jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2005486 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET BRISSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juillet 2020, Mme D A, représentée par Me Bouthors, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " conformément aux dispositions du 6° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions du 6° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplit l'ensemble des critères fixés par ces dispositions ; elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ajoute une condition non prévue par la loi en exigeant la démonstration de l'entretien de l'enfant français par le père qui n'est pas demandeur du titre de séjour ;
- le père de sa fille est présent dans son éducation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions du 6° de l'article L.511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale ;
S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi :
- il n'y a pas lieu de fixer le pays de destination dès lors qu'elle est en droit d'obtenir un titre de séjour, ce qui fait obstacle à son éloignement du territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2020, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.
Par ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2022 à 12 heures.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 16 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 14 juin 1967 à Gagnoa (République de Côte d'Ivoire) et mère d'une petite fille, née le 12 avril 2019 à Provins et de nationalité française, a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 2 juillet 2020, le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 2 juillet 2020.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du
16 septembre 2020. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () ; / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; / () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / () ".
4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A en sa qualité de parent d'enfant français, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur la circonstance qu'elle n'établit pas que le père de son enfant contribue effectivement à son entretien et à son éducation.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'acte de naissance du
15 avril 2019 établi par l'officier de l'état civil de la commune de Provins et de l'acte de reconnaissance du 28 décembre 2018 rédigé par l'agent délégué de la commune de Longueville, que la filiation est établie entre l'enfant de Mme A et M. B. Ainsi, et contrairement à ce que soutient la requérante, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de Seine-et-Marne a fait application des dispositions du 2ème alinéa du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est fondé sur la circonstance qu'elle n'établit pas que le père de son enfant contribue effectivement à son entretien et à son éducation. Dans ces conditions, la circonstance, au demeurant non contestée par le préfet de Seine-et-Marne, que
Mme A contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant ne permet pas davantage de caractériser l'inexacte application de ces mêmes dispositions qu'elle reproche au préfet de Seine-et-Marne.
6. D'autre part, il n'est pas contesté que l'enfant de Mme A réside avec elle. Si la requérante soutient que le père de son enfant " est présent dans son éducation ", elle ne produit aucune pièce probante à l'appui de son argumentation ni, en tout état de cause, aucun élément de nature à remettre en cause l'insuffisante pertinence des pièces qu'elle avait produites devant le préfet de Seine-et-Marne dans le cadre de sa demande de titre de séjour, et qu'il produit dans la présente l'instance, à savoir un courrier qu'elle a établi le 9 décembre 2019 par lequel elle atteste que le père de son enfant lui verse, depuis la naissance de son enfant, la somme de 250 euros, en espèces, pour subvenir à ses besoins, l'attestation du père de sa fille du 24 janvier 2020 par laquelle il indique qu'il voit son enfant chaque mois, qu'il suit ses rendez-vous à la protection maternelle et infantile et qu'il lui verse la somme de 150 euros tous les mois ainsi que le relevé n° 8 de son compte chèque postal ouvert à La Banque Postale faisant mention du versement de la somme de 100 euros le 25 novembre 2019 en provenance de M. B. Il suit de là que ce dernier ne peut être regardé comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille, dans les conditions fixées par les dispositions précitées du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen invoqué par Mme A, et qui peut être regardé comme constitutif d'une erreur d'appréciation, ne peut qu'être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 juillet 2020 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () ; / 6° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de Mme A, né le 12 avril 2019 sur le territoire français, est titulaire d'une carte nationale d'identité délivrée par le préfet de
Seine-et-Marne le 10 septembre 2019. Il ne ressort, par ailleurs, ni des termes de l'arrêté critiqué du 2 juillet 2020 ni des écritures en défense que le préfet de Seine-et-Marne aurait opposé à l'intéressée la circonstance qu'elle ne contribuerait pas effectivement à l'entretien et à l'éducation de fille dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil. Dans ces circonstances, Mme A est fondée à soutenir qu'elle ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions précitées du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision critiquée l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Il résulte de ce qui précède que le présent jugement implique que le préfet de Seine-et-Marne se prononce à nouveau sur la situation de Mme A au regard de son droit au séjour. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de la requérante dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure du prononcé d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il résulte des dispositions de l'article 75-1 de la loi du 10 juillet 1991, codifiées à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 43 de la même loi, que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de mettre à la charge, à son profit, de la partie perdante que le paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. Mais l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
13. D'une part, Mme A, pour le compte de qui les conclusions de la requête relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être réputées présentées, n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, le conseil de Mme A n'a pas demandé, dans ses écritures, que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamé à sa cliente si cette dernière n'avait pas bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 2 juillet 2020 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il oblige Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Delmas, premier conseiller,
Mme Réchard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
La présidente-rapporteure,
S. C
L'assesseur le plus ancien,
S. DELMASLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026