jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2005481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | RICHER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 juillet 2020, 10 janvier 2022 et 10 février 2022, Mme B C, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mars 2020 par laquelle la maire de Limeil-Brévannes n'a pas renouvelé son dernier contrat à durée déterminée, à compter du 30 juin 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Limeil-Brévannes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence d'entretien préalable ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir, en ce que la mesure constitue en réalité une sanction disciplinaire ;
- elle méconnaît le principe de non-discrimination, en raison de son état de santé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 août 2020 et 28 janvier 2022, la commune de Limeil-Brévannes, représentée par Me Richer, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- dès lors que le courrier de la maire de Limeil-Brévannes du 25 mars 2020 l'informe de son intention de ne pas renouveler son dernier contrat à durée déterminée, il ne fait pas grief et les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables ;
- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 janvier 2022, la clôture d'instruction a été reportée au 11 février 2022 à 12 h 00
Un mémoire a été enregistré pour la commune de Limeil-Brévannes le 22 février 2022 et n'a pas été communiqué.
Par un courrier du 27 octobre 2022, et en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de la compétence liée de la maire de Limeil-Brévannes de ne pas renouveler, par la décision attaquée, le contrat à durée déterminée de Mme C, dès lors que ce contrat, conclu sur le fondement de l'art. 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, ne pouvait légalement être renouvelé qu'une fois, dans la limite d'une durée totale maximale de deux ans.
En réponse à ce courrier, un mémoire a été enregistré pour Mme C le 16 novembre 2022 et n'a pas été communiqué, en application des dispositions de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lerat, représentant Mme C, et celles de Me Brard, représentant la commune de Limeil-Brévannes.
Une note en délibéré présentée pour Mme C a été enregistrée le 23 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, après avoir exercé les fonctions d'agent d'animation horaire vacataire depuis 2008 auprès de la commune de Limeil-Brévannes, a été engagée en qualité d'adjointe d'animation de 2ème classe non titulaire à temps complet à compter du 1er janvier 2015, sous-couvert de contrats à durée déterminée, renouvelés annuellement jusqu'au 31 décembre 2019. Par une décision du 25 mars 2020, dont Mme C demande l'annulation, la maire n'a pas renouvelé son dernier contrat à durée déterminée, à compter du 30 juin 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non-renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non-renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour prendre la décision attaquée, la maire de Limeil-Brévannes s'est fondée sur l'intérêt du service à ne pas renouveler le dernier contrat à durée déterminée de Mme C, en raison de considérations tenant à sa personne du fait des multiples problèmes relationnels rencontrés. Il ressort de ces pièces, notamment du rapport hiérarchique établi le 27 novembre 2019 par le directeur de l'éducation ainsi que des différents échanges de courriels entre services communaux, relayant notamment les problèmes relationnels rencontrés par plusieurs agents avec l'intéressée, que, malgré des compétences professionnelles reconnues en qualité d'animatrice, Mme C a rencontré des problèmes relationnels de manière récurrente, au sein des différents services dans lesquels elle a été affectée, avec ses collègues depuis 2017, lesquels ont notamment relaté des menaces et intimidations par l'intéressée à leur encontre. D'une part, Mme C, qui fait valoir le caractère fantaisiste et diffamatoire de ces reproches, ne produit aucun élément probant permettant de remettre en cause leur matérialité, le seul témoignage d'un directeur de centre de loisirs pour la période courant du mois de décembre 2019 au mois de janvier 2020 étant insuffisant à cet égard. D'autre part, contrairement à ce qu'elle soutient, la circonstance, au demeurant non établie, que les faits en cause puissent faire l'objet d'une sanction disciplinaire est insuffisante, à elle seule, pour regarder la décision attaquée comme constituant une sanction disciplinaire déguisée à son égard. Au surplus, si les faits ayant fondé la décision litigieuse tiennent à son comportement dans l'exercice de ses fonctions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune ait eu l'intention de la sanctionner. Dans ces conditions, la décision attaquée, par laquelle la maire de Limeil-Brévannes n'a pas renouvelé le dernier contrat à durée déterminée de Mme C, est fondée sur un motif tiré de l'intérêt du service, au regard de considérations tenant à sa personne, de sorte qu'elle ne constitue pas une sanction déguisée. Par conséquent, le moyen tiré du détournement de pouvoir dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, ainsi qu'il vient d'être jugé, la décision attaquée étant fondée sur l'intérêt du service, au regard de considérations tenant à la personne de Mme C, en raison des problèmes relationnels rencontrés de manière récurrente et de nature à perturber le bon fonctionnement du service, elle n'est pas entachée d'erreur de fait, ni davantage d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur sa situation.
5. En troisième lieu, si Mme C invoque un moyen tiré de l'erreur de droit, elle ne l'assortit d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
6. En quatrième lieu, ainsi qu'il vient d'être indiqué, la décision attaquée ne constituant pas une sanction disciplinaire déguisée, elle ne figure pas au nombre des décisions qui doivent être motivées, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation dont elle serait entachée est inopérant et ne peut qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " () La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans () ".
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment des contrats à durée déterminée successifs dont a bénéficié Mme C entre 2015 et 2020, que ceux-ci n'ont pas été conclus sur le fondement de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, mais sur le fondement de l'article 3, alinéa 1er de la même loi, au titre de 2015, puis sur le fondement de l'article 3-2 de la même loi pour les années suivantes, les dispositions de l'article 38-1 précitées étant ainsi inapplicables à sa situation. Ainsi, et alors même que Mme C a été engagée pendant plus de trois ans sur le même emploi, en se bornant à invoquer, de manière peu étayée, les dispositions précitées de l'article 38-1 impliquant la tenue d'un entretien préalable à l'édiction de la décision attaquée, laquelle ne constitue pas, ainsi qu'il a été énoncé, une sanction déguisée, l'intéressée ne peut utilement se prévaloir de l'application de ces dispositions. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à la date de la décision attaquée, désormais codifié à l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race () ". Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
10. Mme C fait valoir que la mesure contestée est fondée sur une discrimination en raison de son état de santé, compte tenu de ses absences récurrentes depuis 2016, consécutives à plusieurs accidents de travail subis. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport hiérarchique établi le 27 novembre 2019 par le directeur de l'éducation, que les absences répétées de l'intéressée figurent au nombre des motifs ayant fondé la décision litigieuse, et peuvent ainsi faire présumer d'une discrimination à son égard, la commune de Limeil-Brévannes justifie la décision en litige par des considérations tenant au bon fonctionnement du service, notamment sa continuité, étrangères ainsi à toute discrimination. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que le motif tenant à l'intérêt du service, au regard de considérations tenant à la personne de Mme C, justifie à lui seul la décision contestée. Par conséquent, en prenant la décision attaquée, la maire de Limeil-Brévannes n'a pas méconnu le principe de non-discrimination.
11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Limeil-Brévannes, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C la somme réclamée par la commune de Limeil-Brévannes sur le même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Limeil-Brévannes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Limeil-Brévannes.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Delon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
E. A
La présidente,
M. DLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026