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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005207

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005207

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005207
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2020, Mme A C épouse B, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2020 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 5 novembre 2019 lui refusant le bénéfice du regroupement familial au profit de son conjoint ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de son conjoint, sous astreinte, à l'expiration du délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C épouse B soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Val-de-Marne, rendu destinataire de la requête, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, ressortissante marocaine née le 6 avril 1983 à Khouribga (Maroc), a sollicité le 19 mars 2018 le regroupement familial au bénéfice de son conjoint. Par une décision du 5 novembre 2019, le préfet du Val-de-Marne a rejeté sa demande au motif que l'intéressée ne justifiait pas de ressources suffisantes sur la période de référence. Mme C épouse B a formé un recours gracieux le 20 décembre 2019, rejeté par décision expresse du 20 avril 2020. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. En l'espèce, la requérante a formé le 20 décembre 2019 un recours gracieux contre la décision du 5 novembre 2019 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son époux. Ce recours administratif a été rejeté par décision expresse du 20 avril 2020. Par suite, les conclusions de sa requête tendant à l'annulation de la décision de rejet de son recours gracieux doivent être regardées comme dirigées contre la décision initiale du 5 novembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. D'une part, la décision du 5 novembre 2019 refusant à la requérante le bénéfice du regroupement familial au profit de son conjoint comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 3 que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de rejet du recours gracieux de Mme C épouse B, en tant qu'il est relatif à un vice propre à ce recours administratif, ne peut utilement contesté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. () ". Aux termes de l'article R. 411-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à () - cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ". Aux termes de l'article R. 421-4 du même code : " A l'appui de sa demande de regroupement, le ressortissant étranger présente () les copies () des pièces suivantes : () 3° Les justificatifs des ressources du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, tel que le contrat de travail dont il est titulaire ou, à défaut, une attestation d'activité de son employeur, les bulletins de paie afférents à la période des douze mois précédant le dépôt de sa demande, ainsi que le dernier avis d'imposition sur le revenu en sa possession, dès lors que sa durée de présence en France lui permet de produire un tel document, et sa dernière déclaration de revenus. La preuve des revenus non salariaux est établie par tous moyens () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant des ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période, même s'il est toujours possible, pour le préfet, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

8. La requérante allègue sans l'établir que le préfet du Val-de-Marne, qui a retenu un revenu mensuel moyen de 771 euros sur la période de douze mois considérée, aurait inexactement apprécié ses ressources et que ses revenus globaux étaient largement supérieurs au SMIC et constituaient des ressources suffisantes au sens des dispositions mentionnées au point 6. En outre, et en tout état de cause, elle ne peut utilement se prévaloir des trois bulletins de salaire des mois de septembre à novembre 2021 qu'elle produit qui sont postérieurs à la décision attaquée dont la légalité s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant à Mme C épouse B le bénéfice du regroupement familial au profit de son époux doivent être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme C épouse B doit être rejetée, y compris par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Benoist Guével, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

S. Norval-GrivetLe président,

B. Guével

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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