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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003485

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003485

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantTOURAUT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mai 2020 et le 14 avril 2021, la société E, représentée par Me Meurin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 mars 2020 par laquelle la ministre du travail a retiré la décision implicite de rejet née du silence qu'elle avait gardé sur le recours hiérarchique présenté par Mme D B à l'encontre de la décision du 5 juillet 2019 de l'inspecteur du travail autorisant son licenciement, annulé cette décision et refusé d'autoriser le licenciement de Mme B.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre

de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- la ministre du travail ne pouvait procéder au retrait de la décision implicite de rejet

du recours gracieux présenté par Mme B postérieurement au 7 mars 2020 ;

- la ministre a inexactement apprécié ses efforts de reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2020, Mme D B, conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cyril Dayon, conseiller,

- les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique,

- les observations de Me Meurin, avocat de la société E,

- et les observations Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. La société E a sollicité en dernier lieu le 29 mai 2019 l'autorisation de licencier Mme B, salariée protégée pour inaptitude physique. L'inspecteur du travail de la section 3 de l'unité de contrôle 1 de l'unité départementale de Seine-et-Marne a fait droit à cette demande par une décision du 5 juillet 2019, à l'encontre de laquelle Mme B a formé un recours hiérarchique le 5 septembre 2019. Par une décision du 13 mars 2020, dont la société E demande l'annulation, la ministre du travail a retiré la décision implicite de rejet née du silence qu'elle avait gardé sur ce recours hiérarchique, annulé la décision du 5 juillet 2019 de l'inspecteur du travail et refusé d'autoriser le licenciement de Mme B.

2. En premier lieu, Mme A C, cheffe du bureau du statut protecteur, a, par un arrêté du 3 janvier 2020 du directeur général du travail, reçu délégation à l'effet de signer, au nom de la ministre chargée du travail et dans la limite des attributions de ce bureau, tous actes, décisions ou conventions à l'exclusion des décrets, dont les recours hiérarchiques des refus d'autorisation de licenciement de salarié protégé relèvent. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2422 1 du code du travail : " Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente ou auquel il a donné mandat à cet effet. / Ce recours est introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de l'inspecteur. / Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur ce recours vaut décision de rejet. ". Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Il résulte des dispositions précitées que le ministre chargé du travail dispose d'un délai de quatre mois pour retirer sa décision implicite de rejet d'un recours hiérarchique, qui court à compter de la naissance de la décision implicite de rejet et que dans ce délai, le ministre peut en outre légalement retirer pour illégalité la décision de l'inspecteur du travail.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a formé le 5 septembre 2019 un recours hiérarchique contre la décision du 5 juillet 2019. Une décision implicite de rejet est née le 5 janvier 2020 du silence gardé par la ministre du travail. Dans ces conditions, la ministre a pu légalement, le 13 mars 2020, soit dans le délai de quatre mois courant à compter du 5 janvier 2020, retirer pour illégalité sa décision implicite de rejet et la décision de l'inspecteur du travail.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1226-10 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle est déclaré inapte par le médecin du travail () à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Cette proposition prend en compte () les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existant dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur l'aptitude du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail () ". Aux termes de l'article

L. 1226-12 du même code : " Lorsque l'employeur est dans l'impossibilité de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent au reclassement. / L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-10, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans l'emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans l'emploi. / L'obligation de reclassement est réputée satisfaite lorsque l'employeur a proposé un emploi, dans les conditions prévues à l'article L. 1226-10, en prenant en compte l'avis et les indications du médecin du travail. ".

6. Dans le cas où la demande de licenciement d'un salarié protégé est motivée par l'inaptitude physique de celui-ci, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que l'employeur a respecté son obligation de reclassement dans les conditions prévues par les dispositions précitées des articles L. 1226-10 et l'article L. 1226-12 du code du travail. La présomption instituée par le troisième alinéa de ce texte ne joue que si l'employeur a proposé au salarié, loyalement, en tenant compte des préconisations et indications du médecin du travail, un autre emploi approprié à ses capacités, aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été déclarée inapte de manière définitive au poste qu'elle occupait, son état de santé étant incompatible avec le port de chaussure de sécurité et des déplacements en atelier pendant une durée continue supérieure à une heure, par un avis du 4 juin 2018. Dans ces conditions, il appartenait à la société E de procéder au reclassement de Mme B. Il ressort des pièces du dossier, notamment des comptes rendus de réunion du comité social et économique (CSE) des 14 et 21 mars 2019 que deux postes étaient susceptibles de correspondre au profil de Mme B, qui exerçait, avant d'être déclarée inapte, les fonctions d'agent de maîtrise à l'atelier de Meaux, impliquant des fonctions d'encadrement d'une équipe d'une dizaine de personnes (coefficient 285) et une rémunération brute annuelle de 53 316 euros : un poste d'agent de planning (coefficient 180) dans les locaux de la société situés à Bron (Rhône) et un poste de réapprovisionneur junior (coefficient 215) dans les locaux situés à Meaux, pour lequel un recrutement a été effectué au mois de janvier 2019. Si la société E fait valoir qu'elle n'a pas proposé le poste de réapprovisionneur junior à Mme E, qui était pourtant situé à Meaux, où Mme B travaillait, en raison d'une baisse importante de sa rémunération au regard de sa situation antérieure, et de son refus du poste d'agent de planning, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les deux postes identifiés présentaient un niveau de rémunération identique (29 400 euros brut annuel) et, d'autre part, que le poste de réapprovisionneur junior a été pourvu par recrutement au mois de janvier 2019, soit préalablement au refus de Mme B d'accepter le poste proposé le 22 mars 2019. Il résulte de ce qui précède qu'en ne proposant pas le poste de réapprovisionneur junior, dont il n'est pas établi qu'il ne respectait pas les préconisations du médecin du travail, la société E ne saurait être regardée comme ayant loyalement proposé à Mme B le poste d'agent de planning au titre de son obligation de reclassement. Par suite, la ministre du travail a fait une exacte application des dispositions précitées des articles L. 1226-10 et l'article L. 1226-12 du code du travail en estimant que l'obligation de reclassement de Mme B incombant à la société E n'avait pas été respectée.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société E doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E:

Article 1er : La requête de la société E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société E, à Mme D B et

au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie pour information en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Cyril Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. Dayon

Le président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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