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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2004074

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2004074

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2004074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVERNEREY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2020 et le 8 mars 2021, l'association Rassemblement pour l'Etude de la Nature et l'Aménagement de Roissy et son District (RENARD), représentée par Me Vernerey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté préfectoral n° 2019/30 DCSE/PE/E daté du 18 décembre 2019, autorisant la société Enviro-Conseil-Travaux (ECT) à réaliser le projet de réaménagement de parcelles agricoles aux lieux-dits " Le Pommerot " et " La Patrouille " sur le territoire de la commune de Roissy-en-Brie, ainsi que le rejet implicite du recours gracieux déposé le

16 février 2020 contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de mettre en demeure la société ECT d'interrompre les travaux sans délai, et prendre le cas échéant, un arrêté interruptif de travaux, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de mettre en demeure la société ECT de réaménager sans délai le chemin rural sous astreinte de 100€ par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association soutient que :

- l'enquête publique s'est déroulée de manière irrégulière dès lors que l'avis d'enquête publique n'a été affiché que dans la commune de Pontault-Combault ; l'enquête publique aurait également dû se dérouler dans la commune de Pontault-Combault ; la proposition de financer le retour des champs à leur état initial par un financement de fond stratégique de la forêt et du bois n'a pas été examinée par le commissaire enquêteur ;

- le dossier de permis d'aménager est incomplet, le pétitionnaire n'ayant pas mentionné que le projet devait faire l'objet d'une dérogation au regard de l'article L. 411-2 du code de l'environnement, comme prévu par l'article R. 431-5 du code de l'environnement ;

- le dossier d'enquête est vicié dès lors que la hauteur des remblais annoncée est de

7 mètres alors que les plans de coupe montrent une hauteur pouvant aller jusqu'à 11 mètres et le dossier ne mentionne pas l'exhaussement du chemin rural ;

- l'exhaussement du chemin de la Patrouille nécessitait l'accord de la commune de Roissy-en Brie, après une enquête publique spécifique ;

- l'étude d'impact prévue par l'article L. 122-1 du code de l'environnement est insuffisante, notamment concernant les continuités écologiques, les relevés de faune et de flore, et les atteintes aux zones humides ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de qualification de la nature de l'exploitation dès lors qu'eu égard aux volumes de déchets stockés et à la présence de matière contaminée ou dangereuse portant atteinte à la santé humaine et à l'environnement, le projet relève des Installations de Stockage de Déchets Inertes (ISDI) ;

- les contrôles des ISDI prévus par l'article L.541-2 du code de l'environnement n'ont pas été réalisés ;

- une telle installation méconnait les dispositions du plan local d'urbanisme, qui interdisent une telle activité en zone Ncl ;

- l'autorisation est illégale en ce qu'elle ne comporte pas de prescriptions relatives aux exploitations de stockage de déchets, permettant de garantir que ne seront effectivement stockés dans celle-ci que des déchets devant être regardés comme ultimes en application de l'article

L. 541-2-1 du code de l'environnement ;

- les parcelles sont enclavées dès lors que le chemin rural de la Longuille est interdit depuis le 9 septembre 2020, aux poids lourds par arrêté du maire de Pontault-Combault ;

- l'arrêté préfectoral est incompatible avec le SDAGE Marne-Confluence en ce qu'il autorise le remblaiement de plusieurs zones humides, sur les parcelles n° 48, 49, 59 ;

- le remblai prévu entre la forêt Notre Dame et le bois des Berchères rompt la continuité écologique du secteur, en violation de la réglementation de la zone Ncl du plan local d'urbanisme, en interrompant le lit mineur du ru qui traverse le chemin de la Patrouille d'une part ; d'autre part, les talus font obstacle à la continuité de la trame verte en méconnaissance de l'article N1 du plan local d'urbanisme, dont il découle que dans tous les secteurs de la zone N, le remblai et l'assèchement des zones humides, les excavations ou remblais de toute nature non liés à un aménagement correspondant à une autorisation respectant la vocation de chaque zone sont interdits ; ces travaux méconnaissent également les articles L. 152-1 du code de l'urbanisme et R. 371-19 du code de l'environnement ;

- l'autorisation méconnait l'article L. 411-1 du code de l'environnement dès lors que le projet porte atteinte aux espèces présentes sur le site et aux zones humides ;

- des travaux de réalisation d'une dalle béton, de la pose d'un portail et de l'excavation des sols en méconnaissance de la réglementation de la zone Ncl du PLU et non prévus par l'autorisation ont été constatés en décembre 2020 ;

