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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005266

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005266

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantLESAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2020, M. B A, représenté par Me Lesage, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mai 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger son permis de conduire sénégalais contre un titre français ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'échange de son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 540 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de la mise en œuvre d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le droit applicable s'apprécie au jour de la demande ;

- elle manque de base légale dès lors que la décision contestée est fondée sur l'absence d'accord de réciprocité entre la France et le Sénégal et qu'aucun texte règlementaire ou légal n'établit la liste des pays avec lesquels la France pratique la procédure d'échange des permis de conduire ;

- il a été porté atteinte au principe de la sécurité juridique eu égard au délai anormalement long de l'instruction de sa demande par l'administration ;

- elle porte atteinte au principe de protection des attentes légitimes constitutionnellement garanti par l'article 16 de de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- il a été porté atteinte au principe de non-discrimination conventionnellement garanti prévu à l'article 2 du traité de l'union européenne compte tenu du délai anormalement long de l'instruction de sa demande ;

- elle méconnaît le principe d'égalité devant le service public garanti par l'article 8 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dès lors qu'il existe une discrimination, entre les demandeurs, en fonction du pays de provenance du permis de conduire dont l'échange est demandé ;

- elle méconnaît le principe d'égalité devant la loi compte tenu du délai anormalement long de l'instruction de sa demande alors qu'il remplissait le jour du dépôt de sa demande les conditions pour obtenir l'échange de son permis de conduire.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente du tribunal a désigné M. L'hirondel, vice-président, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'hirondel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de dépôt de permis de conduire, que M. B A, ressortissant sénégalais, a sollicité le 21 janvier 2019 l'échange de son permis de conduire délivré le 14 mars 2011 par les autorités sénégalaises contre un permis de conduire français. Par une décision du 15 mai 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

En premier lieu, M. A soutient que la décision contestée est dépourvue de base légale dès lors qu'aucun texte n'établit la liste des Etats avec lesquels la France procède à l'échange des permis de conduire.

2. Il ressort toutefois des termes de la décision contestée qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route, aux termes desquelles : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ", ainsi que sur l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, pris pour l'application des dispositions précitées, aux termes duquel : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. - Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange () ".

3. S'il est exact qu'aucun texte n'établit la liste des Etats avec lesquels la France procède à l'échange des permis de conduire, dès lors que la circulaire du 22 septembre 2006 du ministre des transports, qui comportait une telle liste, doit être regardée comme abrogée, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à priver de base légale la décision contestée. Pour déterminer si un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen est susceptible d'être échangé contre un permis français, il y a seulement lieu de vérifier si, conformément aux dispositions citées ci-dessus du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, cet Etat est lié à la France par un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée manquerait de base légale ne peut être qu'écarté.

4. En deuxième lieu, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions précitées.

5. Par ailleurs, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur de droit en considérant que l'absence d'accord de réciprocité entre la France et le Sénégal, en vigueur à la date à laquelle il s'est prononcé sur la demande de M. A, faisait obstacle à ce qu'il soit procédé à l'échange du permis de conduire de l'intéressé. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel accord existait à la date du dépôt de la demande de l'intéressé.

6. En dernier lieu, en l'absence d'accord de réciprocité entre la France et le Sénégal, le préfet de la Loire-Atlantique, qui se trouvait en situation de compétence liée en application des dispositions du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, était tenu de refuser de procéder à l'échange de permis de conduire sollicité par M. A, ainsi que cela ressort des termes de la décision contestée. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure, de l'insuffisance de motivation, ainsi que de la méconnaissance des principes de sécurité juridique, de protection des attentes légitimes, de non-discrimination, et d'égalité devant le service public et devant la loi, doivent être écartés comme inopérants.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du 15 mai 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé l'échange de son permis de conduire sénégalais contre un permis français doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire-Atlantique.

Copie en sera adressée pour son information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

M. L'HIRONDELLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2005266

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