LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2004554

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2004554

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2004554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2020, M. C A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 31 mars 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu à son encontre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'aurait déclaré en fuite ;

4°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne aurait refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

5°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de juin 2020 dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les décisions du préfet de Seine-et-Marne le plaçant en fuite et refusant d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation en fait ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 9 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, en l'absence de justificatif par le préfet de l'information des autorités croates de la prolongation de son délai de transfert ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne s'est pas soustrait délibérément à l'exécution de son transfert vers la Croatie et n'a pu, par suite, être placé en fuite, de sorte que le délai de son transfert est expiré.

Sur la décision de l'Office français de l'immigration de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, d'une part à défaut pour l'Office de justifier de la réalisation d'un entretien personnel ayant permis d'évaluer sa vulnérabilité, d'autre part à défaut pour l'Office de justifier du respect de la procédure contradictoire préalable ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, en l'absence de preuve par l'Office qu'il n'a pas respecté son obligation de présentation aux autorités ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2022, le préfet de Seine-et-Marne, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le placement en fuite de M. C étant justifié, les moyens soulevés sont infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la déclaration de fuite ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;

- les autres moyens soulevés par M. C A, qui a légalement été placé en fuite, ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par un courrier du 30 août 2022, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la mesure de placement en fuite de M. A le 4 mars 2020 en ce que la mesure en cause ne constitue pas une décision administrative susceptible de recours pour excès de pouvoir mais résulte d'un constat d'une circonstance de fait de nature à prolonger du délai de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par le même courrier du 30 août 2022, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne aurait refusé d'enregistrer la demande d'asile en procédure normale de M. A, en l'absence d'éléments, notamment une demande de sa part, permettant d'établir l'existence d'une telle décision.

Par ordonnance du 7 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 29 mars 2022 à 12 h 00.

M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juillet 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2004547 du 10 juillet 2020 du tribunal administratif de Melun ;

- la décision du Conseil d'Etat n° 428530 et 428564 du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, A.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant pakistanais né le 2 octobre 1996, a sollicité l'asile en France le 13 septembre 2019, s'est vu délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure " Dublin " et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 14 octobre 2019, son transfert aux autorités croates ainsi que son assignation à résidence ont été prononcés. Par un arrêté du 3 mars 2020, il a été placé en rétention administrative. Un routing lui a été délivré pour un vol à destination de la Croatie prévu le 4 mars 2020. M. C A soutient que le préfet de Seine-et-Marne l'a ensuite placé en fuite puis a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, décisions dont il demande l'annulation. Par ailleurs, le 12 juin 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié une décision, datée du 31 mars 2020, prononçant la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dont il demande également l'annulation.

Sur la recevabilité :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la mesure le plaçant en fuite :

2. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, dans sa version applicable au litige : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

3. II résulte des dispositions citées au point 1 du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

4. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'Etat membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours.

5. Dans ces conditions, le placement en fuite de M. A ne procède que d'un constat et constitue un motif de prolongation de son délai de transfert aux autorités croates et, par suite, ne révèle pas l'existence d'une décision distincte de celle prévoyant son transfert. Par conséquent, son placement en fuite ne constitue pas une décision susceptible de recours et les conclusions présentées par M. A tendant à son annulation sont irrecevables. La fin de non-recevoir opposée par l'OFII doit ainsi être accueillie.

En ce concerne les conclusions dirigées contre le refus d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale :

6. Si M. A fait valoir le refus opposé par le préfet de Seine-et-Marne à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, il ne produit à l'appui de ses allégations aucun commencement de preuve de l'existence d'une telle décision, fût-elle verbale. Il ne verse aux débats qu'un récépissé portant renouvellement de son attestation de demandeur d'asile en procédure " Dublin " daté du 13 février 2020, soit dans le respect du délai initial de de son transfert de six mois et antérieurement à son placement en fuite, dont il ressort des pièces du dossier qu'il a été constaté le 4 mars 2020, lequel ne peut donc caractériser un refus d'enregistrement de sa demande en procédure normale de la part du préfet, notamment sur le fondement allégué de la prolongation de son délai de transfert en raison de son placement en fuite. Dans ces conditions, en l'absence d'élément établissant l'existence matérielle d'une telle décision, celle-ci doit être regardée comme étant inexistante et les conclusions tendant à son annulation sont, ainsi, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte l'ensemble des considérations de fait qui la fondent, notamment l'acceptation par le requérant du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 13 septembre 2019, la notification du courrier du 5 mars 2020 relatif à l'intention de l'OFII d'en suspendre le bénéfice, le motif de la suspension ainsi que l'absence de facteur particulier de vulnérabilité de M. A. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation en fait dont serait entachée la décision doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

10. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'État responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". L'article L. 744-1 du même code, également dans sa version modifiée par la loi du 10 septembre 2018 susvisée, dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile " () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du même code, également dans sa version modifiée par la loi du 10 septembre 2018 susvisée : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. (). Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ". L'article L. 744-8 du même code dispose, également dans sa version modifiée par la loi du 10 septembre 2018 susvisée, que " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ".

11. Dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530 et 428564, le Conseil d'Etat a jugé que dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

12. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".

13. D'une part, si M. A invoque l'absence d'entretien préalable, à l'initiative de l'OFII, pour apprécier sa situation de vulnérabilité avant de prendre la décision attaquée, il ne résulte d'aucune disposition précitée que l'OFII était tenu d'organiser un tel entretien avant de prononcer la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Des dispositions précitées il ne résulte qu'une obligation pour l'OFII de procéder à une évaluation de sa vulnérabilité à la date de la décision qu'elle prend, laquelle a, ainsi qu'il ressort des mentions portées sur la décision attaquée et des écritures de l'OFII, en tout état de cause, été réalisée. Par conséquent, le moyen invoqué est inopérant et ne peut qu'être écarté.

14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a adressé le 9 mars 2020 le courrier daté du 4 mars 2020 portant intention de suspension des conditions matérielles d'accueil, accordant à M. A un délai de quinze jours pour faire valoir ses observations, et fournit aux débats le justificatif de La Poste faisant état de la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, l'OFII a mis M. A en mesure de présenter ses observations, lequel ne conteste pas, au surplus, ne pas s'être présenté pour retirer le pli recommandé du courrier du 4 mars 2020. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance par l'OFII du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.

15. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour suspendre à l'encontre de M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil s'est fondée sur le motif tiré de ce que celui-ci n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. Si M. A conteste s'être soustrait à l'exécution de son transfert, le 4 mars 2020, en faisant valoir que son vol à destination de la Croatie a été annulé en raison de la pandémie de Covid-19, d'une part il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations, lesquelles sont, d'autre part, contredites par le procès-verbal dressé le 4 mars 2020 par les agents de police judiciaire de l'aéroport de Roissy, duquel il ressort que M. A a catégoriquement refusé d'embarquer à destination de la Croatie. M. A ne conteste pas les mentions de ce procès-verbal, ni davantage la mention, écrite par lui-même, sur le courrier du 21 janvier 2020 par lequel l'OFII l'informait de son prochain transfert vers la Croatie, indiquant son refus d'y retourner. Dans ces conditions, alors que la charge de la preuve lui incombe, M. A ne remet pas en cause sérieusement son refus délibéré et intentionnel opposé à l'exécution de son transfert vers la Croatie et, par suite, son placement en fuite. Par conséquent, la décision attaquée n'est entachée d'aucune inexactitude matérielle des faits qui la fondent, de sorte que le moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, M. A fait valoir sa situation de vulnérabilité, constituée notamment par son état de santé, il ne fournit à l'appui de ses allégations que deux certificats médicaux attestant d'une fracture à la jambe gauche en 2018 et de difficultés liées à la marche. D'une part il n'établit ni même n'allègue en avoir informé l'OFII préalablement à l'édiction de la décision attaquée, laquelle n'est, ainsi, entaché d'aucun défaut d'examen de sa situation. D'autre part, les éléments médicaux fournis sont insuffisants pour révéler une situation de vulnérabilité particulière. Dès lors, en suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée sur la situation de M. A.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Jaslet.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de Seine-et-Marne en ce qui les concernent et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions