mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2003780 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | RABBE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 26 mai 2020, enregistrée le 27 mai 2020 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par Mme B A.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Paris le 1er avril 2020, et un mémoire enregistré le 28 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Rabbé, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire présenté le 5 décembre 2019 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis, somme à verser dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 450 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration a commis une faute en raison d'une décision illégale, des agissements constitutifs de harcèlement moral qu'elle a subi dans l'exercice de ses fonctions, du manquement à son obligation de sécurité de résultat et de son manquement à l'obligation de protection fonctionnelle ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation de son préjudice de santé et de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense et un mémoire de production de pièces, enregistrés le 28 juin 2021 et le 8 novembre 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83- du 634 du 13 juillet 1983;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n°82-453 du 28 mai 1982 ;
- le décret n°84-1051 du 30 novembre 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2023 :
- le rapport de Mme Bourdin,
- les conclusions de M. Lacote , rapporteur public,
- et les observations de Me Rabbé, représentant Mme A.
L'affaire a été renvoyée à l'audience du 24 octobre 2023.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 24 octobre 2023.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2023 :
-le rapport de Mme Bourdin,
-les conclusions de M. Lacote, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, attachée principale d'administration de l'Etat, a été affectée en novembre 2017 au cabinet du directeur des ressources humaines du ministère de la défense, puis à sa création au 1er janvier 2018, elle a été nommée cheffe du bureau des ressources humaines au sein de cabinet. A compter du 18 juillet 2019, elle été affectée, à la sous-direction des ressources humaines civiles situées à Arcueil (94110) puis à compter du mois de mars 2020 à la direction centrale du service de santé des armées au Fort de Vincennes. Par courrier daté du 5 décembre 2019, reçu le 20 décembre suivant, Mme A a demandé à la ministre des armées de prendre les mesures nécessaires pour que ses droits soient rétablis et lui garantir d'exercer à nouveau son service dans des conditions de travail normal et de faire droit à sa demande d'indemnisation pour les fautes commises par l'administration en raison des faits de harcèlement moral et du manquement aux obligations de sécurité et de protection dues aux agents. Une décision implicite de rejet est née le 20 février 2020. Par la présente requête, Mme A demande l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subi à raison des fautes de l'administration et au titre de sa maladie professionnelle.
Sur la responsabilité pour faute de l'administration :
En ce qui concerne l'illégalité d'une décision rendue par l'administration :
2. Mme A soutient que la responsabilité de l'administration est engagée en raison de l'illégalité d'une décision qu'elle aurait rendue. Toutefois, elle ne précise pas de quelle décision il s'agit et n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires permettant d'en apprécier au juge le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être rejeté.
En ce qui concerne les agissements de sa hiérarchie de nature à constituer des faits de harcèlement moral :
3. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 dans sa rédaction applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
4. En premier lieu, Mme A fait valoir avoir été victime de faits de harcèlement moral alors qu'elle occupait les fonctions de cheffe du bureau des ressources humaines de la direction des ressources humaines du ministère de la défense. Elle invoque, en premier lieu, les agissements anormaux de la cheffe du cabinet de la direction, sa supérieure hiérarchique, qui a pris ses fonctions durant le mois de février 2018. Mme A fait ainsi état d'une absence totale de communication des informations nécessaires à la réalisation de ses missions de la part de la cheffe de cabinet, d'une volonté de cette dernière de l'isoler, de propos désagréables et désobligeants tenus à son égard à ses correspondants professionnels ainsi que le pilotage en direct, par sa supérieure hiérarchique, de certains dossiers, sans qu'elle en soit informée au préalable pour finir par en avoir l'attribution une fois que les problèmes étaient devenus insolubles. Toutefois, il résulte de l'instruction que les reproches faits par Mme A à l'endroit de sa supérieure hiérarchique reposent sur ses dires et que suite à sa dénonciation des agissements de la cheffe de cabinet par courrier daté du 9 janvier 2019 au directeur des ressources humaines du ministère de la défense, celui-ci a alors diligenté une mission d'analyse de la situation. Le rapport de cette mission remis le 12 mars 2019 met en évidence l'existence de difficultés relationnelles entre Mme A et la cheffe de cabinet de la direction des ressources humaines résultant d'une ambiguïté dans les descriptions des tâches imparties à chacune. Il ressort du rapport que Mme A interprétait notamment sa fiche de poste comme relevant directement du directeur des ressources humaines dans un rôle de conseiller en ce domaine et qu'elle concevait difficilement la subordination à la cheffe de cabinet dont le domaine des ressources humaines relevait également de son champ de compétence. Ainsi, les conclusions de la mission, après auditions des différents personnels du cabinet, n'ont pas permis de confirmer les allégations de Mme A. Le ministre des armées produit en outre le témoignage du chef de service de l'accompagnement professionnel et des pensions à la direction des ressources humaines du ministère des armées qui mettent en avant la volonté de concorde entre les différents services de la direction de la cheffe de cabinet. Enfin, si Mme A invoque le refus du directeur de communiquer le rapport de mission d'analyse du 12 mars 2019, pour des motifs liés à la présence des données identifiantes de tiers, il ressort des pièces du dossier que ce dernier lui a permis de s'entretenir avec les auteurs du rapport pour obtenir un retour sur celui-ci et éclairer certains points. Il n'est par ailleurs allégué aucune difficulté de communication après la saisine de la commission d'accès aux documents administratifs.
