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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005135

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005135

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2020, M. B, représenté par Me Natacha Faveau Ivanocic, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 16 janvier 2020 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement les allocations dues à compter du 16 janvier 2020 dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut, d'enjoindre l'OFII à réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Faveau Ivanocic, avocate de M. B, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'un défaut d'information et d'une violation de l'article 5 de la directive n° 2013/33 UE ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juillet 2022.

Vu

- l'ordonnance du juge des référés n° 2005114 du 24 juillet 2020

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 nos 428530, 428564 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Potin, conseillère, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 21 décembre 1997 à Troula (Mali), a déposé une demande d'asile à la préfecture de l'Essonne le 27 mars 2019. Le même jour, une offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil lui a été proposée, qu'il a acceptée. A compter du 2 avril 2019, il a été hébergé à Ormoy (Essonne) puis à Champcueil (Essonne) à compter du 13 septembre 2019. Début décembre 2019, M. B s'est absenté de son lieu d'hébergement plusieurs jours sans prévenir et sans demander d'autorisation. Le 12 décembre 2019, le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile au motif de cette absence non justifiée pendant plus de sept jours et l'a invité à présenter des explications. Par une décision du 16 janvier 2020, le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle

2. Par une décision du 15 juillet 2020, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc plus lieu de faire droit à ses conclusions tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur le cadre juridique applicable :

3. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement () / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de () ou de quitter le lieu d'hébergement proposé () entraîne de plein droit () le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ". Aux termes du II de l'article L. 744-9 du même code alors en vigueur : " Pour l'application du quatrième alinéa de l'article L. 744-7, un demandeur d'asile est considéré comme ayant quitté son lieu d'hébergement s'il s'en absente plus d'une semaine sans justification valable. / Dans ce cas, le gestionnaire du lieu en informe sans délai, en application de l'article L. 744-4, l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui met fin aux conditions matérielles d'accueil. ".

4. D'une part, dans sa décision du 31 juillet 2019 Association La Cimade et autres, nos 428530, 428564 visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que M. B a été admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil après le 1er janvier 2019, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Dans l'attente de leur modification législative, il reste néanmoins possible à l'OFII, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. D'autre part, l'incompatibilité des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, implique que les demandeurs d'asile ayant été privés du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en vertu d'une décision, prise après le 1er janvier 2019, y mettant fin dans un cas mentionné à l'article L. 744-7 puissent demander le rétablissement de ce bénéfice. Il appartient alors à l'OFII de statuer sur une telle demande de rétablissement en appréciant la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions en annulation

6. Premièrement, la décision suspendant au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019. Elle expose les motifs ayant justifié son adoption, notamment l'abandon du lieu d'hébergement pendant plus de sept jours et l'absence de situation de vulnérabilité. Dès lors, elles comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. Deuxièmement, s'il résulte de l'article 20 de la directive 2013/13/UE que s'il est possible de retirer les conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile et que ce retrait ne peut intervenir notamment qu'après examen de la situation particulière de la personne, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le directeur territorial aurait procédé à un retrait des conditions matérielles d'accueil, ni, en tout état de cause, qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision attaquée.

8. Troisièmement, M. B ne saurait utilement soutenir qu'il n'a pas bénéficié dans une langue qu'il comprend de l'information prévue à l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ressort des pièces du dossier et notamment de l'offre de prise en charge du 27 mars 2019 signée par M. B que ce dernier a reconnu avoir reçu dans une langue qu'il comprend lesdites informations. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. Quatrièmement, le requérant ne conteste pas l'affirmation retenue dans la décision attaquée selon laquelle il s'est absenté de son lieu de résidence pendant plusieurs jours au cours du mois de décembre 2019. S'il soutient qu'il a dû se rendre à Paris pour aider un ami malade et qu'il est resté sur place du fait des difficultés à circuler qui résultait de la grève de transport pendant la période en cause, il n'assortit son affirmation d'aucun élément de preuve de nature à l'étayer et n'a pas informé la direction de l'établissement de la situation. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions précitées que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de suspendre le versement des conditions matérielles d'accueil de M. B, et le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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