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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003745

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003745

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 mai 2020, 15 et 16 septembre 2020, Mme B C, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2019 par laquelle la maire de Limeil-Brévannes l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 28 septembre 2017 ;

2°) d'annuler la décision du 12 février 2020 par laquelle la maire de Limeil-Brévannes l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 20 décembre 2019 ;

3°) d'enjoindre à la commune de Limeil-Brévannes de rétablir son plein traitement pour l'ensemble de la période de congé de maladie ordinaire sans limitation de durée ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Limeil-Brévannes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'erreurs de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 août et 6 novembre 2020, la commune de Limeil-Brévannes, représentée par Me Richer, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 février 2020, qui s'est substituée à celle du 16 décembre 2019, sont irrecevables, en l'absence d'intérêt à agir de la requérante dès lors que cette décision, qui maintient notamment son plein traitement jusqu'à sa reprise de fonctions, lui est favorable, et ne fait pas grief ;

- à titre subsidiaire, les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 février 2022 à 12 h 00.

Par un courrier du 5 septembre 2022, les parties ont été avisées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 décembre 2019, laquelle a été, implicitement mais nécessairement, retirée par la décision du 12 février 2020 par laquelle la maire de Limeil-Brévannes a modifié sa position initiale, à la suite du recours gracieux formé par Mme C le 27 janvier 2020. Ce retrait étant intervenu avant l'enregistrement de la présente requête, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 décembre 2019 sont irrecevables.

Vu :

- la pièce enregistrée le 14 novembre 2022 pour la commune de Limeil-Brévannes ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme C et celles de Me Brard, représentant la commune de Limeil-Brévannes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, titulaire du grade d'adjoint administratif de 2ème classe, a exercé ses fonctions au sein du service de la protection maternelle infantile de la commune de Limeil-Brévannes. Le 10 septembre 2013, elle a subi un accident sur son lieu de travail, reconnu imputable au service par arrêté du 27 septembre 2013. Par une décision du 16 décembre 2019, dont la requérante demande l'annulation, la maire de Limeil-Brévannes l'a placé en congé de maladie, non imputable au service, à compter du 28 septembre 2017. A la suite du recours gracieux formé par Mme C, par une nouvelle décision du 12 février 2020, dont celle-ci demande également l'annulation, la maire l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 20 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 décembre 2019 :

2. Par la décision du 16 décembre 2019, la maire de Limeil-Brévannes a placé, de manière rétroactive, Mme C en congé de maladie ordinaire à compter du 28 septembre 2017. A la suite du recours gracieux formé par Mme C le 27 janvier 2020, la maire, par une nouvelle décision du 12 février 2020, a placé l'intéressée en congé de maladie à compter du 20 décembre 2019. Ce faisant, la maire de Limeil-Brévannes a fait droit partiellement à la demande de la requérante et a, implicitement mais nécessairement, retiré la décision du 16 décembre 2019, avant même l'enregistrement de la présente requête au greffe du tribunal, le 25 mai 2020. Ce retrait est, faute de contestation, devenu définitif. Par conséquent, ainsi que les parties en ont été informées le 5 septembre 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, la décision de la maire de Limeil-Brévannes du 16 décembre 2019 ayant disparu de l'ordonnancement juridique avant l'introduction du présent recours, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 12 février 2020 :

Sur la recevabilité :

3. S'il est constant que Mme C a bénéficié de son plein traitement jusqu'à la reprise effective du service le 3 février 2020, il ressort des pièces du dossier que le placement de celle-ci, par la décision attaquée du 12 février 2020, en congé de maladie à compter du 20 décembre 2019 à plein traitement pour une durée de trois mois, et non en congé de maladie à plein traitement au titre de l'accident imputable au service survenu en 2013, a eu pour effet de porter atteinte à ses droits annuels à congé de maladie ordinaire à plein traitement, de sorte que cette mesure constitue une décision qui lui fait grief. En outre, elle a intérêt à en demander l'annulation. Les fins de non-recevoir opposées par la commune de Limeil-Brévannes doivent être écartées.

