jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2005452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GERPHAGNON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 21 juillet 2020, le 16 juillet 2021 et le
19 novembre 2021, l'association Mouvement Associatif de Résistance aux Nuisances Environnementales (M.A.R.N.E), représentée par Me Gerphagnon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2020/19 UD-77-DRIEE du 20 mars 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a autorisé la société Terzeo à déroger à l'interdiction d'atteinte aux espèces protégées dans le cadre de son projet industriel sur les anciens bassins de la sucrerie CFS sur les communes de Villenoy et Isles-les-Villenoy dans le département de Seine-et-Marne ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'association MARNE soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché par l'insuffisance du dossier de demande de dérogation, compte tenu de l'ancienneté des données du dossier, de l'incomplétude de l'analyse des enjeux et du diagnostic des espèces ; cette insuffisance a faussé les analyses menées et, partant, la définition des mesures consistant à éviter, réduire et compenser les atteintes aux espèces protégées, dites "ERC";
- il est entaché d'incompétence dès lors qu'en application de l'article R. 411-8 du code de l'environnement, la compétence pour accorder des dérogations à l'interdiction d'atteinte aux espèces protégées est réservée au ministre chargé de la protection de la nature " lorsqu'elles concernent des animaux appartenant à une espèce de vertébrés protégée au titre de l'article
L. 411-1, menacée d'extinction en France en raison de la faiblesse, observée ou prévisible, de ses effectifs et dont l'aire de répartition excède le territoire d'un département " ;
- il méconnaît l'article L. 411-2 du code de l'environnement en ce qu'il n'est pas démontré une raison impérative d'intérêt public majeur, en ce qu'il n'est pas démontré l'absence d'autres solutions satisfaisantes, et en ce que la dérogation octroyée porte atteinte au maintien des espèces concernées.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 octobre 2020 et le 6 novembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Le préfet de Seine-et-Marne soutient que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 26 janvier 2021 et le 18 octobre 2021, la société Terzeo, représentée par Me Moustardier, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2500 euros soit mise à la charge de l'association MARNE au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Terzeo soutient que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 19 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 novembre 2021.
Un mémoire, présenté par la société Terzeo, a été enregistré le 22 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 ;
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 9 juillet 1999 fixant la liste des espèces de vertébrés protégées menacées d'extinction en France et dont l'aire de répartition excède le territoire d'un département ;
- l'arrêté du 19 février 2007 fixant les conditions de demande et d'instruction des dérogations définies au 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement portant sur des espèces de faune et de flore sauvages protégées ;
- l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dumas,
- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public,
- les observations de Me Gerphagnon, représentant l'association MARNE, ainsi que celles de Me Moustardier, représentant la société Terzeo.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 11 février 2019, la préfète de Seine-et-Marne a autorisé la société Terzeo à exploiter sur les communes de Villenoy et d'Isles-lès-Villenoy aux lieux-dits
" La Barricade ", " Les Longues Raies ", et " Le Bois de l'Epinette ", une plateforme de tri et de valorisation de terres issues de chantiers du bâtiment et des travaux publics (BTP) associée à une installation de stockage interne de mono-déchets dangereux. Par un courrier en date du
11 avril 2019, l'association Mouvement Associatif de Résistance aux Nuisances Environnementales (MARNE) a formé un recours gracieux, puis un recours contentieux contre cette décision. Par un arrêté en date du 20 mars 2020, le préfet de Seine-et-Marne a autorisé la société Terzeo à déroger à l'interdiction d'atteinte aux espèces protégées dans le cadre de son projet industriel sur les anciens bassins de la sucrerie CFS sur les communes de Villenoy et Isles-les-Villenoy (Seine-et-Marne). L'association MARNE demande au tribunal, dans la présente instance, l'annulation de cet arrêté du 20 mars 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
En ce qui concerne la régularité de la procédure:
Quant au cadre légal et réglementaire applicable:
2. Aux termes de l'article 12 de la directive 92/43/CEE du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages, dite " directive Habitats " : " 1. Les Etats membres prennent les mesures nécessaires pour instaurer un système de protection stricte des espèces animales figurant à l'annexe IV point a), dans leur aire de répartition naturelle, interdisant : a) toute forme de capture ou de mort intentionnelle de spécimens de ces espèces dans la nature ; b) la perturbation intentionnelle de ces espèces, notamment durant la période de reproduction et de dépendance () ". L'article 16 de la même directive énonce toutefois que : " 1. A condition qu'il n'existe pas une autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle, les Etats membres peuvent déroger aux dispositions des articles 12, 13, 14 et de l'article 15 points a) et b) : () b) pour prévenir des dommages importants notamment aux cultures, à l'élevage, aux forêts, aux pêcheries, aux eaux et à d'autres formes de propriété ".
