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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005770

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005770

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juillet et 22 octobre 2020, M. B A C, représenté par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2020 par lequel le maire de Longueville a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident qu'il a déclaré le 29 janvier 2020, ensemble la décision de la même autorité du 5 juin 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Longueville, à titre principal, de reconnaître l'imputabilité au service de son accident et de retirer les décisions litigieuses de son dossier administratif et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Longueville la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il est entaché d'erreurs de droit et d'appréciation ;

- il procède d'un détournement de pouvoir et de procédure.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2020, la commune de Longueville, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 octobre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant le requérant, celles de celui-ci, ainsi que celles du maire de Longueville, représentant la commune.

Considérant ce qui suit :

1. Titulaire du grade d'adjoint technique territorial principal de 2ème classe, M. B A C, exerçant au sein de la commune de Longueville depuis le 2 janvier 2014, a déclaré un accident de service survenu le 21 janvier 2020 et présenté à ce titre un arrêt de travail à compter du 23 janvier suivant. Par un arrêté du 30 mars 2020, le maire de Longueville a refusé de reconnaître imputable au service l'accident ainsi déclaré et a placé M. A C en congé de maladie ordinaire à compter du 23 janvier 2020. L'intéressé a formé, par courrier du 13 mai 2020, un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par l'autorité territoriale par décision du 5 juin 2020. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2020, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il résulte de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration que doivent être motivées les décisions administratives individuelles qui refusent le bénéfice des droits attribués pour invalidité temporaire imputable au service prévus au I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. L'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration précise que la motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

3. L'arrêté attaqué vise les principaux éléments de la procédure suivie pour l'instruction de la demande de M. A C, en particulier l'avis favorable rendu le 4 mars 2020 par la commission de réforme, et énonce qu'au terme des éléments recueillis, il n'est pas retenu un accident survenu dans l'exercice par le requérant de ses fonctions ou d'une activité en constituant le prolongement, eu égard en particulier aux conclusions rendues par le rapport d'expertise médicale du 27 janvier 2020, et dès lors que le traumatisme physique invoqué ne résulterait pas du service et que la description par le requérant des circonstances de l'accident déclaré n'aurait pu être vérifiée. Ce faisant, l'arrêté en cause expose suffisamment les considérations de fait qui en constituent le fondement, répondant ainsi aux exigences posées par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, créé par l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives notamment à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, lesquelles sont applicables à compter de l'entrée en vigueur, le 12 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans fonction publique territoriale et désormais codifiées à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. () / II. - Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

6. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

7. Il est constant que M. A C a signalé à son supérieur hiérarchique ainsi qu'à la secrétaire générale de mairie, le 21 janvier 2020 au matin, avoir été victime quelques minutes plus tôt d'un coup volontairement porté par un collègue de travail au bas de son omoplate gauche, alors qu'ils se trouvaient tous deux à proximité des ateliers municipaux, sur le parking attenant. L'intéressé a ensuite déclaré un accident de service résultant de cet incident, en transmettant à son employeur un certificat médical et un avis d'arrêt de travail dressés le 23 janvier 2020 par son médecin traitant, puis un formulaire portant déclaration d'accident de service remis le 30 janvier 2020.

8. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que le collègue incriminé a nié à plusieurs reprises avoir été l'auteur du geste litigieux, les déclarations des deux intéressés étant contradictoires. Ce collègue a ainsi soutenu que ce serait uniquement le requérant qui l'aurait heurté, par un coup de coude léger, porté par inadvertance en se retournant. Ensuite, il ressort des termes non contestés d'un rapport établi le 30 janvier 2020 par la secrétaire générale de mairie qu'aucun des trois autres agents présents sur les lieux lors de l'incident n'a été en capacité de fournir un témoignage permettant d'en déterminer les circonstances. Par ailleurs, si le requérant expose que le coup porté a été soudain et rapide, en sorte que l'incident est resté insoupçonné des personnes en présence, il n'en demeure pas moins qu'aucun élément qu'il produit ne permet d'établir l'existence de l'incident qu'il rapporte, ainsi qu'il lui incombe de le faire dans le cadre de la présente instance. Il en est en particulier ainsi des constatations médicales dressées par son médecin traitant les 23 janvier, 28 février et 9 avril 2020, succinctes et qui font au mieux état de douleurs situées dans la région du thorax, sans plus de précision, et par ailleurs d'une " contusion [à] l'épaule gauche ", lésion décrite comme " pouvant correspondre à un coup ", sans toutefois que ces mentions permettent de mettre en évidence un lien avec l'accident décrit par le requérant, et en particulier, le coup reçu à l'omoplate. De plus, l'expertise médicale réalisée à la demande de la commune, le 27 janvier 2020, peu de jours après l'incident déclaré n'a pas davantage permis de relever la présence de lésions physiques résultant de l'agression invoquée, en l'absence de trace de coup ou d'hématome. Enfin, ne saurait suffire à en démontrer l'existence, le fait que des troubles psychologiques chez le requérant, compatibles avec l'agression invoquée, aient été observés, à compter du 27 janvier 2020, par les deux médecins précités, dont au demeurant il ne ressort pas des pièces du dossier une spécialisation pour le diagnostic de tels troubles. Ainsi, aucun des éléments précités ne permet d'établir l'existence du violent coup tel que déclaré, qui aurait été porté le 21 janvier 2020 au bas de l'omoplate gauche du requérant par son collègue.

9. Alors même que la commission de réforme a conclu le 4 mars 2020 à l'existence d'un accident imputable au service, il ne ressort pas des éléments produits aux débats l'existence d'un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il serait résulté des lésions au regard desquelles le requérant a déclaré l'accident en litige. En l'absence d'accident au sens des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, l'autorité territoriale a pu, sans entacher sa décision d'erreurs de droit, ni d'appréciation, refuser au requérant de reconnaître un accident imputable au service survenu le 21 janvier 2020. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. En dernier lieu, les détournements de pouvoir et de procédure invoqués par le requérant ne résultent pas des pièces du dossier, en particulier pas l'attitude partiale prêtée à la commune, laquelle a entendu les deux agents concernés, ainsi que ceux présents sur les lieux de l'incident invoqué, et a promptement procédé à l'instruction de la demande de M. A C, en saisissant un médecin afin de l'examiner. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Longueville du 30 mars 2020. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cet arrêté et contre la décision de rejet prise sur recours gracieux ne peuvent, en conséquence, être accueillies. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, présentées par le requérant, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et à la commune de Longueville.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

M. D

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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