Sur la légalité de la décision du 12 février 2020 :

4. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, applicable à la date de la décision attaquée, désormais codifié aux articles L. 822-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

5. Il résulte des dispositions précitées du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 qu'un agent de la fonction publique territoriale qui n'est plus apte à reprendre son service à la suite d'un accident de service et auquel aucune offre de poste adapté ou de reclassement n'a été faite a le droit d'être maintenu en congé de maladie ordinaire avec le bénéfice de son plein traitement sans autre limitation que celles tenant à sa mise à la retraite ou au rétablissement de son aptitude au service.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'expertise médicale du 27 septembre 2017 ainsi que des conclusions de la commission de réforme aux termes de son avis du 2 décembre 2019, que Mme C, dont l'état de santé a été considéré consolidé au 27 septembre 2017, a été reconnue apte à ses fonctions avec restriction médicale dès le 28 septembre 2017, en l'occurrence sur un emploi sans contact avec le public. Or, il ressort de son compte-rendu annuel d'évaluation au titre de 2011, communiqué par la commune le 14 novembre 2022 à la suite d'un supplément d'instruction ordonné par le greffe du tribunal le 10 novembre précédent, et versé aux débats, que l'emploi occupé par Mme C, avant la survenance de son accident de service en 2013, en qualité d'adjoint administratif au sein du service de la protection maternelle infantile impliquait un contact permanent avec le public. Dans ces circonstances, Mme C doit être regardée comme ayant été inapte à reprendre ses fonctions. En outre, la commune ne fournit aucun élément remettant en cause l'inaptitude de la requérante à reprendre du service à temps complet avant le 3 février 2020, date de sa reprise effective. Par ailleurs, si la commission de réforme a écarté l'imputabilité au service de ses arrêts de travail du 28 septembre 2017 au 6 juin 2019, il est constant qu'à la suite du recours gracieux de Mme C, la maire de Limeil-Brévannes a décidé de placer celle-ci en congé de maladie, non imputable au service, non plus à compter du 28 septembre 2017, mais à partir du 20 décembre 2019, date de notification de l'avis de la commission de réforme. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune ait proposé un poste à Mme C adapté à son état de santé, ni même qu'elle ait invité Mme C à présenter une demande de reclassement depuis son accident de service. Aussi la commune n'est pas fondée à se prévaloir de l'absence de demande en ce sens de l'intéressée, laquelle a, au demeurant, elle-même sollicité son affectation sur un poste de gestionnaire financier et comptable en vue de sa reprise, ainsi qu'il ressort de son courrier du 3 janvier 2020. Dans ces conditions, en application des dispositions précitées du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, Mme C est en droit de bénéficier, tant qu'elle n'était pas affectée sur un poste adapté à son état de santé, d'un congé de maladie rémunéré à plein traitement, sans autre limitation de durée que celle tenant au rétablissement de son aptitude au service, sur le nouvel emploi occupé, soit du 20 décembre 2019 jusqu'au 2 février 2020, veille de sa reprise de fonctions sur le poste précité de gestionnaire financier et comptable. Dès lors, en plaçant l'intéressée en congé de maladie ordinaire à compter du 20 décembre 2019, la maire de Limeil-Brévannes a méconnu les dispositions précitées de l'article 57 de la loi susvisée du 26 janvier 1984.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée du 12 février 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte tenu du versement du plein traitement à Mme C pendant la période litigieuse, du 20 décembre 2019 au 2 février 2020, l'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution, de sorte que les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C, tendant au rétablissement de son plein traitement pour l'ensemble de la période de congé de maladie ordinaire sans limitation de durée, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Limeil-Brévannes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Limeil-Brévannes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la maire de Limeil-Brévannes du 12 février 2020 est annulée.

Article 2 : La commune de Limeil-Brévannes versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Article 3 : Le surplus des conclusions présenté par Mme C est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Limeil-Brévannes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Limeil-Brévannes.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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