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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003986

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003986

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP SAIDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juin 2020 et 15 septembre 2020, M. B A, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à indemniser les préjudices qu'il estime avoir subi du fait du refus de rémunération des heures d'enseignement réalisées au lycée Saint Louis Blanche de Castille, somme majorée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a refusé de procéder au paiement des heures d'enseignement effectuées au lycée Saint Louis Blanche de Castille est illégale, dès lors que la réalité du service n'est pas contestée et qu'il bénéficiait d'une autorisation de cumul d'activité ;

- la responsabilité pour faute du recteur de l'académie de Créteil doit être engagée, du fait de l'illégalité fautive de la décision portant refus de paiement des heures d'enseignement effectuées au lycée Saint Louis Blanche de Castille entre le 1er septembre 2019 et le 30 juin 2020 ;

- cette illégalité fautive lui a causé un préjudice financier, un préjudice moral et un trouble dans ses conditions d'existence.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2020, le recteur de l'académie de Créteil conclut :

- à l'irrecevabilité de la requête, qui a été introduite avant que naisse une décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable ;

- à son incompétence pour défendre dans la présente instance, la rectrice de l'académie de Versailles étant seule compétente.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2017-105 du 27 janvier 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Seignat ;

- les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A, requérant.

Le recteur de l'académie de Créteil n'était ni présent, ni représenté.

Vu la note en délibéré, enregistrée le 23 octobre 2024, présentée par Me Moreau pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, professeur agrégé en sciences économiques et sociales, est affecté au lycée Simone de Beauvoir à Garges-lès-Gonesse, établissement public de l'académie de Versailles. Au titre de l'année scolaire 2019/2020, l'intéressé exerçait cette activité principale à temps partiel, parallèlement à une activité accessoire d'enseignement en classe préparatoire aux grandes écoles, à raison de huit heures hebdomadaires, au sein du lycée Saint Louis Blanche de Castille, établissement privé sous contrat de l'académie de Créteil. Ce cumul d'activité était autorisé le 17 décembre 2019 par la rectrice de l'académie de Versailles. Les heures d'enseignement dispensées entre le 1er septembre 2019 et le 30 juin 2020 au lycée Saint Louis Blanche de Castille n'ayant pas fait l'objet de rémunération, M. A a sollicité, par courrier du 18 mai 2020, notifié le 20 mai 2020, l'indemnisation de son préjudice auprès du recteur de l'académie de Créteil. Par sa requête, M. A demande au tribunal de condamner le recteur de l'académie de Créteil à indemniser les préjudices subis du fait de l'illégalité de son refus de procéder au paiement des heures d'enseignement dispensées au lycée Saint Louis Blanche de Castille.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. " Il résulte de ces dispositions que la condition de recevabilité tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête. Le recteur fait valoir que la requête est irrecevable au motif qu'elle a été introduite avant que ne soit née une décision implicite portant rejet de la demande indemnitaire préalable et liant le contentieux. Toutefois, il résulte de l'instruction que la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable est née, en cours d'instance, le 23 août 2020. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Créteil doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité de l'administration :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. () ". Aux termes de l'article 25 septies de la même loi : " I.- Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. () / Il est interdit au fonctionnaire : () / 5° De cumuler un emploi permanent à temps complet avec un ou plusieurs autres emplois permanents à temps complet. () / IV.- Le fonctionnaire peut être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à exercer à titre accessoire une activité, lucrative ou non, auprès d'une personne ou d'un organisme public ou privé dès lors que cette activité est compatible avec les fonctions qui lui sont confiées et n'affecte pas leur exercice. () ".

