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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003707

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003707

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantREVAULT D'ALLONNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 mai 2020, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C A.

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2020 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. C A, représenté par Me Revault d'Allones, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 janvier 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail ainsi que la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement pour un montant total de 45 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- il avait missionné un architecte afin de lui confier la maitrise d'ouvrage ainsi que le contrôle du chantier et les ouvriers visés par les constatations étaient employés par la

SARL Ayhan sans qu'il n'exerce aucun contrôle sur ces derniers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2020, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire,

- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 4 juillet 2018 sur un chantier situé à Meaux, les services de police ont constaté la présence en action de travail de trois ressortissants égyptiens non déclarés et ne disposant pas de titre de séjour les autorisant à travailler en France.

Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'OFII en application de l'article

L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 8 janvier 2020, dont M. A demande l'annulation, le directeur général de l'OFII lui a appliqué la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant total de 45 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 19 décembre 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur le même jour, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation à Mme D B, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général de l'OFII pour signer notamment les décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, l'article L. 8251-1 du code du travail dispose que : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. () ".

4. Pour l'application des dispositions précitées, il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur. Par ailleurs, pour l'application des dispositions précitées de l'article

L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

5. Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2,

L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail () ".

6. En l'espèce, si M. A soutient qu'il avait délégué les pouvoirs de contrôle du chantier à un architecte et qu'il n'avait aucune autorité sur les trois ouvriers le 4 juillet 2018, date du contrôle, il résulte de l'instruction, et notamment des procès-verbaux qui ont été dressés, que M. A s'est présenté comme propriétaire et donneur d'ordre du chantier lors du contrôle. En outre, il a déclaré lors de son audition que, les salariés de la société qui était intervenue étant arrivés au terme de leur contrat, il a contacté un des salariés de ladite société pour procéder au montage d'un lot de six escaliers en contrepartie d'une rémunération fixée, après négociation, à 2 500 euros, sans s'assurer que l'intéressé justifiait d'un titre d'identité justifiant de la nationalité italienne dont ledit salarié se prévalait. Il résulte également de l'instruction que ce salarié, ainsi recruté par M. A, a lui-même recruté deux autres salariés pour une durée de deux jours, qui ont perçu de sa part un salaire de 100 euros chacun, qui doivent être regardés comme ayant été indirectement employés par le requérant, lequel ne s'est pas davantage assuré qu'ils justifiaient d'un titre les autorisant à travailler. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le directeur général de l'OFII a mis à sa charge les contributions en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

J-R GuillouLe président,

T. Gallaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2003707

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