5. En deuxième lieu, Mme A fait également état d'un projet de réorganisation dans le courant de l'automne 2018 au cours duquel il était projeté la nomination d'un chef de cabinet adjoint devant reprendre une partie de ses missions et des effectifs de son bureau, sans que cette réorganisation ne soit selon elle commandée par l'intérêt du service. Elle fait également état lors de ce projet de réorganisation d'une réunion du 11 octobre 2018 au cours de laquelle l'un des participants aurait tenu à son encontre des propos irrespectueux, humiliants et désobligeants. Toutefois, il résulte des pièces du dossier que la création de ce poste d'adjoint à la cheffe de cabinet avait été envisagée, en amont de la prise de fonction de la requérante, dès l'été 2017 par l'ancienne direction et qu'elle ne tendait pas à retirer à Mme A ses missions mais au contraire à épauler la cheffe de cabinet dans les siennes. En outre, il apparaît que suite aux protestations et aux craintes émises par Mme A, le périmètre du champ d'intervention du bureau des ressources humaines dont elle assurait la direction a été exclu du domaine de compétence de l'adjointe à la cheffe de cabinet, la requérante demeurant ainsi subordonnée directement à la cheffe de cabinet. Cette organisation a d'ailleurs été expressément actée par une note d'organisation du 16 novembre 2018. Mme A n'apporte en outre aucun élément au soutien de ses allégations selon laquelle la création de ce poste aurait été étrangère à l'intérêt du service et destiné uniquement à servir la carrière de la personne nommée. S'agissant de la réunion du 11 octobre 2018, si le rapport d'évaluation mentionne qu'un des participants a pu employer un ton ferme ayant pu déstabiliser la requérante, il a conclu qu'aucune des auditions menées n'avait permis de confirmer les allégations de la requérante. En outre, celle-ci ne justifie pas de la tenue de propos virulents à son endroit au cours de cette réunion par ses seuls dires et le courriel de son adjoint qui n'était pas présent lors de la réunion et ne fait que reprendre ses propos. Enfin, contrairement à ce qu'invoque la requérante, le fait que la note d'organisation du service du 16 novembre 2018 prévoit que la suppléance de la cheffe de cabinet pour les questions relevant du périmètre des ressources humaines soit assurée par le directeur des ressources humaines ou son adjointe ne laissent pas présumer une situation de harcèlement moral. Il en va de même des reproches de Mme A relatif à la mauvaise interprétation par sa hiérarchie de ses remarques relatives au projet de transfert à son bureau du traitement des distinctions honorifiques. En effet, il résulte des pièces produites que Mme A a émis des doutes quant à l'opportunité de ce transfert qui ont été pris en compte par la direction des ressources humaines.
6. En troisième lieu, Mme A invoque également des agissements anormaux résultant de la réorganisation du cabinet de la direction des ressources humaines par une note du 4 avril 2019, considérant que cette note a engendré une perte de l'autorité fonctionnelle sur ses subordonnés et plus largement une perte de ses missions. Toutefois, il résulte des pièces du dossier que cette note tend notamment à prendre en compte les préconisations faites par la mission d'analyse de mars 2019 et en particulier, celles visant à faire cesser toutes relations bilatérales entre Mme A et la cheffe de cabinet et à lancer une réflexion sur l'organisation des services de la direction. Or, contrairement à ce qu'allègue la requérante, la note litigieuse ne tend pas à la dessaisir des missions prévues par sa fiche de poste, celle-ci ne modifiant ni son statut de chef de bureau, ni les prérogatives et les missions qui y sont attachées. Cette réorganisation a pris en compte le dessaisissement de la cheffe de cabinet de ses attributions liées aux ressources humaines. Si, la note rattache une partie de l'activité de la chancellerie militaire directement à la direction des ressources humaines, Mme A conserve l'autorité des agents appartenant à cette cellule s'agissant des données de synthèse. Plus largement, la note litigieuse, qui est une note provisoire répondant aux premières préconisations de la mission d'analyse suite aux difficultés relationnelles et de fonctionnement au sein du cabinet de la direction des ressources humaines, ne retire pas à Mme A son rôle de conseiller dans le périmètre des ressources humaines tant auprès de sa hiérarchie que des autres services du ministère, conformément à sa fiche de poste. Ainsi, Mme A ne produit aucun élément tendant à faire présumer que cette note du 4 avril 2019 l'aurait privée de toutes ses responsabilités pour des motifs étrangers à l'intérêt du service.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au mois de juin 2019 : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. ()" et aux termes de l'article 1er du décret du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus aptes à l'exercice de leurs fonctions : " L'administration, après avis du médecin de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical si un tel congé a été accordé, peut affecter ce fonctionnaire dans un emploi de son grade, dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer les fonctions correspondantes ". Il résulte de ces dispositions que préalablement à la procédure de reclassement, il appartient à l'administration, sous réserve des nécessités de service, de rechercher un poste adapté à l'état de santé de l'agent qui n'est plus apte physiquement à exercer ses fonctions et que ce n'est que si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade qu'il l'incombe à l'administration d'inviter son agent à présenter une demande de reclassement.