- les restes du chemin rural aménagé par la société RTR en franchissement du ru de la Lièvrerie interrompent le cours du ru.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2020, le préfet de Seine-et-Marne, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de ce que le site n'est pas accessible au poids-lourds depuis la commune de Pontault-Combault est inopérant ;

- le moyen tiré de ce que le talus constituerait un obstacle à la continuité du corridor écologique mentionné au plan local d'urbanisme est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par l'association Renard ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 13 octobre 2022, la société Enviro-Conseil-Travaux (ECT), représentée par Me Clément, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit enjoint à la régularisation de l'autorisation sur le fondement de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'association Renard sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- le moyen tiré de ce que le site n'est pas accessible aux poids-lourds depuis la commune de Pontault-Combault est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par lettre du 5 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience à compter du 26 octobre 2022

L'instruction a été close par l'envoi d'un avis d'audience le 18 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Robert, représentant l'association Renard et de Me Dufour, représentant la société ECT.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 décembre 2019, le préfet de Seine-et-Marne a délivré à la société Enviro Conseil Travaux (ECT) une autorisation environnementale pour la réalisation de parcelles agricoles aux lieux-dits " Le Pommerot " et " La Patrouille ", sur le territoire de la commune de Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne). L'association RENARD demande l'annulation de cette décision, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre l'arrêté, présenté le 16 février 2020. Elle demande également qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de prendre un arrêté interruptif de travaux, de mettre en demeure la société ECT, et d'enjoindre à cette société de réaliser certains travaux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants ". Aux termes de l'article L. 214-3 du même code : " I.- Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. / () ".

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-11 du code de l'environnement : " I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés. () / III. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête désigne le ou les lieux où cet avis doit être publié par voie d'affiches et, éventuellement, par tout autre procédé. / Pour les projets, sont au minimum désignées toutes les mairies des communes sur le territoire desquelles se situe le projet ainsi que celles dont le territoire est susceptible d'être affecté par le projet. () / Cet avis est publié quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et pendant toute la durée de celle-ci ".

4. L'association requérante soutient que la procédure est irrégulière au motif que l'avis d'enquête publique n'aurait pas été affiché dans la commune de Roissy-en-Brie. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'avis d'enquête publique a été affiché en 24 lieux différents, tant sur le territoire de la commune de Pontault-Combault que sur celui de la commune de Roissy-en-Brie. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, l'association requérante soutient que l'enquête publique ne s'est pas déroulée dans la commune de Pontault-Combault. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'enquête publique s'est déroulée sur le territoire des deux communes, le commissaire enquêteur ayant tenu deux permanences en la mairie de Pontault-Combault les 26 juin et 5 juillet 2019. Le moyen doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-15 du code l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage ". Aux termes de l'article R. 123-19 du même code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public ".

7. L'association requérante soutient que le commissaire enquêteur ne s'est pas prononcé sur la possibilité alternative de réaménagement. Toutefois, il résulte de l'instruction que le commissaire enquêteur a examiné l'ensemble des observations, qu'elles émanent des personnes publiques consultées ou du public, y compris les contributions de l'association requérante, et y a répondu de manière suffisamment circonstanciée. Le moyen doit ainsi être écarté.

8. Enfin, l'association requérante soutient que le rehaussement du chemin de la Patrouille aurait nécessité l'accord de la commune de Roissy-en-Brie, après une enquête publique spécifique. Toutefois, d'une part, le maire de la commune de Roissy-en-Brie a délivré un permis d'aménager portant notamment sur l'exhaussement du terrain. D'autre part, le projet autorisé et soumis à enquête publique prévoyait bien ce rehaussement, qui ne nécessitait pas en lui-même d'enquête spécifique. Par suite, le moyen doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne le contenu du dossier de demande :

9. En premier lieu, si l'association requérante soutient que le dossier de demande du permis d'aménager était incomplet, pour ne pas comporter la dérogation prévue à l'article

L. 411-2 du code de l'environnement, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En deuxième lieu, si, ainsi que le soutient l'association requérante, il résulte de l'instruction qu'alors que la notice précise que le remblai sera d'une hauteur totale de 7 mètres par rapport au niveau naturel, les plans versés au dossier laissent apparaître que la hauteur effective des remblais pourrait atteindre 11 mètres par endroits, ces différences ne sont que ponctuelles, justifiées par le caractère très accidenté du terrain et, en tout état de cause, les plans et la notice sont concordants sur le fait que la hauteur NGF de l'ensemble sera de 112 mètres NGF. De même, contrairement à ce que soutient l'association requérante, les plans versés au dossier de demande indiquaient que le chemin rural ferait l'objet d'un exhaussement. Par suite, le moyen tiré de ce que le contenu du dossier était insuffisant doit être écarté.

En ce qui concerne l'existence d'une activité de stockage des déchets :

11. Si l'association requérante soutient que la société ECT exploite en fait une activité de stockage de déchets dangereux et produit trois demandes d'acceptation préalables présentées à la société ECT par des sociétés de bâtiments, il ne résulte pas de l'instruction que ces déchets ne seraient pas inertes et non contaminés, et qu'ils n'auraient pas été acceptés dans le cadre de l'autorisation environnementale en litige, laquelle prévoit non le stockage mais la valorisation d'un volume de 1 060 000 m3 de déchets inertes, permettant un exhaussement des terrains avec la réalisation d'un plateau agricole de 15,4 ha à 112m NGF, et soumet d'ailleurs la société ECT à une obligation de transmission trimestrielle d'une synthèse des demandes d'acceptation préalables. Il en résulte que l'argument selon lequel le préfet n'aurait pas fait procéder à des contrôles adéquats, et les moyens tirés de ce l'activité de stockage des déchets serait interdite par les dispositions du plan local d'urbanisme ou que l'autorisation attaquée aurait dû comporter des prescriptions relatives à une telle activité, doivent être écartés.

Sur le contenu de l'étude d'impact :

12. Aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, dans sa version applicable : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : / () 3° Une description des aspects pertinents de l'état actuel de l'environnement, dénommée "scénario de référence", et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport au scénario de référence peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; () ".

13. L'association requérante soutient que l'étude d'impact est incohérente en ce qu'elle ne tient pas compte de la nécessité de maintenir la continuité écologique entre la forêt Notre-Dame et le bois des Berchères, et qu'elle est insuffisante dès lors qu'elle se fonde sur un unique relevé de faune et de flore présentes sur le terrain, qui plus est réalisé le 11 janvier 2018, en hiver, en dehors des périodes favorables aux observations. Il résulte, d'une part, de l'instruction que l'étude d'impact présente l'état général du site initial, en précisant globalement, que " cette zone d'agriculture intensive [est] fortement appauvrie par l'usage des engrais et produits sanitaires " mais nuance en relevant que " les boisements () cachent de nombreuses mares, abritant un cortège de faune et de flore riche et spécifique. () La lisière de la forêt est une voie de déplacement privilégiée pour de nombreuses espèces () Le ru de la Longuiolle présente une végétation relativement pauvre ". D'autre part, concernant la flore, l'étude d'impact précise que " les caractéristiques du site induisent une potentialité floristique très faible sur ces terrains ", dès lors que, concernant la partie Nord, elle a fait l'objet d'un remblai total ayant détruit les potentielles mares, zones humides, végétation et habitats naturels du site et que l'exploitation intensive de la partie Sud a fortement appauvri les sols, " cette partie ne présentant aucune espèce végétale spontanée/sauvage ". Concernant la faune, pour les mêmes raisons, ainsi que du fait de la présence de pylônes et lignes électriques, l'étude d'impact considère que les " potentialités faunistiques du site sont très faibles ". Cette analyse a été complétée par une investigation complémentaire sur site réalisée en septembre 2018 concluant à des enjeux faibles pour l'ensemble de la faune et de la flore présentes sur le site, que " les habitats en présence sont banals, fortement anthropisés ". S'agissant de la nécessité de maintenir une continuité écologique, elle indique que le site du projet étant actuellement dans un état dénaturé ou cultivé de manière intensive, le chantier n'entrainera pas de perte de continuités écologiques ; que le chantier n'aura aucun impact direct sur les éléments de la trame verte et bleue et, qu'au terme du chantier, l'aménagement aura un impact positif sur ces trames par la création d'une mosaïque de milieux naturels (aquatiques, humides, boisés, herbacés, buissonnants) sur le site du projet et donc la reconstitution et le renforcement des continuités écologiques locales. Elle précise que les talus du plateau agricole seront boisés pour favoriser l'insertion paysagère du projet et reconstituer des continuités écologiques, en particulier entre les massifs forestiers et boisements locaux isolés et qu'une bande herbacée d'au moins 2 m sera implantée entre les talus boisés et la zone de culture sur le plateau agricole, pour favoriser les continuités entre les milieux, notamment celle de la forêt de Notre-Dame au sud et les boisements voisins. Elle procède en outre à l'examen de la compatibilité du projet avec le schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Marne-Confluence et présente les actions entreprises par ECT pour que le projet soit conforme avec les articles du règlement du SDAGE en indiquant qu'" aucune zone humide n'est présente au droit des terrains qui seront modifiés par le projet ". Si l'association soutient que les études des zones humides ne sont pas suffisantes, il résulte de l'instruction que ces études ont été réalisées par deux bureaux d'études en environnement, et qu'une prospection de terrain réalisée le 11 octobre 2013 par les services de la direction départementale des territoires avait déjà conclu à l'absence de zone humide au sens du code de l'environnement. Dans ces conditions, l'étude d'impact présentée à l'appui de la demande d'autorisation ne présente aucune omission ou insuffisance s'agissant de l'examen des continuités écologiques ou de l'état existant de la faune et de la flore qui aurait pu nuire à l'information complète de la population ou avoir été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure à raison de l'insuffisance de l'étude d'impact doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