3. Aux termes du I de l'article L. 411-1 du code de l'environnement, pris pour la transposition de la directive du 21 mai 1992 précitée : " Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation () d'espèces animales non domestiques () et de leurs habitats, sont interdits : 1° () la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code, pris pour la transposition de l'article 16 de la même directive : " I. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : 1° La liste limitative des habitats naturels, des espèces animales non domestiques () ainsi protégés ; 2° La durée et les modalités de mise en œuvre des interdictions prises en application du I de l'article L. 411-1 ; 3° La partie du territoire sur laquelle elles s'appliquent () ; 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : / a) Dans l'intérêt de la protection de la faune et de la flore sauvages et de la conservation des habitats naturels ; b) Pour prévenir des dommages importants notamment aux cultures, à l'élevage () et à d'autres formes de propriété ".
4. Pour l'application de ces dernières dispositions, l'article R. 411-1 du code de l'environnement prévoit que la liste des espèces animales non domestiques faisant l'objet des interdictions définies à l'article L. 411-1 est établie par arrêté conjoint du ministre chargé de la protection de la nature et du ministre chargé de l'agriculture. Le 2° de son article R. 411-13 prévoit que les ministres chargés de la protection de la nature et de l'agriculture fixent par arrêté conjoint, pris après avis du Conseil national de la protection de la nature, " () si nécessaire, pour certaines espèces dont l'aire de répartition excède le territoire d'un département, les conditions et limites dans lesquelles les dérogations sont accordées afin de garantir le respect des dispositions du 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement ".
Quant à la compétence du préfet de Seine-et-Marne :
5. Aux termes de l'article R. 411-6 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable à la date des arrêtes contestés : " Les dérogations définies au 4° de l'article L. 411-2 sont accordées par le préfet, sauf dans les cas prévus aux articles R. 411-7 et R. 411-8 () ". Aux termes de l'article R. 411-8 de ce même code, dans sa rédaction applicable à cette date : " Lorsqu'elles concernent des animaux appartenant à une espèce de vertébrés protégée au titre de l'article L. 411-1, menacée d'extinction en France en raison de la faiblesse, observée ou prévisible, de ses effectifs et dont l'aire de répartition excède le territoire d'un département, les dérogations définies au 4° de l'article L. 411-2 sont délivrées par le ministre chargé de la protection de la nature, pour les opérations suivantes : prélèvement, capture, destruction, transport en vue d'une réintroduction dans le milieu naturel, destruction, altération ou dégradation du milieu particulier de l'espèce ". Aux termes de l'article R. 411-8-1 de ce même code : " La liste des espèces mentionnées à l'article R. 411-8 est fixée par arrêté conjoint des ministres chargés, respectivement, de la protection de la nature et de l'agriculture () après avis du Conseil national de la protection de la nature ".
6. L'association MARNE soutient que la présence du Blongios Nain Ixobrychus minutus sur le site industriel à l'origine des atteintes portées aux espèces protégées impliquait, en application des dispositions de l'article R. 411-8 du code de l'environnement, la délivrance, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 411-2 du même code, d'une dérogation prise non par le préfet de Seine-et-Marne mais par le ministre chargé de la protection de la nature dès lors que l'arrêté interministériel du 9 juillet 1999 fixant la liste des espèces de vertébrés protégées menacées d'extinction en France et dont l'aire de répartition excède le territoire d'un département, pris en application des dispositions de l'article R. 411-8-1 du code de l'environnement, mentionne, parmi les espèces menacées d'extinction, le Blongios Nain.
