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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005375

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005375

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDUNIKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2020, Mme A C, représentée par Me Dunikowski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle réside en France depuis l'année 2012 et justifie d'une activité professionnelle déclarée depuis le mois de mars 2018 ; elle remplit l'ensemble des critères définis par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle justifie être titulaire d'un passeport en cours de validité.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2021, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dunikowski, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ukrainienne née le 14 juillet 1969 à Lytiachi (Ukraine) et " entrée en France le 16 février 2012 de manière irrégulière " selon ses déclarations, a sollicité, le 9 mai 2019, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 24 juin 2020, dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article

L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-2. / () ".

3. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 dudit code, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle, dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Mme C soutient que le préfet du Val-de-Marne a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle se prévaut d'une présence, sur le territoire français, depuis le 16 février 2012, date à laquelle elle aurait quitté l'Ukraine, ainsi que d'une insertion professionnelle depuis le mois de mars 2018.

5. D'une part, pour justifier sa présence habituelle en France, la requérante soutient qu'elle y réside continument depuis le 16 février 2012, date à laquelle elle y est entrée sous couvert d'un visa Schengen délivré par les autorités polonaises. Toutefois, si l'intéressée produit la copie de son passeport, en cours de validité au moment de sa demande, ainsi que la copie d'un visa Schengen de type C valable du 15 février au 24 février 2012, délivré par les autorités polonaises, son passeport comporte seulement un tampon d'entrée, à la date du 16 février 2012, sur le territoire hongrois, à Beregsurany. La requérante ne peut donc établir la date à laquelle elle est entrée en France ni la régularité de son séjour sur le territoire français. Les pièces qu'elle a produites, constituées essentiellement de documents de nature médicale, tels que des ordonnances, des comptes-rendus d'analyses biologiques, des cartes individuelles d'admission à l'aide médicale d'Etat et des courriers de l'assurance maladie s'y rapportant, ainsi que des courriers émanant de l'agence Solidarité transport Ile-de-France, des attestations de domiciliation administrative dont la qualité du signataire n'est pas précisée et des avis d'impôt sur le revenu des années 2016 et 2017 établis le 26 avril 2019, ne sont pas suffisamment pertinentes pour justifier, notamment, sur la période 2013-2018, de l'effectivité de sa présence en France alors, au demeurant, qu'elle ne justifie d'aucune ressource ou d'une insertion particulière sur cette période. En revanche, pour la période postérieure, la requérante produit, en plus de quelques pièces de nature médicale, des relevés d'un livret A ouvert à La Banque Postale sur lequel est versée la rémunération qu'elle retire de son emploi d'employée familiale auprès d'un employeur particulier, son contrat de travail signé le 1er mars 2018, les bulletins de salaires établis par le centre national Cesu - Urssaf et son avis d'impôt sur le revenu de l'année 2018. Si ces dernières pièces démontrent un séjour continu en France depuis 2018, cette circonstance n'est, toutefois, pas suffisante pour répondre à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'autre part, pour établir son intégration par le travail, la requérante soutient qu'elle travaille en qualité d'employée familiale auprès d'un employeur particulier, qu'elle a signé un contrat à durée indéterminée le 1er mars 2018, qu'elle produit, ainsi que ses bulletins de paie, et qu'elle donne satisfaction dans son travail. Toutefois, ces seules circonstances alors, au demeurant, que son contrat de travail est relativement récent à la date de l'arrêté contesté, ne sont pas suffisantes pour caractériser un motif humanitaire ou une circonstance exceptionnelle d'admission au séjour au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la requérante ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 prises pour l'application de cet article L. 313-14 dès lors que cette circulaire se borne à énoncer des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de Mme C ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Mme C soutient qu'elle est mère de deux enfants majeurs qui résident régulièrement en France, que son époux est décédé le 18 décembre 2016, qu'elle n'a plus d'attaches en Ukraine et que tous ses liens familiaux se trouvent désormais en France. Toutefois, la requérante n'apporte aucun document de nature à justifier que les personnes qu'elle présente comme ses filles sont bien ses enfants. En outre, la circonstance que son époux est décédé en Ukraine à la fin de l'année 2016 n'est pas suffisante pour établir qu'elle est dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas qu'eu égard à la durée et aux conditions de son séjour sur le territoire, telles qu'elles viennent d'être rappelées aux points 5. et 6. du présent jugement, le préfet du Val-de-Marne, en prenant l'arrêté critiqué, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il ne peut donc être reproché au préfet du Val-de-Marne d'avoir méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En troisième et dernier lieu, à supposer que Mme C ait entendu soutenir que le préfet du Val-de-Marne a entaché son arrêté d'erreur de fait motif pris de ce qu'elle est titulaire d'un passeport en cours de validité, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs qu'il a retenus.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qu'elle a présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du

Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Delmas, premier conseiller,

Mme Réchard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2005375

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