jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2005649 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ARENTS-TRENNEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2020, M. A E, représenté par Me Trennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 juin 2020 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a prononcé son licenciement pour inaptitude physique, " avec toutes conséquences de droit " ;
2°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, en l'absence de justificatif attestant de la délégation de signature dont bénéficiait la signataire de la décision, Mme C et de justificatif attestant de son opposabilité aux tiers ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en raison de la composition irrégulière de la commission administrative paritaire, au motif que ses membres n'ont pu disposer de son dossier huit jours avant la séance et que le quorum n'a pas été respecté ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors que le département ne pouvait refuser sa demande de reclassement sur les types de postes souhaités, au motif qu'ils n'existaient pas au sein des services départementaux ;
- elle méconnaît l'obligation de reclassement, dès lors que l'attache du centre de gestion n'a pas été prise pour rechercher d'autres emplois permettant son reclassement et que les seules propositions formulées étaient très éloignées de son domicile et ne pouvaient donc qu'être déclinées ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2022, le département de Seine-et-Marne, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions présentées par M. E contre la décision du 25 juin 2020 sont irrecevables, car dirigées contre un acte non décisoire ;
- les autres moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mars 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,
- et les observations de Mme D, représentant le département de Seine-et-Marne.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, titulaire du grade d'agent technique territorial des établissements d'enseignement depuis le 1er septembre 2013, a exercé les fonctions d'agent d'entretien et de restauration auprès des services du département de Seine-et-Marne, au sein du collège de l'Europe à Chelles. Victime d'une rechute, le 29 juin 2018, d'une maladie professionnelle, diagnostiquée le 11 septembre 2017, la commission de réforme, consultée le 19 septembre 2019, a estimé qu'il était inapte définitivement aux fonctions d'agent d'entretien et de restauration et a préconisé un reclassement, de même que le comité médical départemental, par un avis du 9 janvier 2020. Par décision du 25 juin 2020, dont M. E demande l'annulation, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a prononcé son licenciement pour inaptitude physique, à compter du 1er juillet 2020.
Sur la recevabilité :
2. S'il est constant que M. E a formé le présent recours uniquement à l'encontre du courrier du 25 juin 2020 et non de l'arrêté subséquent, prononçant sa radiation des cadres, il résulte toutefois des termes mêmes de ce courrier, par lequel le président du conseil départemental confirme son licenciement " à réception de la présente ", que celui-ci n'a pas, contrairement à ce que fait valoir le département, un caractère purement informatif, mais cet acte revêt le caractère d'une décision faisant grief. Par conséquent, les conclusions présentées par M. E tendant à son annulation sont recevables et la fin de non-recevoir ainsi opposée doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 23 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " I.- Les centres de gestion assurent, dans leur ressort, une mission générale d'information sur l'emploi public territorial, () pour l'ensemble des collectivités (), des agents territoriaux en relevant ainsi que des candidats à un emploi public territorial. () / II.- Les centres de gestion assurent pour () l'ensemble des agents des collectivités territoriales et établissements publics affiliés () les missions suivantes () : / () 6° Le reclassement, selon les modalités prévues aux articles 81 à 86, des fonctionnaires devenus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, de catégories A, B et C () / ; III.- Les centres de gestion assurent pour l'ensemble des collectivités et établissements () les missions énumérées aux () 6° () du II du présent article () ". Aux termes de l'article 81 de la même loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ".
4. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade. / L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du service de médecine professionnelle et de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du conseil médical si un tel congé a été accordé. Cette affectation est prononcée sur proposition du centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion lorsque la collectivité ou l'établissement y est affilié ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " Le fonctionnaire territorial qui a présenté une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois se voit proposer par l'autorité territoriale, le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion plusieurs emplois pouvant être pourvus par la voie du détachement () ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées et principe rappelé que, alors qu'elle n'est pas affiliée à un centre de gestion, la collectivité territoriale, en se bornant à apprécier la demande de reclassement d'un fonctionnaire territorial dont l'état de santé ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, au regard des vacances des postes au sein exclusivement de ses propres services, méconnaît l'obligation de reclassement qui lui incombe.
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du courrier adressé à M. E le 2 janvier 2020, que le président du conseil départemental lui a opposé, avant de prendre la mesure contestée, l'inexistence des types de postes sollicités par M. E, dans sa demande de reclassement. Or, d'une part, il est constant que M. E avait formulé des vœux de reclassement, conditionnés tant matériellement que géographiquement, sur des postes d'agent de surveillance des équipements sportifs, gardien d'immeuble au sein d'un office public de l'habitat ou gardien de parc. D'autre part, en application des différentes dispositions précitées et de ce qui vient d'être énoncé au point précédent, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne ne pouvait refuser légalement les demandes de M. E en se fondant sur le seul motif tiré de l'inexistence de ces postes au sein de ses services, sans mener de recherches, le cas échéant, en prenant l'attache si besoin du centre de gestion, de postes disponibles auprès d'autres employeurs publics dans le département, avant notamment d'adresser à M. E deux offres de postes, ne correspondant pas aux conditions posées à ses vœux, au sein des services départementaux. Au surplus, la circonstance que M. E ait refusé la proposition du département de bénéficier de la période de préparation au reclassement est sans incidence sur le respect, par le département, de ses obligations dans le cadre de la mise en œuvre du droit au reclassement de l'agent, qui relève, au demeurant, d'une procédure distincte. Par conséquent, en prononçant le licenciement de M. E pour inaptitude physique, le département de Seine-et-Marne a commis une erreur de droit.
8. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. E est fondé à obtenir l'annulation de la décision du président du conseil départemental de Seine-et-Marne du 25 juin 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En se bornant à solliciter l'annulation de la décision attaquée " avec toutes conséquences de droit ", M. E n'assortit pas les conclusions à fin d'injonction, qu'il doit être regardé comme avoir présentées, des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur les frais d'instance :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du président du conseil départemental de Seine-et-Marne du 25 juin 2020 est annulée.
Article 2 : Le département de Seine-et-Marne versera à M. E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au département de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Delon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
La rapporteure,
E. B
La présidente,
M. FLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026