jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2006347 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LOPES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 août 2020, 12 mars 2021, 19 mai 2021, 30 novembre 2021 et 1er décembre 2021, Mme J F épouse A, M. K F et Mme H F, représentés par la SELARL Jacques-Alexandre Bouboutou, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2020 par lequel le maire de Vitry-sur-Seine a délivré à la SCI Saverema, un permis de construire un bâtiment collectif de trois logements sur une parcelle cadastrée section AR n°41, située 38 voie Wagner à Vitry-Sur-Seine ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2021 par lequel le maire de Vitry-sur-Seine a délivré à la SCI Saverema un permis de construire modificatif ;
3°) d'enjoindre à la commune de lui communiquer l'entier dossier de demande de permis de construire ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Vitry-sur-Seine une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent dans le dernier état de leurs écritures que :
- ils ont un intérêt pour agir afin d'attaquer le permis de construire en qualité de voisin immédiat alors que par sa localisation et ses dimensions, le projet en litige est de nature à leur apporter des trouble de jouissance significatif ;
- l'arrêté de permis de construire initial et l'arrêté de permis de construire modificatif attaqués ont été pris par des autorités incompétentes en l'absence, pour la commune de justifier, de la délégation de signature de l'auteur de ces actes ;
- le permis de construire initial a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article R.431-8 et R.431-9 du code de l'urbanisme, en ce que la notice de présentation est insuffisante quant à la description des abords du terrain ;
- dès lors que le projet de construction prend appui sur une construction leur appartenant, le pétitionnaire ne détenait pas, pour l'application des dispositions des articles R.423-1 et R.431-5 du code de l'urbanisme, la qualité pour déposer la demande de permis de construire de sorte que qu'il a été obtenu frauduleusement ; le permis de construire modificatif est entaché du même vice s'agissant de l'implantation du local de tri sélectif ;
- s'il est pris acte, pour l'application des dispositions de l'article UC 4.3, du règlement du plan local d'urbanisme et du règlement sanitaire départemental ainsi que de l'arrêté municipal du 31 mai 2012 que, par le permis de construire modificatif, un local de tri sélectif sera implanté en limite sud, il n'est, toutefois pas possible, de vérifier sa conformité avec la réglementation applicable en l'absence de mention de la hauteur du local dans la demande de permis de construire modificatif ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article UC 4.4 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qu'il n'a pas étudié la possibilité d'un raccordement au réseau de chauffage urbain ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R.111-27 en ce qui concerne l'homogénéité architecturale du projet qui ne s'insère pas dans le bâti environnant ;
- compte tenu du permis de construire modificatif qui prévoit la réalisation d'un local de tri sélectif d'une surface de 6,76 m², le projet méconnaît les dispositions de l'article UC 13.2 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la surface dédiée aux espaces verts représente moins de 50% de la surface totale du terrain.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, la commune de Vitry-sur-Seine, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des consorts F une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en ce que les requérants ne disposent pas d'un intérêt pour agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 16 avril 2021, la SCI Saverema, représentée par Me Lopes, conclut à titre principal au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en ce que les requérants ne disposent pas d'un intérêt pour agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme I,
- les conclusions de M. Zanella, rapporteur public,
- et les observations de Me Leplat, représentant les consorts F, et de Me Lopes représentant la SCI Saverema.
