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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005773

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005773

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET BARDON & DE FAY - BF2A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juillet 2020 et 9 juin 2022, M. A B, représenté par Me Louis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2020 par lequel le maire de Montereau-Fault-Yonne a mis fin à son détachement sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2020 par lequel le maire de Montereau-Fault-Yonne a retiré l'article 2 de l'arrêté du 30 avril 2020 le réintégrant dans son cadre d'emploi, au 5ème échelon du grade d'attaché territorial principal et a prononcé sa réintégration au grade d'attaché territorial ;

3°) d'enjoindre à la commune de Montereau-Fault-Yonne de procéder à sa réintégration dans son emploi et de reconstituer sa carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner la commune de Montereau-Fault-Yonne à réparer tous les préjudices qu'il a subis en raison de son éviction illégale ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Montereau-Fault-Yonne une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'un défaut de motivation en fait ;

- ils ont été pris au terme d'une procédure irrégulière, l'information n'ayant pas été donnée aux conseillers lors de la séance du conseil municipal, mais via la plateforme de dématérialisation des conseils municipaux, en méconnaissance de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- ils sont entachés d'erreur de fait ;

- ils sont entachés de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 mars et 22 juin 2022, la commune de Montereau-Fault-Yonne, représentée par son maire en exercice et par Me de Faÿ, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires présentées par M. B sont irrecevables, n'ayant pas été liées par une réclamation indemnitaire préalable ;

- le motif tiré de la perte de confiance doit être substitué à celui ayant fondé l'arrêté du 30 avril 2020, tiré de la faculté pour le maire de décharger M. B de ses fonctions, en application de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 précitée ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 12 septembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon,

- les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique,

- et les observations de Me Belal-Cordebar, substituant Me de Faÿ, représentant la commune de Montereau-Fault-Yonne.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, titulaire du grade d'attaché territorial, a été détaché sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services (DGS) pour une durée de trois ans, à compter du 1er juillet 2018. Par un arrêté du 30 avril 2020 du maire de Montereau-Fault-Yonne, il a été mis fin à son détachement à compter du 1er juillet 2020. Par l'article 2 de ce même arrêté, M. B a été réintégré dans son cadre d'emploi, au 5ème échelon du grade d'attaché territorial principal. Par un arrêté du 13 mai 2020, le maire de Montereau-Fault-Yonne a retiré l'article 2 de l'arrêté du 30 avril 2020 et réintégré M. B au grade d'attaché territorial. M. B sollicite l'annulation des arrêtés du maire de Montereau-Fault-Yonne des 30 avril et 13 mai 2020.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. En dépit de la fin de non-recevoir, soulevée par la commune de Montereau-Fault-Yonne, dans ses mémoires enregistrés au greffe du tribunal, les 17 mars et 22 juin 2022, M. B, dont la communication de son mémoire en réplique révèle la connaissance de la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Montereau-Fault-Yonne, dès le 17 mars 2022, n'a pas justifié du dépôt auprès de la commune d'une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'édiction des deux arrêtés litigieux, conformément à l'exigence posée par l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Par conséquent, ses conclusions indemnitaires présentées par M. B, au demeurant non chiffrées, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 30 avril 2020 :

4. D'une part, aux termes de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur, désormais codifié aux articles L. 544-4, L. 412-6 et L. 544-1 du code général de la fonction publique : " Lorsqu'il est mis fin au détachement d'un fonctionnaire occupant un emploi fonctionnel mentionné aux alinéas ci-dessous et que la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade, celui-ci peut demander à la collectivité ou l'établissement dans lequel il occupait l'emploi fonctionnel soit à être reclassé dans les conditions prévues aux articles 97 et 97 bis, soit à bénéficier, de droit, du congé spécial mentionné à l'article 99, soit à percevoir une indemnité de licenciement dans les conditions prévues à l'article 98. / Ces dispositions s'appliquent aux emplois : / () - de directeur général des services, de directeur général adjoint des services des communes de plus de 2 000 habitants ; / (). / Il ne peut être mis fin aux fonctions des agents occupant les emplois mentionnés ci-dessus, sauf s'ils ont été recrutés directement en application de l'article 47, qu'après un délai de six mois suivant soit leur nomination dans l'emploi, soit la désignation de l'autorité territoriale. La fin des fonctions des agents mentionnés aux troisième à huitième alinéas du présent article est précédée d'un entretien de l'autorité territoriale avec les intéressés et fait l'objet d'une information de l'assemblée délibérante et du Centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion ; la fin des fonctions de ces agents prend effet le premier jour du troisième mois suivant l'information de l'assemblée délibérante. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision déchargeant de ses fonctions un fonctionnaire territorial occupant un emploi fonctionnel au sens de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 est au nombre des décisions individuelles défavorables qui abrogent une décision créatrice de droits et doit, par suite, être motivée.

6. Par l'arrêté du 30 avril 2020 attaqué déchargeant M. B de ses fonctions de directeur général des services, le maire s'est borné à faire état de ce " conformément aux dispositions de l'article 53, le Maire peut valablement mettre fin aux fonctions de M. A B ". Or, cette seule mention qui porte sur la base légale de l'arrêté litigieux et sur la compétence du maire, autorité exécutive pour l'édicter, ne comporte aucune circonstance de fait constituant le fondement de la décision qui met fin de manière anticipée au détachement de M. B sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services. Les autres mentions contenues dans l'arrêté portant sur le respect par la commune des différentes exigences procédurales préalables à l'édiction de l'arrêté ne constituent pas davantage des motifs de fait répondant à l'exigence posée par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Si la commune fait valoir que le motif de l'arrêté litigieux réside, de manière évidente, dans la perte de confiance entre le maire de M. B, dont ce dernier a d'ailleurs été informé au cours de l'entretien préalable qui s'est tenu le 14 avril 2020, cette circonstance est sans incidence sur l'exigence de motivation de l'arrêté lui-même, qui est une exigence formelle. Par conséquent, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation en fait et en obtenir, pour ce motif, l'annulation.

7. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre l'arrêté du maire de Montereau-Fault-Yonne du 30 avril 2020, celui-ci doit être annulé.

En ce qui concerne l'arrêté du 13 mai 2020 :

8. L'annulation de l'arrêté du maire de Montereau-Fault-Yonne du 30 avril 2020 a pour effet de priver de base légale l'arrêté du maire du 13 mai 2020, qui vise à corriger une erreur matérielle contenue dans l'article 2 du décret du 30 avril 2020 sur le grade de réintégration de M. B. Ainsi, l'arrêté du 13 mai 2020 doit, par voie de conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens invoqués contre cet arrêté, être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () ".

10. Compte tenu des motifs d'annulation des arrêtés des 30 avril et 13 mai 2020, l'exécution du présent jugement implique uniquement le réexamen, par la commune de Montereau-Fault-Yonne, de la situation de M. B. Il y a lieu de l'enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Montereau-Fault-Yonne demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Montereau-Fault-Yonne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Montereau-Fault-Yonne du 30 avril 2020 est annulé.

Article 2 : L'arrêté du maire de Montereau-Fault-Yonne du 13 mai 2020 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Montereau-Fault-Yonne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La commune de Montereau-Fault-Yonne versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Montereau-Fault-Yonne au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Montereau-Fault-Yonne.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

La rapporteure,

E. DELON

La présidente,

M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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