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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003260

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003260

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2020, M. B A, représenté par Me Boukheloua, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2020 par lequel la maire a mis fin, à compter du 1er avril 2020, à son détachement sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête de M. A a été communiquée le 24 avril 2020 à la commune , qui n'a pas produit de mémoire, nonobstant la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 février 2022.

Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boukheloua, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Titulaire du grade d'attaché, M. B A a été nommé, par arrêté de la maire du 3 février 2012, sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services à compter du 1er mars 2012, détachement renouvelé le 1er mars 2017 pour cinq ans. Par un arrêté du 25 février 2020 dont le requérant demande l'annulation, l'autorité territoriale a mis fin à ce détachement, à compter du 1er avril 2020.

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 février 2022 par le greffe du tribunal, notifiée le 24 février 2022, la commune n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction fixée, par une ordonnance du 26 juillet 2022, au 15 septembre 2022. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté du 25 février 2020 énonce que la décision en litige se fonde sur une perte de confiance à l'égard du requérant, à raison de considérations tenant au comportement de M. A, portées sur l'exercice par celui-ci de ses fonctions, lesquelles sont détaillées, assorties d'illustrations. Le requérant, par ces mentions précises et circonstanciées, a pu identifier les éléments de fait qui constituent le fondement de la décision contestée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit, par suite, être écarté.

5. En second lieu, il peut être mis fin au détachement des agents occupant les emplois fonctionnels alors mentionnés à l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, désormais énumérés à l'article L. 412-6 du code général de la fonction publique, pour des motifs tirés de l'intérêt du service. Eu égard à l'importance du rôle des titulaires de ces emplois et à la nature particulière des responsabilités qui leur incombent, le fait de se trouver dans une situation ne permettant plus de disposer de la part de l'autorité territoriale de la confiance nécessaire au bon accomplissement de leurs missions peut légalement justifier, pour ce motif, une décharge de fonctions.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes de l'arrêté contesté, que l'autorité territoriale a retiré sa confiance à l'égard de M. A en considération de cinq motifs, ayant trait à son manque d'investissement dans le traitement de certains dossiers majeurs pendant plusieurs mois, à l'autorisation de formation obtenue par l'intéressé en se prévalant indûment de son accord, à la prise de congés annuels pris sans avoir été posés et ainsi décomptés de ses droits à congés, à l'autorisation de télétravail irrégulièrement accordée à une agente, et enfin, à ce qu'il se serait engagé à verser à un directeur général adjoint une augmentation contraire au régime indemnitaire applicable à sa situation.

7. Premièrement, le requérant ne fait état d'aucun élément de nature à utilement contester son défaut d'investissement dans plusieurs dossiers suivis par sa hiérarchie directe. Ainsi, en se bornant à exposer son désaccord avec la directrice de cabinet et la nécessité d'assurer la sécurité juridique des procédures ainsi que, sans aucune précision, l'" inadéquation " des demandes formulées par le maire, M. A invoque des considérations qui sont étrangères au degré et à la constance de son implication attendues dans les dossiers intéressant sa haute hiérarchie, portant sur l'activité des agents de surveillance de la voie publique et la vidéosurveillance. En outre, il se prévaut des appréciations favorables sur sa manière de servir, relevées sur les comptes-rendus de ses évaluations professionnelles, en particulier la plus récente, relative à sa " Capacité d'expertises / Sens du service public ", qui sont sans lien direct avec la critique en litige. Les circonstances invoquées ne permettent de caractériser ni une erreur matérielle, ni une appréciation manifestement erronée entachant le motif de l'arrêté contesté.

8. Deuxièmement, il ressort des termes de l'arrêté litigieux, ainsi que d'une attestation établie le 7 janvier 2020 par le maire-adjoint en charge des ressources humaines, qu'il est reproché à M. A d'avoir demandé à cet élu de valider une autorisation afin de bénéficier d'une formation en se prévalant indûment de l'accord du maire, laquelle, onéreuse, destinée aux élus, impliquait qu'il s'absente plusieurs jours chaque mois du service, l'intéressé exerçant un mandat électif local au sein d'une autre commune. Or, en se bornant, par des propos généraux, à soutenir qu'il a présenté sa demande de formation devant témoins et n'aurait pas tenté d'obtenir une validation " à l'insu " de la maire, le requérant ne saurait être regardé comme contestant avoir affirmé à l'adjoint précité que cette dernière avait, sans que tel fût le cas, émis un avis favorable. Par ailleurs, il ressort des allégations mêmes de l'intéressé que cette formation, de trois jours par mois, l'aurait mensuellement mobilisé à raison de deux jours en semaine, et que le financement de celle-ci pouvait être assuré, au surplus partiellement seulement, grâce à ses droits à formation acquis à raison de son mandat d'élu local. Dans ces conditions, le requérant n'oppose aucune contestation à la réalité des faits retenus. Compte tenu de la teneur du reproche, lequel a tout particulièrement trait à sa fiabilité et loyauté à l'égard de sa hiérarchie, le requérant ne saurait utilement faire valoir son droit en tant qu'agent à la formation continue, ni davantage, le non-respect du plan annuel de formation habituellement par l'adjoint en cause, en charge de cette mission.

9. Troisièmement, en alléguant qu'il n'a jamais formellement autorisé une agente à télé-travailler à temps complet, n'ayant jamais rédigé ou signé un acte écrit en ce sens, le requérant ne conteste pas le fait retenu qu'il a autorisé une agente à rester chez elle en considérant qu'elle serait regardée comme en situation de télé-travail, l'autorité administrative ne lui imputant aucune décision formalisée à cet égard. Il n'est en outre pas contesté qu'une telle situation ne permettait pas de placer l'agent dans une situation régulière. Par ailleurs, le reproche tiré d'une telle autorisation n'est pas utilement remis en cause par les circonstances évoquées par le requérant, tenant à la situation particulière de l'agente concernée, en fin de carrière et faisant l'objet d'un reclassement professionnel, ou encore, à ce qu'il n'aurait pas été envisagé comme permanent un tel travail à domicile.

10. Dernièrement, en revanche, s'agissant de l'irrégularité de sa prise de congés, M. A affirme que ceux-ci ont été régulièrement posés par le biais de son secrétariat. Par ailleurs, il soutient fermement n'avoir jamais formulé la moindre promesse concernant l'augmentation d'un directeur général adjoint. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 février 2022 par le greffe du tribunal, notifiée le 24 février 2022, la commune n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction fixée, par une ordonnance du 26 juillet 2022, au 15 septembre 2022. L'inexactitude des faits allégués par M. A ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Ainsi, la commune doit être réputée avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Dès lors, les deux constatations retenues par la commune ne peuvent être tenues pour établies.

11. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir qu'en ayant retenu le motif tiré de ce qu'il se serait engagé à verser à un directeur général adjoint une augmentation contraire au régime indemnitaire applicable, et celui tiré de ses congés annuels pris sans être régulièrement posés, l'autorité territoriale a entaché l'arrêté contesté d'erreurs de fait.

12. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commune aurait pris la même décision si elle avait retenu seulement les considérations exposées aux points 7 à 9 pour fonder le motif de la perte de confiance à l'égard du requérant, sur laquelle se fonde la décision attaquée, sans entacher celle-ci d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la maire du 25 février 2020. Les conclusions du requérant à fin d'annulation de cet arrêté doivent, par suite, être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par celui-ci sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune .

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

M. C

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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