Une note en délibéré a été enregistrée le 12 octobre 2022 pour les consorts F.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de de Vitry-sur-Seine a délivré à la SCI Saverema, le 12 février 2020, un permis de construire n° PC 094081 19 00094 en vue de la réalisation d'un bâtiment collectif de trois logements sur une parcelle cadastrée section AR n°41, située 38 voie Wagner à Vitry-Sur-Seine. Le 16 octobre 2020 la SCI Saverema a déposé un dossier de demande de permis de construire modificatif n°094081 19 00094 M01 portant sur l'ajout d'un local adapté aux exigences du tri sélectif, complétant la notice PC 4 pour préciser l'impossibilité d'alimenter la nouvelle construction avec le réseau de chauffage urbain, et, enfin, mettant à jour les documents décrivant le traitement des espaces libres. Cette demande a donné lieu à la délivrance d'un permis de construire modificatif délivré par le maire suivant un arrêté 12 janvier 2021. Par leur requête et dans le dernier état de leurs écritures, les consorts F sollicitent l'annulation du permis de construire et du permis de construire modificatif ainsi que de la décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. En l'espèce, les requérants sont propriétaires de la parcelle jouxtant le terrain formant l'assiette du projet en litige et ont ainsi la qualité de voisins immédiats. Par ailleurs, ils font notamment valoir que, compte tenu de ses caractéristiques, en particulier de sa hauteur, le projet entraînera la création de vues directes sur leur fonds ce qui nuira à la tranquillité et à l'intimité de leur cadre de vie et qu'il sera, en outre, de nature à accroître les difficultés de stationnement dans le quartier. Ils disposent, par suite, d'un intérêt pour agir afin de contester les permis de construire en litige. Il suit de là que les fins de non-recevoir opposées par la SCI Saverema et par la commune de Vitry-sur-Seine ne sauraient être accueillies.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
6. En premier lieu, et d'une part, par un arrêté du 6 février 2015 régulièrement transmis en préfecture, le maire de Vitry-sur-Seine a donné délégation de fonctions et de signature à M. G, 5e adjoint au maire, pour exercer " les fonctions se rattachant aux secteurs suivants : aménagement, urbanisme y compris les permis de construire valant autorisation en matière d'établissements recevant du public () " et à signer, notamment, tous actes et arrêtés s'y référant.
7. D'autre part, par un arrêté du 16 juillet 2020 régulièrement transmis en préfecture, le maire de Vitry-sur-Seine a donné délégation de fonctions et de signature à M. D E, 1er adjoint au maire, dans les domaines de compétence suivants : " aménagement et renouvellement urbains, urbanisme réglementaire, et notamment tous actes ou arrêtés relatifs à la délivrance des autorisations d'occupation et d'utilisation des sols, ainsi que tous actes ou arrêtés se rapportant à la gestion du territoire communal, énoncés au code de l'urbanisme ()
8. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées, qu'il s'agisse tant du permis de construire initial que du permis de construire modificatif, doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " () La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".
10. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées par l'article R. 423-1 du même code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Par ailleurs, les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur.
11. Il ressort des pièces du dossier que la SCI Saverema, représentée par M. C B, a produit l'attestation prévue par les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Si le projet prévoit l'appui d'un remblai sur un mur appartenant aux requérants, alors que ces derniers n'auraient pas donné leur accord, ce remblai ne saurait être qualifié de construction soumise à permis de construire. Une contestation sur ce point, qui ne pourrait être portée le cas échéant, que devant le juge judiciaire, ne saurait, par elle-même, caractériser une fraude du pétitionnaire entachant d'irrégularité la demande d'autorisation d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'absence de qualité de la SCI Saverema pour entreprendre les travaux de construction en l'absence d'autorisation de la part des requérants doit donc être écarté.
12. En troisième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
13. D'une part, aux termes de l'article R.431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ;/ b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ;/ e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".
14. Il ressort des pièces du dossier que la notice contenue dans la demande de permis de construire initial indique que " la construction se situe au 38 voie Wagner () ". Cette demande comportait également, d'une part, en pièce PC1, une vue satellitaire du quartier extrait du site Géoportail ainsi qu'un plan de situation cadastrale, en pièce PC 7, une photographie dans l'environnement proche et, en PCMI 8, une photographie de l'environnement lointain et, enfin, en pièce PC 6, des photomontages représentant l'insertion du projet dans son environnement proche. Par suite, la circonstance que la notice descriptive était insuffisante quant à sa description des abords du projet n'a pas été de nature à fausser, sur ce point, l'appréciation du service instructeur. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.
