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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006381

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006381

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 août et 25 septembre 2020 et le 1er février 2022, M. D A, représenté par Me Mariette, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite du 23 juin 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de faire droit à sa demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3 °) d'enjoindre à l'OFII, dans un délai de vingt-quatre heures à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 29 janvier 2020, en lui versant les montants non perçus et en lui proposant une solution d'hébergement, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4 °) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser, dans l'hypothèse de son admission à l'aide juridictionnelle, à Me Mariette sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de celui-ci au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- la décision attaquée a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été préalablement mis en mesure de présenter ses observations écrites conformément aux dispositions alors codifiées aux articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la procédure est également viciée en l'absence de l'entretien personnel et de l'examen de sa vulnérabilité prévus par les articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur dans la qualification juridique des faits, d'un défaut de base légale et d'erreurs de droit, notamment dès lors qu'après son retour en France, les autorités françaises ont décidé d'examiner sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 septembre 2022 à 12 h 00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant guinéen né le 12 décembre 1991 à Koundara (Guinée), a présenté une demande d'asile enregistrée en procédure Dublin le 24 novembre 2017, et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). En exécution d'un arrêté préfectoral du 30 mars 2018, l'intéressé a été transféré vers l'Espagne le 29 mai 2018. M. A, revenu en France, a présenté une nouvelle demande d'asile enregistrée en procédure Dublin, le 24 mai 2019. Par une décision du même jour, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Six mois plus tard, le requérant, qui s'est vu notifier un nouvel arrêté de transfert, s'est rendu en préfecture du Val-de-Marne afin de faire enregistrer sa demande en procédure normale. Celle-ci a été refusée, de même que le renouvellement de son attestation de demande d'asile. Par une ordonnance n° 1911525 du 14 janvier 2020, le tribunal administratif de Melun a suspendu l'exécution du refus de renouvellement. En outre, en exécution de cette décision, le 29 janvier 2020, le préfet du Val-de-Marne lui a remis une attestation de demande d'asile, et, par ailleurs, enregistré celle-ci en procédure normale. Par courrier du 17 avril 2020, M. A a présenté une demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, réceptionnée le 23 avril 2020, laquelle a donné lieu à un rejet, par une décision implicite née le 23 juin 2020, dont il demande l'annulation. Le référé-suspension formé par le requérant à l'encontre de cette décision a été rejeté par une ordonnance n° 2006382 du 15 septembre 2020 sur le fondement du défaut d'urgence.

2. Dès lors que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil octroyées à M. A le 24 novembre 2017 a pris fin à la date de son transfert effectif vers l'Espagne, le 29 mai 2018, et non à raison d'une décision prise par l'OFII, l'intéressé doit être regardé comme ayant sollicité, par son courrier du 17 avril 2020, non le rétablissement des conditions matérielles initialement octroyées, mais le bénéfice de celles-ci. Ainsi, la décision attaquée, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a implicitement rejeté sa demande, doit être regardée comme un refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2020. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes d'une part de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le bénéfice [des conditions matérielles d'accueil] peut être : () 2°Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-9 du même code : " () Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat. (). " Aux termes de l'article D. 744-37 de ce code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : / 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; (). ".

6. Il résulte de ces dispositions, ainsi que de celles de la directive du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres qu'elles visent à transposer et qui ont notamment été interprétées par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 27 septembre 2012 CIMADE et GISTI c-179/11, que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

7. Tout d'abord, pour opposer à la demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil la décision implicite de refus en litige, l'OFII expose, en défense, s'être fondée sur un motif tiré du non-respect par M. A des exigences des autorités chargées de l'asile, en invoquant que l'intéressé est revenu en France en dépit du transfert dont il a fait l'objet à fin d'examen de sa demande d'asile par les autorités espagnoles, et en visant les dispositions alors codifiées au 1° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015. Toutefois, ces dispositions ne peuvent fonder qu'une suspension, et non un refus, du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

8. Ensuite, il n'est pas contesté que la demande d'asile de M. A a fait l'objet, le 29 janvier 2020, d'un enregistrement de sa demande d'asile en France en procédure normale, ainsi qu'il résulte des mentions de l'attestation de demandeur d'asile délivrée à cette date. Ainsi, à la date de la décision contestée, les autorités françaises avaient décidé d'examiner sa demande d'asile, en sorte que l'OFII ne saurait utilement se prévaloir du transfert de M. A vers l'Espagne le 29 mai 2018, non plus que de ce que celui-ci ne justifierait pas d'un refus d'instruire sa demande d'asile par les autorités espagnoles, dont il n'est pas contesté qu'elles n'ont pas examiné sa demande. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que l'OFII devait lui accorder les conditions matérielles d'accueil et qu'en conséquence, le refus d'y procéder est entaché d'erreur de droit.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 juin 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de faire droit à sa demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () "

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié prévue à l'article L. 511-1 ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. "

12. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 17 août 2020 notifiée le 1er septembre 2020. Dès lors, eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement mais nécessairement de faire droit aux conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint à l'OFII de lui octroyer rétroactivement les conditions matérielles d'accueil à compter du 29 janvier 2020, date à laquelle sa demande a été enregistrée en procédure normale, jusqu'au 31 octobre 2020 inclus. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

13. Il résulte des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique que l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait pas eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

14. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mariette renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 23 juin 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de faire droit à sa demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'octroyer rétroactivement les conditions matérielles d'accueil au profit de M. A à compter du 29 janvier 2020 et jusqu'au 31 octobre 2020 inclus.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 000 euros à verser à Me Mariette, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Mariette.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

S. BLa présidente,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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