4. Aux termes de l'article de l'article 5 du décret du 27 janvier 2017 relatif à l'exercice d'activités privées par des agents publics et certains agents contractuels de droit privé ayant cessé leurs fonctions, aux cumuls d'activités et à la commission de déontologie de la fonction publique : " Dans les conditions fixées aux I et IV de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 précitée et celles prévues par le présent décret, l'agent peut être autorisé à cumuler une activité accessoire avec son activité principale, sous réserve que cette activité ne porte pas atteinte au fonctionnement normal, à l'indépendance ou à la neutralité du service ou ne mette pas l'intéressé en situation de méconnaître l'article 432-12 du code pénal. Cette activité peut être exercée auprès d'une personne publique ou privée. Un même agent peut être autorisé à exercer plusieurs activités accessoires. ". Aux termes de l'article 6 du décret précité : " Les activités exercées à titre accessoire susceptibles d'être autorisées sont les suivantes : / 1° Dans les conditions prévues à l'article 5 : () / b) Enseignement et formation () ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " Le cumul d'une activité exercée à titre accessoire mentionnée à l'article 6 avec une activité exercée à titre principal est subordonné à la délivrance d'une autorisation par l'autorité dont relève l'agent intéressé. () ".

5. M. A soutient que le refus du recteur de l'académie de Créteil de procéder au versement de sa rémunération pour les heures d'enseignement réalisées entre le 1er septembre 2019 et le 30 juin 2020 au lycée Saint Louis Blanche de Castille constitue une illégalité fautive engageant la responsabilité de l'Etat. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'état des services et de l'attestation d'activité, que M. A a bien réalisé huit heures d'enseignement hebdomadaires sur la période allant du 1er septembre 2019 au 4 juillet 2020. Il n'est en outre pas contesté que l'intéressé bénéficiait d'une autorisation de cumul d'activité à titre accessoire, délivrée par la rectrice de l'académie de Versailles le 17 décembre 2019. Si le recteur de l'académie de Créteil fait valoir que cette autorisation était illégale, dès lors que l'autorisation de cumul d'activité accessoire ne pouvait être délivrée à un fonctionnaire exerçant son activité principale à temps partiel, aucune disposition de la loi du 13 juillet 1983 ni du décret du 27 janvier 2017 ne prévoit une telle interdiction. Dès lors, en refusant de procéder au versement de la rémunération de M. A au titre de son activité accessoire, le recteur de l'académie de Créteil a entaché sa décision d'une erreur de droit. Ce refus illégal constituant une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, M. A est, par suite, en droit de prétendre à la réparation du préjudice qui résulte directement de cette illégalité fautive.

En ce qui concerne les préjudices :

6. D'une part, M. A sollicite l'indemnisation du préjudice financier résultant du refus illégal de versement de sa rémunération par le recteur de l'académie de Créteil. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant exact des traitements dus à l'intéressé, il y a lieu de condamner le recteur de l'académie de Créteil à lui verser une somme correspondant à la rémunération qu'il aurait dû percevoir au titre des heures d'enseignement réalisées au lycée Saint Louis Blanche de Castille entre le 1er septembre 2019 et le 30 juin 2020.

7. D'autre part, M. A sollicite l'indemnisation du préjudice moral et du trouble dans les conditions d'existence subis du fait du refus illégal de versement de sa rémunération. S'agissant du préjudice moral, il avance ressentir un découragement et une incompréhension face à ce refus du recteur et invoque l'absence de reconnaissance de son investissement au sein du lycée Saint Louis Blanche de Castille. S'agissant du trouble dans ses conditions d'existence, il se prévaut de l'impact sur ses conditions de vie de la perte de revenus engendrée par l'exercice de son activité principale à temps partiel couplée au refus de versement de la rémunération de son activité accessoire qui l'a contraint à souscrire un prêt auprès de sa banque, ce dont il ne justifie pas. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et du trouble dans les conditions d'existence subis par le requérant en évaluant ce poste de préjudice à la somme de 1 000 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

8. M. A a droit aux intérêts de la somme due à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable le 20 mai 2020.

9. La capitalisation des intérêts a été demandée lors de l'introduction de la requête le 5 juin 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 20 mai 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat (recteur de l'académie de Créteil) est condamné à verser à M. A une somme correspondant à la rémunération des heures d'enseignement réalisées au lycée Saint Louis Blanche de Castille entre le 1er septembre 2019 et le 30 juin 2020, ainsi qu'une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 mai 2020. Les intérêts échus à la date du 20 mai 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat (recteur de l'académie de Créteil) versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B A et au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Freydefont, président,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

D. Seignat

Le président,

C. FreydefontLa greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne à la ministre de l'Education nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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