15. D'autre part, aux termes de l'article R.431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan ".
16. Il résulte de ces dispositions que le plan de masse doit seulement préciser les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. Alors qu'il n'est pas contesté que les modalités de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité sont indiquées sur le plan de masse, les requérants ne sauraient utilement soutenir, s'agissant des modalités de raccordement au chauffage urbain, qu'elles ne sont pas précisées dès lors qu'il résulte de la notice contenue dans la demande de permis de construire modificatif que ce réseau n'est pas disponible sur le site d'implantation du projet. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ne peut dès lors qu'être rejeté.
17. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". En outre, aux termes de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vitry-sur-Seine : " la situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions, leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales / () 11.4.3 Façades / Si l'architecture contemporaine est encouragée, les matériaux et les couleurs doivent être choisis pour que les constructions dialoguent avec leur environnement. () / 1.4.4 Couronnement des constructions / Le couronnement des constructions, qu'il soit traité en toiture à pente, en attique ou en toiture terrasse, doit être conçu en harmonie avec les caractéristiques de la construction () ". Ces dernières dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
18. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
19. Il ressort des pièces du dossier que, selon le règlement du plan local d'urbanisme, la zone UC dans laquelle doit s'implanter le projet " correspond aux secteurs de la commune plus particulièrement dédiés à l'habitat individuel ou en petits immeubles collectifs ". Selon les pièces versées au dossier, les abords immédiats du projet sont constitués par une zone pavillonnaire, dont l'implantation des bâtiments est en ordre disparate, qui ne présente pas de caractère architectural particulier. Il n'est pas, en outre, contesté, ainsi qu'il résulte de la photographie produite dans le mémoire en défense de la SCI Saverema, que la construction en vis-à-vis du projet est d'un style contemporain. De plus, non loin du projet, à l'intersection de la voie Wagner et de la voie Schumann, sont implantés des immeubles collectifs en toiture terrasse. Le projet contesté, composé de trois logements collectifs et sur trois niveaux, aura une hauteur totale de 6,26 mètres par rapport à la voie. Il se situera en fond de parcelle pour garder l'alignement avec la construction voisine et se présente, pour tenir compte de la faible emprise au sol, comme une architecture contemporaine avec toiture terrasse, et des façades dont les plus longues, situées au Nord et au Sud, ont été traitées, ainsi qu'il résulte de la notice de la demande de permis de construire, pour réduire visuellement leur longueur. Il s'ensuit, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, que le parti pris architectural contemporain ainsi retenu, ne peut être regardé comme étant en rupture avec le bâti environnant hétérogène, qui ne présente pas de caractère particulier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Vitry-sur-Seine doit être écarté.
20. En cinquième lieu, aux termes de l'article UC 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Pour les constructions neuves à destination d'habitation collective : /- il doit être prévu un local adapté aux exigences du tri sélectif, selon les normes du règlement de la collecte des déchets. / - en cas de desserte, actuelle ou future (cf. pièce 5.1 annexes du PLU), par un système de collecte automatisé des déchets (CAD), ce local doit être prévu à l'intérieur constructions ou au plus près possible de la voirie et permettre l'installation ultérieure de bornes ou de bouches de collectes reliées au réseau primaire du CAD ". Il résulte également des dispositions de l'article 77 du règlement sanitaire départemental ainsi que d'un arrêté municipal du 31 mai 2012 qu'un local adapté aux exigences du tri sélectif doit être implanté dans l'hypothèse de constructions nouvelles.
21. Il ressort des pièces du dossier que si dans le dossier de permis de construire initial aucune mention n'était faite quant à la réalisation d'un local adapté aux exigences du tri sélectif, la notice du permis de construire modificatif mentionne, en revanche, qu'" un local adapté aux exigences du tri sélectif est prévu en limite Sud " et que " ce local aura une surface de 6,76m² afin de répondre aux normes du règlement de la collecte des déchets ". Cette insertion est confirmée par le plan des façades et toiture PC 5 contenu dans la demande de permis de construire modificatif qui montre également l'existence d'un local de tri sélectif d'une surface de 6,76m² dont l'accès est précisé. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le local tel qu'il est prévu par le permis de construire modificatif ne répondrait pas aux exigences des textes cités au point précédent, ce qui ne saurait résulter de la seule circonstance que les plans ne mentionnent pas la hauteur de ce local. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de réalisation d'un local adapté aux exigences du tri sélectif ne peut être qu'écarté dès lors que l'existence d'un tel dispositif a été prévue par le permis de construire modificatif.
