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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005388

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005388

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantMARMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2020, M. C A, représenté par Me Marmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2020 en tant que le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte, et, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable.

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut pour le préfet du

Val-de-Marne d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est, à tout le moins, entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

5 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 21 octobre 1990 à Bejaia (Algérie), entré en France le 13 mars 2015 selon ses déclarations, a, le 13 mai 2019, sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 24 juin 2020, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces versées au dossier que M. A est le père d'une petite fille, née sur le territoire français, le 1er septembre 2019, de sa relation avec Mme B D, née

le 12 octobre 1994, en France, et qu'il a reconnue le 12 mars 2019. L'enfant du requérant a donc acquis, en vertu des dispositions de l'article 19-3 du code civil, la nationalité française sauf à vouloir, ainsi que les dispositions de l'article 19-4 du même code lui en laissent la faculté, renoncer à cette dernière dans les six mois précédant sa majorité qui interviendra en 2037 ou dans les douze mois la suivant. S'il ressort des pièces versées au dossier que le requérant est séparé de la mère de son enfant, ainsi qu'il l'indique lui-même, il n'est pas contesté par le préfet du Val-de-Marne, qui n'a produit aucune observation à la requête qui lui a été communiquée, que M. A a l'autorité parentale sur son enfant. Cette circonstance, alors au demeurant que le requérant tente d'apporter quelques éléments pour démontrer son investissement en sa qualité de père auprès de sa fille, est suffisante pour que le requérant soit admis de plein de droit au séjour sur le fondement des stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien qui prévoient que le certificat de résidence est délivré de plein droit " au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ". Dans ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir que le préfet du Val-de-Marne a entaché sa décision portant refus de séjour d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

3. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2020 en tant que le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et par voie de conséquence, en tant que le préfet du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de M. A, que la préfète du Val-de-Marne ou tout autre préfet territorialement compétent délivre à celui-ci un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui a la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 juin 2020 en tant que le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer à M. A une carte de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Delmas, premier conseiller,

Mme Réchard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

S. E

L'assesseur le plus ancien,

S. DELMASLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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