7. Toutefois, l'arrêté contesté ne porte pas dérogation à l'interdiction de destruction du Blongios Nain Ixobrychus minutus. Dès lors, le préfet de Seine-et-Marne était compétent pour signer l'arrêté du 20 mars 2020 conformément aux dispositions de l'article R. 411-6 du code de l'environnement et de l'article 1er de l'arrêté interministériel du 19 février 2007. Par suite, le moyen tiré de ce que ces arrêtés émaneraient d'une autorité incompétente doit être écarté.
Quant aux insuffisances et à l'incomplétude du dossier de demande de dérogation :
8. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 19 février 2007 fixant les conditions de demande et d'instruction des dérogations définies au 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement portant sur des espèces de faune et de flore sauvages protégées :"La demande de dérogation est, sauf exception mentionnée à l'article 6, adressée, en trois exemplaires, au préfet du département du lieu de réalisation de l'opération. Elle comprend : () / La description, en fonction de la nature de l'opération projetée : / - du programme d'activité dans lequel s'inscrit la demande, de sa finalité et de son objectif ; / - des espèces (nom scientifique et nom commun) concernées ; / - du nombre et du sexe des spécimens de chacune des espèces faisant l'objet de la demande ; / - de la période ou des dates d'intervention ; / - des lieux d'intervention ; / - s'il y a lieu, des mesures d'atténuation ou de compensation mises en oeuvre, ayant des conséquences bénéfiques pour les espèces concernées / - de la qualification des personnes amenées à intervenir ; /- du protocole des interventions : modalités techniques, modalités d'enregistrement des données obtenues ; / - des modalités de compte rendu des interventions".
9. L'association MARNE fait valoir, d'une part, en se fondant sur les observations du centre ornithologique d'Île-de-France (CORIF) et de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et plus particulièrement sur un document intitulé "annexe 6 - avifaune observée par le CORIF et la LPO sur le site bassin de Villenoy de 2011 à 2018. Liste communiquée le 3 avril 2019", que le Tadorne de Belon, la Locustelle tachetée, la Buse variable, le Bruant des Roseaux, le Gorgebleue à miroir, le Phragmite des joncs, le Serin cini, la Grèbe à cou noir, le Pouillot Fitis et le Petit gravelot, espèces figurant toutes sur la liste des espèces protégées de l'arrêté du 29 octobre 2009, sont toutes présentes sur le site, alors, d'autre part, que le dossier de demande ne les a pas étudiées dans leur contexte local. Ce manquement aurait eu pour conséquence que les mesures destinées à "éviter, réduire et compenser" (ERC) l'atteinte portée à ces espèces proposées par le pétitionnaire seraient insuffisantes.
10. Toutefois, il résulte des éléments produits, et plus particulièrement de la liste de l'avifaune annexée au formulaire "Cerfa" de demande de dérogation présentée par la société Terzeo que toutes ces espèces ont effectivement été prises en compte par la pétitionnaire dans son étude. En outre, si le premier avis du conseil national de la protection de la nature (CNPN) du 10 octobre 2019 était défavorable au motif qu'il "manque un certain nombre de données issues des suivis réguliers par les ornithologues : la majorité des espèces de limicoles ont par exemple déjà été observées en halte migratoire sur le site. Le tableau en annexe 5 liste l'ensemble des espèces observées sur le site, et l'on s'aperçoit que des espèces à fort enjeu sont totalement absentes de l'analyse. Il en va ainsi du Bruant des roseaux, pourtant classé " En Danger " au niveau national, et du Pouillot fitis, menacé à l'échelle régionale, qui ne sont jamais abordés dans le document. La liste rouge régionale des oiseaux d'Île-de-France a été mise à jour en novembre 2018, le bureau d'étude n'en a vraisemblablement pas eu l'information. Il est nécessaire de réévaluer les enjeux au regard des nouveaux statuts de menace. L'enjeu lié à la Noctuelle verte est absent du dossier", le mémoire en réponse à cet avis adressé par le pétitionnaire au CNPN traite du cas de la Noctuelle Verte, du Bruant des Roseaux et du Pouillot Fitis. Les espèces répertoriées sur le site étant toutes mentionnées par l'étude et le conseil national de la protection de la nature ayant finalement émis un avis favorable le
3 mars 2020, l'association MARNE n'est pas fondée à soutenir que le dossier de demande de dérogation serait entaché d'insuffisances s'agissant du diagnostic des espèces.