22. En sixième lieu, aux termes de l'article UC 4.4 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au raccordement au réseau de chauffage urbain : " dès lors que le réseau de chauffage urbain est susceptible d'alimenter une construction neuve, la possibilité de raccordement de cette construction à ce réseau doit être étudiée ".
23. Alors que le règlement du plan local d'urbanisme ne peut légalement ajouter de nouvelles prescriptions dès lors que les articles R. 431-5 et suivants du code de l'urbanisme fixent limitativement les pièces devant être jointes à la demande de permis de construire, il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit précédemment, que selon la notice contenue dans la demande de permis de construire modificatif, la nouvelle construction ne pourra être alimentée par le réseau de chauffage urbain qui ne dessert pas la rue Wagner. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 4.4 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut être qu'écarté.
24. En septième lieu, aux termes de l'article UC 13.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Traitement des espaces libres, espaces verts et plantations 13.2.1 dispositions quantitatives () dans les secteurs UCa, UCb et UCp : 50% au minimum de la superficie du terrain doivent être aménagés en espaces verts / une partie de ces espaces verts correspondant au moins à 40% de la superficie du terrain doit demeurer en pleine terre ".
25. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse contenu dans la demande de permis de construire modificatif, que les emprises au sol sont les suivantes : pour le bâtiment projeté 73 m², pour le dallage dédié au stationnement, 25 m², pour l'escalier extérieur 4 m², pour l'abri vélos 3,75 m² et pour le local dédié au tri sélectif 6,76 m². Le total de ces emprises représente ainsi 112,51 m². Alors que la surface du terrain à bâtir est de 219 m², les espaces verts ne représentent alors que 106,49 m², soit 48,63 % de la surface totale du terrain, ce qui est en-deçà de la surface minimale de 50 % prévue par les dispositions précitées de l'article UC 13.2 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire a été délivré en méconnaissance de ces dispositions.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
26. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
27. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté délivrant le permis de construire initial du 12 février 2020 modifié par celui délivré le 12 janvier 2021 n'est entaché d'illégalité qu'en tant qu'il méconnaît l'article UC 13.2 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la superficie du terrain qui doit être aménagée en espaces vert est inférieure au seuil de 50 %.
28. Ce vice, qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même, étant susceptible d'être régularisé, il y a lieu en conséquence, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et sans qu'il soit besoin d'enjoindre à la commune de Vitry-sur-Seine de communiquer au requérant certaines pièces composant les demandes de permis de construire et de permis de construire modificatif, d'annuler l'arrêté du 12 février 2020 modifié par celui du 12 janvier 2021 en tant seulement qu'il autorise le projet en méconnaissance des dispositions de l'article UC 13.2 du règlement du plan local d'urbanisme.
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à trois mois le délai imparti pour la régularisation des permis de construire délivrés par le maire de Vitry-sur-Seine à la SCI Saverema.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, les sommes demandées par la commune de Vitry-sur-Seine et par la SCI Saverema. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Vitry-sur-Seine, une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants, et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 12 février 2020 et du 12 janvier 2021 du maire de Vitry-sur-Seine sont annulés en tant qu'ils méconnaissent les dispositions de l'article UC 13.2 du règlement du plan local d'urbanisme portant sur la surface minimale des espaces verts.
Article 2 : Un délai de trois mois est imparti à la SCI Saverema pour la régularisation de ses permis de construire.
Article 3 : La commune de Vitry-sur-Seine versera une somme globale de 1 500 euros à Mme J F épouse A, à M. K F et à Mme H F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la commune de Vitry-sur-Seine et de la société Saverema tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme J F épouse A, à M. K F, à Mme H F, à la commune de Vitry-sur-Seine et à la SCI Saverema.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'hirondel, président,
Mme Morisset , conseillère,
M. Cabal, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
La rapporteure,
A. I
Le président,
M. L'HIRONDEL La greffière,
L. DARNAL
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026