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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005269

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005269

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantRICHER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juillet 2020 et 14 avril 2022, Mme B C, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2020 par laquelle la maire de Limeil-Brévannes n'a pas renouvelé son contrat à durée déterminée, à compter du 30 juin 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Limeil-Brévannes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît le principe de non-discrimination en raison de l'état de santé, de l'exercice de fonctions syndicales et de l'état de grossesse ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir, en ce qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2021 et 13 mai 2022, la commune de Limeil-Brévannes, représentée par Me Richer, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été reportée au 16 juin 2022 à 12 h 00.

Par un courrier du 27 octobre 2022, et en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de la compétence liée de la maire de Limeil-Brévannes de ne pas renouveler, par la décision attaquée, le contrat à durée déterminée de Mme C, dès lors que ce contrat, conclu sur le fondement de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, ne pouvait légalement être renouvelé qu'une fois, dans la limite d'une durée totale maximale de deux ans.

En réponse à ce courrier, un mémoire a été enregistré pour Mme C le 16 novembre 2022 et n'a pas été communiqué, en application des dispositions de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme C, et celles de Me Brard, représentant la commune de Limeil-Brévannes.

Une note en délibéré présentée pour Mme C a été enregistrée le 23 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, après avoir exercé les fonctions d'agent d'animation horaire vacataire depuis le 21 septembre 2009 auprès de la commune de Limeil-Brévannes, a été engagée en qualité d'adjointe d'animation de 2ème classe non titulaire à temps complet, à compter du 1er janvier 2015, sous couvert de contrats à durée déterminée, renouvelés jusqu'au 31 décembre 2019. Le 29 août 2019, la maire de Limeil-Brévannes a refusé sa mise en stage. Par une décision de cette autorité du 28 octobre 2019, son contrat a été reconduit du 1er janvier au 31 mars 2020, puis, par une décision du 18 février 2020, du 1er avril au 30 juin 2020. Par une décision du 25 mars 2020, dont Mme C demande l'annulation, la maire n'a pas renouvelé son dernier contrat à durée déterminée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut toutefois légalement décider, au terme de ce contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service ou pris en considération de la personne et ne révélant notamment ni inexactitude matérielle des faits, ni erreur manifeste d'appréciation. Le motif tiré de l'intérêt du service s'apprécie au regard notamment des besoins du service.

3. La commune de Limeil-Brévannes soutient que la décision attaquée est fondée sur l'intérêt du service, caractérisé par l'évolution des besoins de la collectivité, tenant d'une part à la rationalisation de ses effectifs, notamment dans le secteur de l'animation, et d'autre part à la réorganisation de ses services au premier semestre 2020, justifiant le défaut de renouvellement des contrats à durée déterminée arrivant à échéance signés dans le secteur de l'animation, au regard notamment de la baisse du nombre d'heures réalisées. A l'appui de ses allégations, la commune fournit un compte-rendu du comité technique du 25 novembre 2020, soit postérieur à la décision attaquée, lequel ne fait état que de la nécessaire réorganisation du temps de travail des agents d'animation de la collectivité, dès le mois de janvier 2020, ainsi que de l'importance de la modification de l'organigramme du service des affaires scolaires et du périscolaire. A cet égard, et alors même que sont relevées, dans ce même compte-rendu, des difficultés tenant notamment à la multiplication des profils des agents d'animation, si la commune établit avoir engagé en 2020 une démarche de réorganisation de ses services, notamment dans le secteur de l'animation, il ne ressort pas des pièces du dossier la démarche alléguée de la rationalisation de ses effectifs justifiait la réduction du nombre d'agents non titulaires exerçant dans ce domaine et ainsi de l'intérêt du service susceptible de fonder légalement la mesure en cause. En outre, le contexte national présidant au premier trimestre 2020, invoqué, alors que la décision attaquée a été prise le 25 mars, ne peut davantage justifier de cet intérêt. Par conséquent, en refusant de renouveler le contrat à durée déterminée de la requérante, la maire s'est fondée sur des considérations étrangères à l'intérêt du service et a, par suite, entaché la décision attaquée d'illégalité.

4. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision de la maire de Limeil-Brévannes du 25 mars 2020.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Limeil-Brévannes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Limeil-Brévannes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la maire de Limeil-Brévannes du 25 mars 2020 est annulée.

Article 2 : La commune de Limeil-Brévannes versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Limeil-Brévannes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Limeil-Brévannes.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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