14. En premier lieu, l'étude d'impact n'ayant mis en évidence la présence d'aucun habitat d'espèce protégée, la décision de procéder à la reconstitution des mares à la fin du chantier, tel que prévu par le projet, ne porte pas atteinte à un tel habitat. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En deuxième lieu, si l'association requérante soutient que l'arrêté préfectoral est incompatible avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Marne-Confluence, en ce qu'il autorise le remblaiement de plusieurs zones humides, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 13 du présent jugement, que l'étude d'impact conclut à l'absence de zones humides dans le périmètre du projet. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

16. En troisième lieu, à supposer que des restes du chemin rural aménagé par la société RTR en franchissement du ru de la Lièvrerie interrompraient le cours de ce ru, cette circonstance qui résulte de l'état du terrain quo ante et n'est pas visée spécifiquement par le projet autorisé, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

17. En quatrième lieu, si l'association requérante soutient que le terrain d'assiette ne dispose pas d'un accès à la voie publique, dès lors que le chemin rural de la Longuille a été interdit, aux poids lourds de plus de 3,5 tonnes par arrêté du maire de Pontault-Combault daté du 9 septembre 2020, il résulte de l'instruction que cette interdiction est sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. En cinquième lieu, l'association requérante soutient que l'arrêté préfectoral rompt la continuité écologique du secteur entre la forêt Notre Dame et le bois des Berchères, en méconnaissance de la réglementation de la zone Ncl du plan local d'urbanisme, et que les talus font obstacle à la continuité de la trame verte en méconnaissance de l'article N1 de ce même document. Toutefois, et en tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 13 du présent jugement, le projet n'entrainera aucune rupture des continuités écologiques, voire conduira à leur renforcement. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. En dernier lieu, si l'association requérante soutient que la société ECT aurait dû obtenir la dérogation prévue à l'article L. 411-2 du même code de l'environnement aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1 du même code, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment de l'étude d'impact, que les caractéristiques du site et la nature de l'activité projetée rendaient nécessaires une telle dérogation. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'association requérante a sollicité par courrier daté du 12 juin 2020, que le préfet fasse constater sur les parcelles concernées par le projet ainsi qu'à leur proximité des anomalies découlant des travaux de réalisation d'une dalle béton, de la pose d'un portail et de l'excavation de sols. Si le préfet n'a pas donné suite à ce courrier, les éléments fournis par l'association requérante ne permettent pas de caractériser la non-conformité de tels travaux avec l'autorisation délivrée, et ne sont dès lors pas de nature à fonder une mise en demeure ou un arrêté interruptif de travaux. Par suite, les conclusions tendant à enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de mettre en demeure la société ECT, et prendre le cas échéant, un arrêté interruptif de travaux doivent être rejetées.

21. En deuxième lieu, si l'association requérante demande au tribunal d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de mettre en demeure la société ECT de réaménager sans délai le chemin rural interrompant le ru de la Lièvrerie, en tout état de cause, la seule photographie produite, prise en 2013, et les extraits d'un courrier du préfet du 27 novembre 2013 adressé à la société prédécesseur ne sont pas de nature à fonder de telles conclusions.

Sur les frais d'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande l'association Renard au titre des frais liés à l'instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Renard la somme de 1 000 euros à verser à la société ECT.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Renard est rejetée.

Article 2 : L'association Renard versera à la société ECT la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Renard, au préfet de Seine-et-Marne et à la société Enviro-Conseil-Travaux.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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