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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003739

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003739

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 mai 2020, enregistrée sous le n° 2001337, la présidente du tribunal administratif de Versailles a renvoyé au tribunal administratif de Melun la requête présentée par M. A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le

20 février 2020, M. A B, représenté par Me Caoudal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles la déléguée territoriale

d'Evry-Courcouronnes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu puis refusé de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans les conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif à compter du 26 novembre 2019, dans le délai d'un mois jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à son propre bénéfice à défaut d'une telle admission.

M. B soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées, dès lors, notamment, qu'il n'a pas été mis en mesure de comprendre à quelles convocations il n'aurait pas déféré ;

- la décision portant suspension des conditions matérielles d'accueil est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations ;

- la décision portant refus de le rétablir dans les conditions matérielles d'accueil est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune décision écrite ;

- ces deux décisions sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'erreur de droit, dès lors que la suspension des conditions matérielles d'accueil ne constitue qu'une possibilité et non une obligation pour l'OFII.

L'OFII, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction.

Par décision du 24 juin 2020, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier du 28 octobre 2022, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la décision par laquelle la directrice territoriale d'Evry-Courcouronnes de l'OFII a, à la suite du courrier de notification du 19 décembre 2017, suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. B, dès lors que ces conclusions ont été présentées après l'expiration du délai de recours.

Un mémoire présenté par l'OFII a été enregistré le 23 novembre 2022 après clôture automatique de l'instruction et n'a pas donné lieu à communication.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 10 octobre 1978, a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié auprès des autorités françaises le 2 mai 2017. Par un arrêté du

10 octobre 2017, la préfète de l'Essonne a décidé son transfert vers les autorités allemandes responsables du traitement de sa demande d'asile. Par un courrier du 19 décembre 2017 du délégué territorial d'Evry-Courcouronnes relevant de la direction territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), M. B a été informé de la suspension à venir de ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait été déclaré en fuite par le préfet de l'Essonne le 22 novembre 2017. Le bénéfice de ces conditions a été suspendu au cours du mois de décembre 2017. Par un courrier du 28 novembre 2019, il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, en faisant valoir notamment qu'il faisait désormais l'objet d'une demande d'asile en procédure normale. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B sollicite l'annulation des décisions implicites suspendant puis refusant le rétablissement du bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". L'article 62 du décret du 19 décembre 1991 dispose que : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2020. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a, par suite, pas lieu de statuer sur celles-ci.

Sur la décision portant suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil :

4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. En présence d'une décision implicite, la preuve d'une telle connaissance peut résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui, sauf circonstances particulières, ne saurait excéder un an et court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

5. Il ressort des pièces du dossier et des écritures mêmes du requérant qu'à la suite du courrier du 19 décembre 2017 lui notifiant la prochaine suspension des conditions matérielles d'accueil, M. B s'est vu suspendre le bénéfice de ces des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de décembre 2017. Par suite, et à supposer même que ce dernier n'ait pas reçu notification d'une décision expresse mentionnant les voies et délais de recours, il a été clairement informé dans le courrier ci-dessus qu'à défaut de présenter des observations à l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le délai de 15 jours, " la décision de suspension [des conditions matérielles d'accueil] deviendra effective ". Cette décision est donc intervenue début janvier 2018. Dans ces conditions, les conclusions, introduites le 20 février 2020, dirigées contre cette décision ont été présentées au-delà du délai raisonnable d'un an, sans allégation de circonstances particulières pouvant le justifier. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées comme étant irrecevables.

Sur la décision implicite portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois consécutif à une demande en ce sens, une décision implicite se trouve entachée d'illégalité. Toutefois, en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité les motifs de refus de la décision implicite de rejet dont il demande l'annulation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit, en tout état de cause, être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ()/ La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article D. 744-38 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Lorsque le bénéfice de l'allocation a été suspendu, l'allocataire peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. La reprise du versement intervient à compter de la date de la décision de réouverture. ".

9. Il ne résulte ni des dispositions précitées de l'article L. 744-8 ni de celles de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision prise par l'OFII, lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, qui n'est pas soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable et qui ne constitue ni une décision de retrait, ni une décision de refus au sens de l'article L. 744-8, devrait être écrite et motivée. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

10. En troisième lieu, dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

11. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par le requérant, qui n'apporte au demeurant aucun élément sur l'état de vulnérabilité dont il se prévaut, n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

12. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en lui refusant

le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, la déléguée territoriale

d'Evry-Courcouronnes relevant de la direction territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est crue à tort en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, à le supposer également soulevé à l'encontre de la décision implicite de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. B doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée, y compris par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Caoudal et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Benoist Guével, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

S. Norval-GrivetLe président,

B. Guével

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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