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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005906

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005906

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMICHEL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2020, M. A B, représenté par Me Baudin Vervaecke, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 mars 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens.

Il soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 1233-5 du code du travail, dès lors que le critère d'ordre relatif à l'appréciation des qualités professionnelles et sa pondération ne répondaient pas à un critère objectif et a eu pour effet de privilégier certains salariés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 septembre 2022.

Un mémoire présenté pour la société Française de Coffres-forts (SFCC) Coffres Forts Caradonna a été enregistré le 14 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,

- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bonnemaison, substituant Me Baudin Vervaecke, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, embauché par la société SFCC Coffres Forts Caradonna le 29 février 1984, occupait en dernier lieu le poste de soudeur et exerçait par ailleurs le mandat de membre de la délégation du personnel du comité social et économique. Par courrier du

21 février 2020, son employeur a sollicité auprès de l'inspection du travail l'autorisation de le licencier pour motif économique. Par une décision du 19 mars 2020 dont le requérant demande l'annulation, l'inspectrice du travail a autorisé ce licenciement.

2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise ou au sein du groupe auquel appartient cette dernière.

3. Aux termes de l'article L. 1233-5 du code du travail : " Lorsque l'employeur procède à un licenciement collectif pour motif économique et en l'absence de convention ou accord collectif de travail applicable, il définit les critères retenus pour fixer l'ordre des licenciements, après consultation du comité social et économique. / Ces critères prennent notamment en compte : / 1° Les charges de famille, en particulier celles des parents isolés ; / 2° L'ancienneté de service dans l'établissement ou l'entreprise ; / 3° La situation des salariés qui présentent des caractéristiques sociales rendant leur réinsertion professionnelle particulièrement difficile, notamment celle des personnes handicapées et des salariés âgés ; / 4° Les qualités professionnelles appréciées par catégorie. / L'employeur peut privilégier un de ces critères, à condition de tenir compte de l'ensemble des autres critères prévus au présent article. () ". Il résulte de la lettre même de ces dispositions qu'en l'absence d'accord collectif en ayant disposé autrement, l'employeur qui procède à un licenciement collectif pour motif économique est tenu, pour déterminer l'ordre des licenciements, de se fonder sur des critères prenant en compte l'ensemble des critères d'appréciation mentionnés aux 1° à 4° ci-dessus.

4. Le requérant soutient que l'évaluation des qualités professionnelles retenue par son employeur, fondée sur le critère de l'aptitude au travail hors de l'établissement, ne se base pas sur des éléments objectifs dès lors cette aptitude était appréciée au vu des déplacements au cours de l'année précédente, décidés par l'employeur. Il conteste également la pondération de ce critère, assorti d'un coefficient supérieur aux autres critères retenus par l'employeur.

5. Toutefois, il n'appartient pas à l'autorité administrative, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif économique, de vérifier la conformité aux dispositions précitées de l'article L. 1233-5 du code du travail des critères retenus par l'employeur pour fixer l'ordre des licenciements. Par suite, le moyen tiré de ce que les critères déterminant l'ordre des licenciements applicables dans l'entreprise n'étaient pas conformes à l'article L. 1233-5 du code du travail ne saurait être utilement invoqué à l'encontre de la décision par laquelle l'autorité administrative a autorisé le licenciement.

6. Il résulte de ce qui précède que, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige et la requête présentée par lui doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, dans ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société SFCC Coffres Forts Caradonna.

Copie en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

S. Norval-GrivetLe président,

T. GallaudLa greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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