8. Mme A allègue que l'administration a pris un temps anormal, confinant au retard fautif, pour l'affecter dans un nouveau service à la suite de sa déclaration d'inaptitude par le médecin de prévention le 30 mai 2019 et a manqué à son obligation de reclassement. Elle soutient que ces manquements participent de la situation de harcèlement dont elle se prévaut. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le 29 mai 2019, le médecin de prévention a déclaré la requérante apte à la reprise de ses fonctions avec un aménagement de poste consistant en un reclassement immédiat hors de la direction des ressources humaines du ministère de la défense. Compte tenu de l'importance du périmètre de cette déclaration d'inaptitude qui concernait environ 3800 postes, l'administration a sollicité une contre-expertise qui été rendue dès le 25 juin 2019. Le médecin désigné a alors conclu au maintien de l'avis d'inaptitude définitive au poste de chef du bureau des ressources humaines de la direction des ressources humaines du ministère de la défense mais a modifié le périmètre de cette inaptitude en la limitant à la direction des ressources humaines sur le site de Balard, tout en préconisant si possible une mobilité hors organisme de cette direction. A la suite à cet avis, Mme A a été affectée à compter du 18 juillet 2019, à titre provisoire, à la sous-direction des ressources humaines située à Arcueil, période durant laquelle la requérante a bénéficié du maintien des avantages indemnitaires de son précédent poste. Par ailleurs, la seule circonstance que les propositions de poste ayant été effectuées dès le 28 juin 2019 n'aient pu aboutir et que Mme A ait trouvé, par elle-même, son affectation définitive qui n'a été effective que courant mars 2020, n'est pas de nature à faire présumer une situation de manquement alors qu'elle n'établit pas que l'administration disposait de postes de son grade et adaptés à son profil dès le mois de juin 2019. De même, si l'intéressée a dû se rendre physiquement sur son lieu de travail après le 29 mai 2019 jusqu'au mois de juillet 2019, il apparait que l'intéressée n'était plus en arrêt de travail à cette date et que l'administration était en attente de la contre-expertise diligentée afin d'apprécier au mieux les adaptations de poste nécessaires. Enfin, contrairement à ce qu'allègue Mme A, il ne résulte pas des textes susvisés que l'administration devait lui accorder un délai de quinze jours pour se prononcer sur les propositions de postes faites le 28 juin 2019. En tout état de cause, il ne résulte pas des pièces du dossier que l'administration a pris une décision d'affectation sans l'accord de la requérante.
9. Enfin, la seule circonstance que Mme A ait été placée en arrêt maladie du 21 décembre 2018 au 22 janvier 2019 avant de reprendre ses fonctions dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique avant d'être à nouveau arrêtée du 10 avril au 26 mai 2019, n'est pas de nature à établir, au regard des développements précédents, une situation de harcèlement moral et ce quand bien même l'administration aurait reconnu comme imputable au service l'accident du 20 décembre 2018.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A ne produit aucun élément ou argumentation de nature à faire présumer la situation de harcèlement moral qu'elle invoque.
