition pour les militaires ayant dépassé dans leur grade le niveau d'ancienneté fixé par le statut particulier de son corps. Il ressort des pièces du dossier que M. B avait à la date de son admission à la retraite, à savoir le 1er novembre 2019, plus de vingt-sept années de service effectifs dès lors qu'il avait été engagé dans l'armée de l'air le 10 octobre 1989. M. B pouvait dès lors prétendre à une pension liquidée dès son admission à la retraite dans les conditions prévues à l'article 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite et non à une liquidation différée dans le temps dans les conditions prévues à l'article 25 du même code. Par suite, l'erreur de droit invoquée par le requérant n'est pas établie.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision prise sur recours gracieux du 28 octobre 2019, que la requête de M. B doit être rejetée et par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ghaleh-Mazban, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Rehman-Fawcett, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.
La rapporteure,
S. BOURDIN
La présidente,
S. GHALEH-MARZBAN La greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026