En ce qui concerne le bien-fondé de la dérogation:
11. Un projet d'aménagement ou de construction d'une personne publique ou privée susceptible d'affecter la conservation d'espèces animales ou végétales protégées et de leurs habitats ne peut être autorisé, à titre dérogatoire, que s'il répond, par sa nature et compte tenu notamment du projet urbain dans lequel il s'inscrit, à une raison impérative d'intérêt public majeur. En présence d'un tel intérêt, le projet ne peut cependant être autorisé, eu égard aux atteintes portées aux espèces protégées appréciées en tenant compte des mesures de réduction et de compensation prévues, que si, d'une part, il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et, d'autre part, cette dérogation ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle.
12. En premier lieu, le projet industriel en litige vise à traiter et valoriser les terres excavées polluées de nombreux chantiers franciliens, à dépolluer une partie du site polluée à l'arsenic et au cadmium, à dépolluer et réhabiliter la friche des anciens bassins de la sucrerie de Villenoy et relève donc d'une raison impérative d'intérêt public majeur.
13. En deuxième lieu, l'association requérante ne conteste pas sérieusement les éléments figurant dans l'étude d'impact selon lesquels le site de Villenoy s'est avéré, à l'issue des études de faisabilité, le plus favorable pour accueillir l'installation de la société Terzeo, au regard des trois autres sites alternatifs possibles, à savoir un site dans l'Essonne dans le secteur de Melun, la carrière de Sablon de Trocyen-Multien au nord de Meaux et le site de Villenoy à l'ouest de Meaux, et donc selon lesquels il n'existe pas d'autre solution satisfaisante.
14. En troisième lieu, la société pétitionnaire a, dans son dossier de demande de dérogation initial, proposé, au titre des mesures d'évitement, l'exclusion de l'emprise du "sarcophage" contenant des terres polluées à l'arsenic et au cadmium du périmètre du projet, l'exclusion de l'emprise de l'alvéole sud du bassin n°18 Ouest du périmètre du projet, la préservation de l'entité boisée sur le site de "la Barricade", la réservation du bassin n°17B de toute opération de remblaiement et l'organisation du site pour éviter son assèchement progressif, le maintien de l'entité nord du bassin n°18 Ouest et la préservation de sa physionomie de toute opération de remblaiement, la recherche des espaces de moindre intérêt pour l'accueil de la faune, avec des physionomies d'habitats de moindre qualité, pour y implanter la plateforme d'activité de traitement des matériaux afin de préserver les espèces protégées et la biodiversité en général, la recherche d'une implantation de la voie d'accès permettant d'éviter de fractionner des habitats qui seront maintenus même provisoirement pendant l'aménagement progressif du site, et pour éviter d'enclaver des milieux naturels qui seront restaurés. Au titre des mesures de réduction, le dossier de demande de dérogation initial prévoyait : le phasage ou le fractionnement des travaux dans le temps et dans l'espace, correspondant à un échelonnement des aménagements tant pour la constitution du site d'enfouissement des déchets issus du traitement des matériaux bruts, que pour la restauration de milieux naturels, l'intervention d'un écologue préalablement à chaque étape qui engendrera une perturbation localisée pour actualiser les données écologiques, et éventuellement adapter les mesures correctives ou l'organisation du chantier avant perturbation, l'organisation des différents travaux en s'appuyant sur les différents calendriers biologiques des espèces ou cortèges d'espèces, afin d'obtenir un phasage ou un fractionnement en fonction de la sensibilité de chaque espèce concernée, l'effarouchement des espèces pendant les travaux et l'intervention préalable à chaque étape pour rendre les milieux inhospitaliers avant les périodes d'activité des espèces affectées à ces milieux, le maintien des aires non perturbées au