En ce qui concerne les manquements de l'administration à son obligation de sécurité de résultat en matière de santé de ses agents :
11. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. " Aux termes de l'article 2-1 du décret n°82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité au travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique, dans sa rédaction applicable au litige: " Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. "
12. Mme A fait valoir que l'administration n'a mis en place aucune action concrète pour lui permettre de poursuivre ses missions dans des conditions de travail normales non constitutives d'une situation de harcèlement moral, la seule action concrète menée ayant eu pour effet de vider sa fiche de poste de tout contenu. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 du présent jugement que la situation de harcèlement moral alléguée n'est pas établie. En tout état de cause, il ne ressort nullement des pièces du dossier que l'administration n'a rien mis en œuvre à la suite des signalements de Mme A. En effet, lorsqu'elle s'est plainte du projet de réorganisation du cabinet de la direction des ressources humaines le 27 septembre 2018, le directeur lui a répondu le jour même que l'organisation n'était pas encore stabilisée et ses objections ont bien été prises en compte par la note de service du 16 novembre 2018 préservant son lien hiérarchique direct avec la cheffe de cabinet et la direction sans que l'adjointe à la cheffe de cabinet ait en charge le domaine de compétence de son bureau. Puis, à la suite à son signalement de faits de harcèlement moral adressé au directeur des ressources humaines du ministère de la défense par courrier daté du 9 janvier 2019, l'administration a mis en place une mission d'analyse au cours de laquelle la requérante a notamment été entendue et qui a donné lieu à des recommandations afin de mettre un terme à la situation de tensions relationnelles existante au sein du cabinet de la direction. De même, la note du 4 avril 2019, critiquée par la requérante avait pour objet de prendre les premières mesures provisoires pour répondre aux constats et recommandations de ce rapport, complété par une mission d'audit qui a remis son rapport le 25 juin 2019 confirmant la nécessité de réorganisation du service du cabinet. En outre, à la suite de la déclaration d'inaptitude à toute fonction au sein de la direction des ressources humaines du 25 mai 2019, l'administration a diligenté un contre-expertise afin notamment d'évaluer si Mme A pouvait continuer à exercer dans son domaine de compétence mais dans un autre lieu du ministère et au sein d'une autre direction. L'administration a trouvé une solution d'affectation transitoire dans l'attente d'un nouveau poste que l'intéressée occupe depuis le mois de mars 2020. Dans ces conditions, Mme A n'apporte pas la preuve d'une faute ou d'une carence de l'administration qui a réagi aux alertes de la requérante et suivi les préconisations de la mission d'analyse diligentée.
13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui été dit aux points 3 à 10 du présent jugement que les faits de harcèlement moral allégués ne sont pas établis. Par suite, Mme A n'est pas fondée à invoquer que l'administration a commis une faute en refusant de lui accorder la protection statutaire à raison de tels agissements.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à invoquer la responsabilité pour faute de l'administration.
Sur la responsabilité sans faute pour manquement de l'administration a son obligation de résultat :
15. Mme A se prévaut de la responsabilité sans faute de l'administration à raison du manquement à son obligation de résultat dès lors qu'elle a contracté une maladie professionnelle. Toutefois, la seule circonstance que l'administration a reconnu par une décision du 19 juillet 2019 l'imputabilité au service de l'accident survenu le 20 décembre 2018 ne permet pas d'établir la maladie professionnelle dont la requérante se prévaut. De même les certificats médicaux produits par la requérante ne permettent pas d'établir l'existence d'une maladie professionnelle.
Sur l'indemnisation des préjudices :
16. Mme A invoque en premier lieu un préjudice de santé résultant d'avoir subi durant de longs mois des symptômes liés au stress professionnel tels que de l'anxiété, la perte de sommeil, la perte d'appétit, la perte de poids, du bruxisme et de l'urticaire. Elle évoque également que sa reprise du travail a été effectuée suite à son arrêt de décembre 2018 en mi-temps thérapeutique et qu'à son retour elle a été déclarée inapte à reprendre ses précédentes fonctions et qu'elle est toujours traitée en raison des répercussions sur sa santé de ce qu'elle a subi dans l'exercice de ses fonctions. Toutefois, elle n'établit pas que ce " préjudice de santé " qu'elle distingue du préjudice moral n'aurait pas été pris en charge dans le cadre de la reconnaissance de son accident de service.
17. En deuxième, Mme A invoque l'existence d'un préjudice moral pour avoir subi durant de longs mois les agissements anormaux de sa supérieure hiérarchique, souffrance accrue par l'absence d'intervention du directeur des ressources humaines qui l'a au contraire présenté comme responsable des dysfonctionnements au sein de son bureau et de la direction des ressources humaines ainsi que par les répercussions des faits qu'elle a subis sur ses équipes. Toutefois, la responsabilité pour faute de l'administration à raison de ces agissements n'étant pas retenue, Mme A n'est pas fondée à demander l'indemnisation du préjudice moral résultant de ceux-ci.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée et par voie de conséquence ses conclusions à d'astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ghaleh-Marzban, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Rehman-Fawcett , conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
La rapporteure,
S. BOURDIN
La présidente,
S. GHALEH-MARZBAN
La greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026