vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2003177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BORTOLOTTI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 17 avril 2020, enregistrée sous le n°2003399 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Melun la requête présentée par la société Saint Maur Construction.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 19 février 2020, la société Saint Maur Construction, représentée par Me Bortolotti, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2019 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale pour l'emploi de travailleurs étrangers pour un montant de 7 240 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement pour un montant de 2 553 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît le caractère contradictoire de la procédure, dès lors que l'OFII n'a pas pris en compte les observations particulièrement étayées de la société ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits et d'erreur de qualification juridique au regard des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2020, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Saint Maur Construction ne sont pas fondés.
Par courrier du 21 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-1-1 du code de justice administrative, de ce que l'affaire était susceptible d'être enrôlée et que l'instruction pourrait être close à effet immédiat à partir µ
du 6 octobre 2022.
Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 6 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 20 juin 2019 sur un chantier situé sur la commune de Nangis, les services de la gendarmerie ont constaté la présence en action de travail d'un ressortissant malien non autorisé à travailler en France, non autorisé à séjourner en France et déclaré par la société Saint Maur Construction sous une autre identité. Par une décision
du 18 novembre 2019, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 7 240 euros et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 553 euros. La société a formé le 9 décembre 2019 un recours gracieux qui a été rejeté par une décision expresse du directeur général de l'OFII du 23 janvier 2020. Par sa requête la société Saint Maur Construction demande l'annulation de la décision du 18 novembre 2019.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui () infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort des termes de la décision prise le 18 novembre 2019 par le directeur général de l'OFII que celle-ci vise les articles L. 8251-1, L. 8253-1 et R. 8253-4 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle se réfère au procès-verbal d'infraction établi le 20 juin 2019 et à la lettre de l'OFII du 14 octobre 2019 reprochant à la société requérante d'avoir employé un ressortissant étranger, dont l'identité était précisée, démuni d'un titre l'autorisant à travailler. Dès lors, cette décision, qui n'avait pas à mentionner les observations développées par la société dans le cadre de la procédure contradictoire, énonce les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". En application des articles L. 211-2 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, la décision par laquelle l'OFII inflige à un employeur une contribution spéciale et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine, lesquelles constituent des sanctions administratives, est soumise au respect d'une procédure contradictoire.
5. La société requérante soutient que les observations qu'elle a formulées n'ont pas été prises en compte par le directeur général de l'OFII. Toutefois, d'une part, un tel moyen, qui a trait au défaut d'examen sérieux de sa situation, est sans incidence sur la légalité de la procédure contradictoire. D'autre part, et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que le directeur général de l'OFII, qui n'est pas tenu de répondre explicitement répondu aux éventuelles observations présentées en cours de procédure, n'aurait pas tenu compte de ses observations avant de prendre la décision contestée.
6. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () " et aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ". Enfin, l'article L. 5221-8 du code du travail dispose que " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1. ".
7. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 8253-1 du code du travail et
L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
8. D'une part, la société Saint Maur Construction ne saurait sérieusement soutenir que la preuve de l'existence d'un travail rémunéré n'est pas rapportée, dès lors qu'il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal établi par les services de gendarmerie
le 20 juin 2019, du contrat de travail conclu le 27 juin 2017 et des déclarations mêmes du gérant de la société qu'elle avait bien embauché le salarié concerné au terme d'un contrat à durée indéterminée.
9. D'autre part, si la société requérante soutient qu'elle a été victime d'une usurpation d'identité, le salarié ayant présenté lors de son embauche, le 27 juin 2017, une carte nationale d'identité espagnole au nom de M. A C, il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de la comparaison des photographies d'identité figurant respectivement sur le document d'identité de M. A C et sur celle du salarié concerné, M. B, que les incohérences physiques et la différence d'âge opposant le titulaire et le porteur de la carte d'identité auraient dû alerter l'employeur, alors qu'il résulte des propres déclarations du gérant de la société lors de son audition par les services de gendarmerie que ce dernier n'a pas pris le soin de vérifier la photographie apposée sur le document qui lui était présenté. Cette simple vérification l'aurait pourtant mis en mesure de savoir que ce document procédait d'une usurpation d'identité. Faute d'y avoir procédé, la société Saint Maur Construction ne saurait se prévaloir de sa bonne foi ni des circonstances de l'espèce. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'inexactitude matérielle ni d'une erreur de qualification juridique des faits au regard des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail.
10. Il résulte de ce qui précède que la société Saint Maur Construction n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du directeur général de l'OFII du 18 novembre 2019. Par suite, la requête doit être rejetée, y compris par voie de conséquence ses conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Saint Maur Construction est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Saint Maur Construction et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Benoist Guével, président,
Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
S. Norval-Grivet
Le président,
B. GuévelLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026