cours de chaque étape, le fractionnement du comblement du bassin n°6/7, et conjointement des bassin n°15 et n°18 Est, pour le réaliser en deux étapes distinctes, afin de maintenir une partie en eau dans chacun d'eux en attendant l'aménagement d'un habitat équivalent en mesure compensatoire dans l'emprise du bassin n°15, la limitation à de l'entretien et de la régénération des travaux sylvicoles dans le bosquet de "la Barricade", la limitation à de l'entretien et de la régénération des travaux sylvicoles sur l'ourlet boisé du versant dominant le canal de l'Ourcq, l'organisation des activités industrielles sur des aires restreintes, la limitation du risque de ruissellement ou de déversement d'eaux souillées par les activités, dans les espaces naturels restaurés, l'arrosage régulier de la plateforme technique et des pistes pour réduire l'envol de poussières et prévenir la pollution par les matières en suspension en cas d'orage, la limitation de la circulation sur le site pour réduire le dérangement, l'adaptation de l'avertisseur de recul des engins de chantier en évitant le klaxon et en préférant le cri du lynx pour réduire le dérangement, et la limitation de l'éclairage sur les emprises d'activité pour réduire le dérangement des espèces. Au titre des mesures de compensation, le dossier de demande de dérogation initial prévoyait : la restauration de la qualité du peuplement forestier du bois de "la Barricade" et le confortement des lisières, l'aménagement du bassin n°15 pour obtenir des physionomies d'habitats aquatiques similaires à celles du bassin n°6/7, soit des milieux aquatiques peu profonds, en réduisant la proportion des surfaces en eau libre plus profondes, l'aménagement du bassin n°17A pour obtenir des physionomies d'habitats similaires à celles des dépressions présentes au bord des bassins à terre, avec création d'une mare pour disposer d'une poche en permanence en eau pour les amphibiens, le confortement des habitats du bassin n°17B qui fait l'objet d'une mesure de sauvegarde, l'adaptation du système de gestion des eaux de ruissellement au bout de la plateforme des "Longues Raies", avec des noues (axe de collecte) et des dépressions (zone de tamponnement) afin de constituer des habitats humides en compensation des dépressions humides des bassins à terre et pour constituer des axes de dispersion à travers le site, l'aménagement d'une vaste lande sablo-graveleuse pour constituer un milieu steppique d'un seul tenant, l'aménagement de l'entité nord du bassin n°18 Ouest pour restaurer une mosaïque d'habitats aquatiques et humides afin qu'ils constituent des refuges compensatoires avant la transformation complète des bassins de la friche industrielle, l'aménagement d'une structure bocagère au milieu des prairies pour obtenir une physionomie d'habitats correspondant aux espèces d'oiseaux observées sur la friche industrielle, et rassemblées dans le cortège des milieux bocagers, et adaptés pour les autres espèces telles les petits mammifères (Hérisson d'Europe), ou les espèces potentielles comme l'Orvet fragile, la reconversion du peuplement actuellement dégradé en ourlet boisé pérenne pour constituer un refuge en bordure de la friche industrielle et un corridor entre le rebord de plateau et la vallée de la Marne, l'adaptation d'un bassin technique destiné à la gestion des eaux de ruissellement en phase d'exploitation de la décharge, pour le configurer en mare ou étang avec des physionomies et une fonction d'espace naturel, l'adaptation d'un bassin technique destiné à la gestion des eaux de ruissellement de la plateforme technique et du processus de traitement des matériaux bruts en phase d'exploitation, pour le configurer en milieu aquatique avec des physionomies et une fonction d'espace naturel, l'installation d'un radeau flottant sur le bassin n°15 après avoir entrepris sa reconfiguration afin de servir de site d'accueil pour l'avifaune et plus particulièrement de site de nidification pour la Sterne pierregarin.
