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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2004247

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2004247

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2004247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantN'DIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2020, Mme B A, représentée par Me N'Diaye, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 mars 2020 par laquelle la sous-préfète de L'Haÿ-les-Roses a décidé d'octroyer le concours de la force publique en vue de son expulsion locative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale en raison du caractère frauduleux de la procédure suivie devant le tribunal d'instance de Villejuif pour obtenir un titre exécutoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle habite avec sa fille de vingt ans et qu'elle est bénéficiaire d'une carte de priorité pour personne handicapée à la suite d'une maladie professionnelle.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 6 septembre 2021, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 29 octobre 2021 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 7 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 28 août 2019, le tribunal d'instance de Villejuif a notamment débouté la requérante de sa demande de requalification de la convention d'occupation précaire du 28 juillet 1999 en bail et de sa demande de régularisation d'un contrat de bail conforme aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, constaté qu'elle est occupante sans droit ni titre du logement situé 300 avenue de Stalingrad à Chevilly-Larue depuis le 23 juin 2017, l'Association pour le développement des foyers ayant valablement résilié la convention précaire, et dit qu'à défaut pour la requérante d'avoir libéré les lieux loués, deux mois après la notification au préfet du commandement d'avoir à quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l'assistance de la force publique si besoin est. Par une décision du 12 mars 2020, la sous-préfète de L'Haÿ-les-Roses a décidé d'octroyer le concours de la force publique, à partir du 2 avril 2020, concernant son expulsion locative. Par la présente instance, la requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 322-13 du code des procédures civiles d'exécution : " Le jugement d'adjudication constitue un titre d'expulsion à l'encontre du saisi ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " Sauf disposition spéciale, l'expulsion d'un immeuble ou d'un lieu habité ne peut être poursuivie qu'en vertu d'une décision de justice ou d'un procès-verbal de conciliation exécutoire et après signification d'un commandement d'avoir à libérer les locaux ". Aux termes de l'article L. 153-1 du même code : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation. " Enfin, aux termes de l'article R. 121-21 de ce code : " Le délai d'appel et l'appel lui-même n'ont pas d'effet suspensif ".

3. En application des dispositions de la loi n° 91-650 du 9 juillet 1991, reprises au code des procédures civiles d'exécution, l'État ne peut légalement accorder le concours de la force publique que pour l'exécution d'une décision de justice ayant force exécutoire. Lorsqu'un jugement constatant l'inexécution par l'occupant d'un local des obligations résultant du bail suspend la clause résolutoire en prévoyant qu'elle reprendra effet de plein droit à défaut de paiement de certaines sommes à certaines dates et que l'occupant pourra alors être expulsé, le représentant de l'État saisi d'une demande de concours de la force publique doit s'assurer, au vu notamment des indications circonstanciées qu'il appartient à l'huissier de justice de lui fournir, que ce jugement est devenu exécutoire en tant qu'il autorise l'expulsion.

4. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 28 août 2019, dont le caractère exécutoire n'est pas contesté, le tribunal d'instance de Villejuif a notamment débouté la requérante de sa demande de requalification de la convention d'occupation précaire du 28 juillet 1999 en bail et de sa demande de régularisation d'un contrat de bail conforme aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, constaté qu'elle est occupante sans droit ni titre du logement situé 300 avenue de Stalingrad à Chevilly-Larue depuis le 23 juin 2017, l'Association pour le développement des foyers ayant valablement résilié la convention précaire, et dit qu'à défaut pour la requérante d'avoir libéré les lieux loués, deux mois après la notification au préfet du commandement d'avoir à quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l'assistance de la force publique si besoin est. Contrairement à ce que soutient la requérante, avant d'octroyer le concours de la force publique le représentant de l'État dans le département s'assure du caractère exécutoire du jugement et qu'un commandement de quitter les lieux a été émis. Ainsi, la circonstance, à la supposer établie, que ce jugement ait été obtenu par fraude est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

5. En second lieu, toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion - telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine - peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonnée, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. La requérante fait état de ce qu'elle est titulaire d'une carte " priorité pour personne handicapée " valable du 29 août 2016 au 5 décembre 2021 et qu'elle vit avec sa fille, étudiante. Dans ces conditions, la seule invocation d'une situation sociale difficile et de l'attente d'un relogement ne permet pas de regarder la décision du 12 mars 2020 par laquelle la sous-préfète de L'Haÿ-les-Roses a accordé le concours de la force publique comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen soulevé en ce sens par la requérante doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision du 12 mars 2020 par laquelle la sous-préfète de L'Haÿ-les-Roses a octroyé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion locative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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