15. Un premier avis du CNPN ayant estimé ces mesures insuffisantes le
10 octobre 2019, la société pétitionnaire a proposé, au titre des mesures d'évitement complémentaires, le maintien d'une zone de roncier en limite du secteur des longues raies pour permettre le maintien d'espèces inféodées ou en parte inféodées à ce type d'habitat ; au titre des mesures de réduction complémentaires, l'aménagement d'une structure bocagère au milieu des prairies pour obtenir une physionomie d'habitats correspondant aux espèces d'oiseaux observées sur la friche industrielle, rassemblées dans le cortège des milieux bocagers, et adaptés pour les autres espèces telles les petits mammifères (Hérisson d'Europe), ou les espèces potentielles comme l'Orvet fragile, l'adaptation d'un bassin technique destiné à la gestion des eaux de ruissellement en phase d'exploitation de la décharge, pour le configurer en mare ou étang avec des physionomies et une fonction d'espace naturel, l'adaptation d'un bassin technique destiné à la gestion des eaux de ruissellement de la plateforme technique et du processus de traitement des matériaux bruts en phase d'exploitation, pour le configurer en milieu aquatique avec des physionomies et une fonction d'espace naturel, la restauration des friches arbustives/ronciers pour permettre le maintien d'espèces inféodées ou en parte inféodées à ce type d'habitats dans le secteur. Enfin, la pétitionnaire a proposé, au titre des mesures de compensation
complémentaires : la fusion et l'aménagement des bassins n°15 et n°17A pour obtenir des habitats aquatiques et humides sur une surface totale d'environ 5 ha avec un plan d'eau d'une surface d'eau libre d'environ 3,15 ha alternant hauts-fonds et bas-fonds, et présentant des physionomies d'habitats aquatiques similaires à celles du bassin n°6/7 mais également du bassin 18 est, une zone humide d'environ 2,45 ha comprenant des roselières basses et hautes, des banquettes humides/vasières et des saulaies, le confortement des habitats du bassin n°17B qui fait l'objet d'une mesure de sauvegarde, l'adaptation du système de gestion des eaux de ruissellement avec des noues (axe de collecte) et des dépressions (zone de tamponnement) afin de constituer des habitats humides en compensation des dépressions humides des bassins à terre, la création de landes sablo-graveleuses et de pelouses sèches pour constituer des milieux steppiques pour permettre le maintien d'espèces inféodées à ce type d'habitats, et notamment l'Œdicnème criard, l'aménagement de l'entité nord du bassin n°18 Ouest pour restaurer une mosaïque d'habitats aquatiques et humides afin qu'ils constituent des refuges compensatoires avant la transformation complète des bassins de la friche industrielle, la mise en œuvre d'une gestion adaptée à l'avifaune des milieux ouverts et aux insectes, dans un espace limitrophe du site, et permettant aux espèces inféodées à ce type d'habitats de se maintenir dans le secteur, l'acquisition des parcelles boisées voisines du site pour maintenir des conditions favorables aux espèces inféodées aux habitats boisés, et en particulier au Pouillot fitis, le confortement des friches arbustives existantes et la création de bosquets dans la partie sud du site, la capture et le prélèvement des populations d'amphibiens sur un milieu aquatique ou zone humide qui sera détruit, et leur déplacement sur un site de substitution aménagé. Le CNPN a rendu un avis favorable le 3 mars 2020 conditionné à l'absence de travaux de terrassement sur le secteur des longues raies et à la signature d'une convention ou autre forme d'engagement avec un agriculteur riverain. Ainsi, compte tenu des atteintes portées aux espèces protégées, eu égard aux mesures de réduction et de compensation prévues, alors qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, la dérogation ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle.
16. Il résulte de tout ce qui précède que l'association MARNE n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 20 mars 2020.
Sur les frais liés au litige :
17. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que lui réclame l'association MARNE au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
18. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association MARNE la somme que la société Terzeo lui réclame au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association MARNE est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Terzeo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Mouvement Associatif de Résistance aux Nuisances Environnementales, à la société Terzeo et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller,
M. Pradalié, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
M. DUMAS Le président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°200545
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026